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| Festival des Inrockuptibles - |
L'Aéronef, Lille, 10/11 |
L'Aéronef, Lille, 10/11 "Bat For Lashes, Guillemots, Love Is All, Midlake"
Après les Kooks et Spinto Band la veille, le festival touche à sa fin avec l'avant-dernière des quatre dates programmées, et la seconde et dernière à l'Aéronef.
Natasha Khan et ses trois comparses de Bat For Lashes sont éminemment touchantes avec leurs serre-tête à plumes très CocoRosie ; elles évoquent un peu des petites filles attardées qui auraient envie de se costumer pour Halloween mais n’oseraient pas vraiment se lâcher. Ou peut-être ont-elles simplement une idée très juste de la frontière si subtile entre bon et mauvais goût. L’univers visuel très fort de Natasha Khan (dont on peut admirer quelques œuvres graphiques sur le site Internet du groupe) se fait ici discret pour mieux servir une musique envoûtante. Les percussions de toutes sortes portent les mélodies efficaces et sombres, la voix sensuelle de la Bat en chef, et leur confère un pouvoir quasi hypnotique : au pied de la scène, nous sommes les ouailles trépidantes d’une grande messe que les quatre jeunes femmes scandent avec les mains (on tape beaucoup dans les mains, chez Bat For Lashes), la grosse caisse, et toute une batterie en kit : au pied de chaque micro, de chaque instrument, des caisses et des baguettes, des tambourins, des grelots. Qu’elles jouent de la guitare, du clavecin ou de n’importe lequel de ces instruments que le groupe lui-même qualifie d’instruments « folk ésotériques », toutes redoublent de percussions et leurs mains tapent et tapent, les vibrations parcourent le corps protéiforme d’un public à l’évidence unanimement conquis.
Le groupe suivant, Guillemots , a intérêt à s’accrocher pour maintenir le niveau d’émotion – l’une des amies qui m’accompagnent n’est pas loin de bouder quand le claviériste-chanteur se lance dans une première chanson, seul sur scène. Puis le reste du groupe vient lui prêter main-forte : un guitariste sautillant, perceuse à la main, avec beaucoup des attitudes et des "trucs" propres au Sonic Youth des premiers temps, un batteur, une contrebassiste, un saxophoniste et un clarinettiste. Même si on est loin de cette liberté folle dont la presse parle tant à propos de Guillemots (en vérité, les compositions manquent d’audace, et la voix est exactement celle que se partagent tous les chanteurs de britpop), la présence de ces nombreux instruments et une excellente maîtrise du crescendo donnent au groupe une efficacité redoutable, et au final, mon amie cesse de bouder pour se trémousser.
Après ce feu d’artifices, Love Is All ne bénéficiera pas, je dois bien l’avouer, de toute l’attention que sans doute il méritait, du moins de la part de mes amis et moi-même. Ce n’est pas que les Suédois manquaient de tonus, bien au contraire (ce concert-là était l’occasion de se défouler pour la fraction la plus punk du public), et le saxo très James Chance & The Contorsions ne manquait pas d’intérêt. Désolée donc de ne pas lui rendre justice dans ces lignes – à vrai dire, je tenais à être psychologiquement préparée pour le set suivant, celui que j’attendais avec le plus d’impatience ce soir : celui de Midlake (photo).
Je ne prétendrai pas qu’il s’agissait là du concert du siècle. A vrai dire, après avoir passé trois quarts d’heure à quelques mètres des quatre hommes, je ne les aurais pas reconnus si je les avais croisés dans les toilettes de l’Aéronef, y compris s’ils y étaient allés à quatre en même temps. Plongés dans la pénombre derrière leurs énormes consoles (de violons et autres monts et merveilles que l’on serait en droit d’attendre, point ici), ils reproduisent à l’identique les chansons de leurs disques tandis que des petits films, projetés au fond de la scène, se chargent du spectacle à leur place. Bien entendu, si vous aimez le disque, que vous avez bu quelques verres (à minuit, beaucoup en sont à ce stade), que vous adhérez à l’univers visuel du groupe et qu’en conséquence ses petits films vous envoûtent autant que la musique, alors il y a de fortes chances pour que, comme moi, vous soyez la proie de nombreux frissons au cours de cette petite heure. Young Bride et Roscoe étant, comme sur le disque, les points culminants de l’ensemble : ajoutez les vibrations du live à l’émotion initiale du morceau, et j’oserais même dire que j’ai frôlé l’extase pure et simple. En tant que fan, je sors donc ravie du concert, mais persuadée que les non-initiés n’y auront pas forcément chopé le virus de Midlake, ce qui est bien dommage.
Photos: Robert Gil (www.photosconcerts.com)

Fanny Chiarello
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