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La Cigale, Paris, 11/11 |
La Cigale, Paris, 11/11 "Guillemots, Midlake, Gang of Four"
Entre les sautillants Guillemots et les neurasthéniques Texans de Midlake, la Cigale s’est gentiment laissé bercer tout au long d’une soirée de samedi à faible coefficient avant de se réveiller - ou de se noyer - sous le ressac mugissant des Gang of Four.
Sortie tout droit d’un univers frôlant le psychédélique, de part une large formation et d’un arsenal d’instruments déployé sur scène, Guillemots semble rassembler le public parisien. Au travers d’une musique étoilée et sentant un peu trop les paillettes, ce groupe aux origines anglaises délivre moultes mélodies toutes aussi fanfaronnes les unes que les autres. On observe en lieu central un Fyfe Dangerfield littéralement caché par ses douze synthés et pianos. Seul son chapeau de détective restant visible. Autour, une jolie contrebassiste, des cuivres et le reste de la compagnie. Guillemots s’exécute dans un set riche, aux sonorités clinquantes, émanant d’une ère rock disco où les chœurs et claquements de doigts chantaient au diapason. L’ouïe est largement sollicitée, au point qu’elle finit par en perdre ses niveaux. Malgré une bonne intention vouée à une harmonie musicale relevée, les lignes mélodiques et rythmiques entrecroisées finissent par rentrer en collision. Et on ne sait plus exactement où se placer. On pense même à des airs de musiques tziganes en observant la section cuivre. Le sentiment restera mitigé, même si l’expérience fut tout à fait curieuse.
Pit stop au bar. Puis nous revenons voir ceux que beaucoup attendaient :
Midlake . Après une brève introduction, les cinq Américains se mettent la Cigale dans la poche avec leur magnifique Young Bride qui promet un set fabuleux. Comme à Lille, la veille, (voir l’article), le dispositif scénique comprend un large écran où sont projetés de petits films un peu inquiétants à l’image de l’univers désenchanté de Midlake. La mise en scène fonctionne plutôt bien et a le mérite de pallier l’immobilisme des musiciens, statiques derrière leurs claviers. Malgré cela et malgré tout le bien qu’on pense des cinq gars, la suite du concert s’avère inégale, l’interprétation manquant souvent de reliefs, d’énergie et d’audace. Quant au son (la faute à la Cigale ?), il n’a pas semblé à la hauteur de nos talentueux Texans – ils ont dû interrompre Roscoe avant de reprendre après quelques réglages et de s’excuser « for this terrible sound ». Vers la fin de la prestation jusqu’au rappel, Midlake a néanmoins pris davantage d’ampleur. Trop tard. Restera en mémoire cette voix de Tim Smith – aux accents de Thom Yorke – , absolument fascinante.
Pour refermer la marche, les tout aussi attendus Gang Of Four et leur post-punk mâtiné de touches rocks ont ravi les afficionados du genre. Officiant vers la fin des années 70’ en Angleterre, ce combo complètement débridé fait parti de ceux qui ont influencé toute une culture rock encore debout aujourd’hui.
Totalement relâchés, ces dinosaures du punk jouent sans complexe. Avec autant (ou presque) de rage et de cœur que par le passé. On assiste à une prestation déchaînée de Jon King. Probablement en guerre contre lui-même et sa condition physique, il saute et se contorsionne pour finir à terre, rampant comme un chien pour récupérer. Mais rien à faire, il ne s’arrêtera pas là et désossera, muni d’une barre de fer, un micro-onde tout un titre durant. Fait significatif d’un mouvement musical qui, en partie, refuse la dégénérescence du corps. Mais aussi le symbole du refus d’une société consommatrice de plus en plus étouffante.
Les rythmiques, souvent binaires (tradition punk), sont terriblement efficaces. Certains tempos plus élaborés et joués parfois en contre temps, renvois à nos oreilles ce gage d’originalité des premières heures du rock. Et quand les riffs incisifs et tenaces d’Andy Gill s’intercalent, la tête et le cœur se mettent à battrent en rythme. Bordés par une basse lourde de réverbération, la touche rétro qui plaît ou agace, prend toute sa mesure. Quant au soin que met King pour chanter juste...Punk’n’roll !
Tout cela sonne Subhumans, Clash ou encore Joy Division, voire Butthole Surfers par moments. Les héritiers sont aujourd’hui nombreux, marqués au fer rouge. Et à l’image de l’inscription FACT apparaissant sur le corps de la basse, c’est à des groupes comme celui-ci que nous devons rendre hommage. C’est un fait. Seuls les véritables amoureux seront restés jusqu’à la fin. Les autres (une bonne poignée), partis bien avant l’heure, ne sachant pas ce qu’ils ont loupé.
Photos: Robert Gil (www.photosconcerts.com)

Lucie Offredo et Nicolas Maquestiaux
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