Stéphane Amiel, programmateur des Femmes s'en mêlent
"A taille humaine"
Les hyper-attendues Brésiliennes de CSS s'apprêtent à donner le coup d'envoi des Femmes s'en mêlent, mercredi prochain à Paris. Pour ses dix ans, le festival s'offre une tournée de cinq semaines à travers la France mais aussi à l'étranger, de Lausanne à Londres. Unique en Europe, les Femmes s'en mêlent déploient un bataillon d'une trentaine d'artistes ou de groupes représentant la fine fleur de la musique indépendante au féminin. A la barre depuis 1997, Stéphane Amiel a su maintenir le cap contre vents et marées, et continue de poursuivre des rêves d'expansion toujours plus fous pour son bébé. Rencontre, juste avant le lancement de cette 10e édition.
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Stéphane Amiel, programmateur des Femmes s'en mêlent
: « J'adorerais faire jouer PJ Harvey dans une salle de 200 places pendant une semaine à Paris, mais on ne pas tout se permettre. »
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Robert Gil |
Comment s'annonce ces dix ans?
En fait c'est le stress tous les ans! On se dit chaque fois qu'on va arrêter, mais c'est plus fort que moi. Le festival fait sa vie. Je crois qu'il a sa place même si plein de gens ne le connaissent pas encore.
Quand même, plus de quarante dates de concerts, 23 villes, 31 artistes.. C'est pas un peu sportif?
C'est très sportif... C'est un peu la folie des grandeurs, c'est vrai. Je prévoyais mêmes des dates à Berlin au début! J'ai eu les yeux plus gros que le ventre, mais on a toujours envie d'en faire plus. Après c'est une question de timing. C'est pour ça d'ailleurs qu'on a implanté les sessions Avant et Après les Femmes s'en mêlent car c'est toujours frustrant de ne pas pouvoir programmer certaines artistes. C'est le hasard des calendriers. Et on n'a pas toujours les moyens de payer une artiste sur une date isolée.
Les concerts sont souvent prévus dans de petites salles, le festival ne vise pas les zéniths des quatre coins de l'Hexagone. C'est un choix de garder une certaine intimité?
C'est un festival d'intérieur. On tient à la proximité avec les artistes, ça doit rester à taille humaine. Déjà on a trois grosses salles à Paris, c'est plus ambitieux. Mais la volonté, à la base, est de faire jouer des têtes d'affiches dans de toutes petites salles. J'adorerais faire jouer PJ Harvey dans une salle de 200 places pendant une semaine à Paris, mais on ne pas tout se permettre. Anaïs va donner un spectale inédit dans une toute petite salle, c'est déjà super. Mais par exemple pour CSS, on est passé du Point Ephémère à un Elysée-Montmartre complet, on ne pouvait pas non plus se limiter vue la demande. Au final, c'est l'artistique qui décide. Mais je crois qu'il faut replacer l'artiste dans des conditions humaines. On tient à être différent des autres festivals, jouer dans des lieux atypiques, s'étaler, faire de toutes petites choses. On essaie de faire et de se faire plaisir.
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Stéphane Amiel, programmateur des Femmes s'en mêlent
: « Réussir à programmer Kim Gordon en 2001 a fait beaucoup pour le festival, ça l'a boosté. »
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Comment tenir dix ans un festival?
Faut tenir! En 2000 il n'y a pas eu d'édition, on s'est planté sur l'édition parisienne de 1999. On a programmé que des artistes pas signés, sans disque, sans promo. Du coup on s'est retrouvé avec des concerts de 80 personnes dans des salles de 500 mais on payait tout plein pot. On avait décidé de n'en faire qu'à nos têtes, on n'a pas fait un mélange et le public n'a pas suivi. Tu tiens le festival quand tu tiens ce mélange. Il faut être malin en programmant du classique, des artistes connus, des coups de coeur. Il y a forcément une part de risques.
Comment as-tu surmonté l'échec de 2000?
En 2000 j'ai fini seul. De toute façon on était entièrement seul les trois premières éditions. On faisait ça avec notre argent personnel, on a tout englouti. En 2001, j'ai pensé que c'était trop con, j'ai réussi à trouver quelques partenaires dont le Café de la Danse, et là on a réussi une grosse édition avec Elysian Fields, Brigitte Fontaine ou Kim Gordon (chanteuse et bassiste Sonic Youth , ndlr). Réussir à programmer Kim Gordon a fait beaucoup pour le festival, ça l'a boosté. Et là on a compris comment faire les choses.
Le festival est-il désormais pérenne?
Oui. Il fallait passer le cap des quatre cinq ans. Les dix ans c'est symbolique. Maintenant je veux le faire partout. On m'a proposé à Montreal. Je voudrais le faire à Berlin. J'ai envie de le décliner dans des villes à l'étranger, et y amener plus de d'artistes françaises, les faire découvrir. J'ai aussi l'idée de lier ça à une compétition de surf féminin à Biarritz, l'été.
Mais pas sous la forme d'un gros barnum?
Non, je n'aime pas l'idée. D'ailleurs je n'ai pas les compétences. J'aime les choses à petite échelle.
Tu parlais de l'étranger. Ca n'existe pas ailleurs ce concept de festival féminin?
Il existe le Lady Fest mais c'est une franchise avec une charte sociale et musicale. C'est assez communautariste, engagé, avec des forums, des associations. C'est très différent.
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Stéphane Amiel, programmateur des Femmes s'en mêlent
:
« J'ai toujours été plus impressionné par des femmes, des Kate Bush ou des Blondie, que par des mecs. »
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Robert Gil |
Pourquoi décliner le festival sur plusieurs villes?
C'est les seul moyen de faire venir les groupes de l'étranger. On leur permet d'effectuer une mini-tournée. C'est la seule façon de financer. On vend le plateau, on donne envie aux programmateurs, et on laisse la liberté aux salles de choisir leurs artistes.
On a dû te poser mille fois la question, mais pourquoi les femmes?
C'est plus fun, plus sympa, c'est un autre monde, avec une sensibilité différente, ce n'est pas la même atmosphère. J'écoute beaucoup de voix féminines, j'adore ça. J'ai toujours été plus impressionné par des femmes, des Kate Bush ou des Blondie, que par des mecs. On célèbre l'écriture féminine. Au début on est parti du folk avec des voix féminines. Pour moi, c'est le nirvana.
En dehors de toute promo utile, quels sont tes coups de coeur cette année?
Frida Hyvönen, j'adore, c'était obligatoire de l'inclure. Sol Seppy a tout annulé, je pensais que le festival allait s'écrouler, j'étais malheureux. Sinon, il y a Ebony Bones, que j'ai découverte sur Myspace, on va être les premiers à la faire venir jouer en France. Il y a aussi Marissa Nadler en folk et Electrelane qui vient de publier un disque magnifique. Et Tender Forever , ça serait raté sans elle. Je n'ai pas réussi à avoir Shannon Wright en revanche, déjà j'ai les boules!
Quel est ton meilleur souvenir lors de ces neuf premières éditions?
2004 a été une année magique humainement, un bonheur, tout s'est déroulé dans une parfaite osmose. Je me suis déplacé en province sur plusieurs dates et c'est souvent les meilleurs concerts car les artistes ressentent moins de pression qu'à Paris. A l'époque on avait des artistes comme Tamara Williamson. On se retrouvait tous au bar après les concerts, c'était magique.
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Stéphane Amiel, programmateur des Femmes s'en mêlent
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« Ils lui ont coupé l'électricité pendant une demi-heure, c'était la panique dans le noir, on a dû partir en courant avec les disques sous le bras comme dans un film! »
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Robert Gil |
Et ton pire souvenir?
J'en ai deux! En 2003, les Cobra Killer m'ont tué! Ces deux Allemandes réalisaient des performances sur des bandes, sur une musique très violente, et se déversaient du vin rouge sur la tête. C'était un groupe inconnu, je les ai programmées sur plusieurs dates et il y a eu une incompréhension mutuelle. L'horreur! Elle ont pourri le festival! Elles voulaient être traitées comme des stars car elles avaient joué avec Sonic Youth , Radiohead , Ce sont les seules qui n'ont pas compris l'esprit du festival. Puis en même temps, cette année-là, la chanteuse des Queen Adreena a perdu sa voix, on a dû la piquer pour qu'elle chante à Paris!
Et le second?
En 2002, on s'est fait virer de la Locomotive lors d'une soirée avec Annie, une DJ norvégienne qui mixait très mal à l'époque. Elle jouait dans la grande salle avec Lady Kier, la chanteuse de Deee-Lite. Elle, c'était une star, j'étais super fier, d'autant qu'on n'avait pas de concerts clubbing à l'époque. Il fallait que ça pulse alors que c'était un peu dark. Les mecs de la Loco étaient fous, ils disaient "on perd de l'argent dans cette salle". Et on s'est fait virer de la grande salle! Un mec a pris sa place direct, et on nous a envoyé dans la petite salle du fond. Là aussi ils ont dit de la virer, ils lui ont coupé l'électricité pendant une demi-heure, c'était la panique dans le noir, on a dû partir en courant avec les disques sous le bras comme dans un film, un truc de charlots! (rires) Mais après on a passé une super soirée ensemble dans les bars!
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Festival les Femmes s'en mêlent, du 18 avril au 10 mai, toute la programmation ici 
Propos recueillis par Julien Cottineau
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