CD/Disque
Abd al Malik "Gibraltar"
|
|
   L'ancien leader des New african poets (NAP) revient avec un deuxième album. Un mélange inattendu entre rap, slam et jazz.
Minot, Abd Al Malik avait la fauche facile et le regard dur. A Strasbourg, avant de fonder le groupe de rap NAP (New African Poets), il a vu sa famille se déchirer, ses potes disparaître violemment un à un -overdose, prison, accidents, et le quartier se déglinguer. Puis, il y a eu l’Islam radical, la pseudo-redemption par la foi. Puis le temps de la réflexion profonde, le choix du soufisme, les séjours au Maroc. Et en 2004, simultanément un livre, Qu’Allah bénisse la France (Albin Michel, 2004), et un disque Le face à face des cœurs. Deux issues très autobiographiques, à trente ans de vies multiples et pas vraiment ensoleillées, de virages à 90°, de claques, de remises en question et d’apaisement. Mais Abd Al Malik est un gars de terrains vagues et de bibliothèques. De détroits et de détours. Dans les raps de Gibraltar, son nouvel album, il cite Derrida, Saul Williams, Jay-Z et Jacques Brel. Plus novateur dans la forme, puisque le rappeur passe au slam, il s’entoure de musiciens de haute facture Régis Ceccarelli (réalisateur de Chambre avec vue de Salvador), Laurent Vernerey à la basse, Olivier Daviaud au violoncelle, et le fidèle ami Bilal de NAP à la composition des sons. Quelques collaborations de renom viennent approfondir le tout : Gérard Jouannest, pianiste et ami de Jacques Brel qui a composé trois titres, Keren Ann, ou Matthieu Boggaerts en guitariste sur Le grand frère ou Gibraltar.
A l‘écoute de cet album, vraie rupture dans le parcours d’Abd Al Malik, des références hip hop de qualité se bousculent : Gibraltar fait immédiatement penser à l’inégalable Opera Puccino d’Oxmo pour son flow articulé, pour sa théâtralité et la justesse de son propos, et le titre Soldat de plomb fait écho à Peu de gens le savent. Mais on retrouve également un peu de Rocé dans ses instrus assez décalées teintées de jazz et ses thématiques, un peu de Kery James, dans le recul et la sagesse de certains lyrics. Des artistes qui s’écoutent en somme. Dans cet album, pas de tubes potentiels, juste des phases bien balancées, une écriture et des ambiances cinématographiques connectées au passé et au bitume.
Eglantine Chabasseur
Atmosphériques (13 juin 2006)
|