Adanowsky
"Oui, je me la pète sur scène et c’est drôle !"
Combats de catch au milieu du public, strip-teases d’hommes déguisés en femmes, fans jetant leurs petites culottes sur scène… Les show d’Adanowsky et sa bande (Yarol Poupaud, Nicolas Ullman…) sont un délire aussi hilarant que décadent, qui ne ressemble à rien de ce à quoi la scène française nous a habitués. Ils ne posent aucune limite à la dérision, au sex appeal, au raisonnable, et aucune limite tout cours. Le premier album solo d’Adanowsky, Etoile Eternelle, mélange inédit de salsa, rock, français et espagnol est sorti il y a quelques mois. Il planche déjà sur le deuxième, qu’il annonce comme « plus proche de ce qui se passe sur scène ». Aïe caramba ! MusiQualité a rencontré ce musicien à demi chilien au sang chaud. Très chaud.
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Adanowsky
: « Au début, j’étais très timide et angoissé à l’idée de monter sur scène. Alors je me suis inventé un personnage pour me rassurer. »
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Ça commence bien, notre première question tombe à l’eau. C’était : qui t’a obligé à porter une moustache ? Mais là, tu n’en n’as plus !
Adanowsky : Je l’ai portée pendant quatre ans. Il y a trois jours, j’ai décidé de la couper. Je n’en pouvais plus !
Parce que c’est devenu trop à la mode ?
Non. C’est surtout qu’au début, j’étais très timide et angoissé à l’idée de monter sur scène. Alors je me suis inventé un personnage pour me rassurer. La moustache en faisait partie. Maintenant je suis un peu plus sûr de moi, je n’en n’ai plus besoin.
C’est de là que vient ton personnage en costume rouge à paillettes, totalement délirant ?
Oui. Il est né avec ma peur du public. J’ai essayé d’enfiler un masque pour la vaincre. Puis me déguiser est devenu une habitude, un plaisir même. J’aime ça ! Mais je vais changer de costume, j’en ai marre du look crooner. Je ne vais pas totalement abandonner ma veste, mais je vais varier les costumes sur scène, pour monter un véritable show.
Tes concerts sont plutôt post-modernes : tu joues à la star, du coup le public joue aux fans de star… Résultat : tout le monde se marre.
Oui ! Mais finalement, c’est un regard assez critique sur le concert. Avoir des fans en délire, c’est sympa, mais c’est surtout complètement stupide. Recréer cette ambiance-là m’amuse énormément. Les musiciens et les spectateurs eux-mêmes deviennent le spectacle. Ce qui est drôle, c’est que mon personnage d’arrogant fonctionne à fond. Des gens me crachent dessus, le prennent au premier degré et disent que je suis mégalo… Que leur dire ? Oui, je me la pète sur scène et c’est drôle !
On dit de toi sur le net que ton personnage est né du côté du Mexique, avec une guérisseuse… Véridique ?
En fait, c’est le nom « Adanowsky » qui est né là-bas. Je supportais mal de m’appeler Adan Jodorowsky. Il y a un tel passé derrière ce nom ! (NDLR : son père, Alejandro Jodorowsky est un célèbre réalisateur, acteur et scénariste chilien de bandes dessinées). J’étais là-bas avec Arthur H. On y est allé pour les mêmes raisons, lui aussi est un « fils de ». Je ne peux pas vous raconter ce qui s’est passé, c’est un secret… Je peux juste vous dire qu’un jour, je me suis retrouvé allonger sur un lit, presque mourant. Quelque chose a craqué en moi. Un déclic. J’ai dit à Arthur : « je vais m’appeler Adanowsky maintenant ». Il a approuvé. Puis je suis rentré à Paris, et tout a changé. Les maisons de disques ont commencé à s’intéresser à moi, j’ai signé chez Dreyfus. C’était magique ! Je dégageais sûrement une énergie plus vraie.
Ce personnage t’a permis de te libérer de ce nom.
Oui. Je voulais construire quelque chose sans m’en servir. Certains « fils de » le font, je les respecte. On ne peut pas leur reprocher de suivre le même chemin que leurs parents. C’est normal : ils ont tous grandi dans un milieu artistique et délirant. On n’en sort comme ça ! Mais je voulais tenter de réussir sans mon nom. Au début, très peu de monde savait que je suis un Jodorowsky.
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Adanowsky
: « Je me déguise sur scène, mais je n’ai pas eu le choix. J’ai besoin de ce personnage pour expulser mon énergie. Et puis, je porte aussi des chaussures vernies dans la vie de tous les jours... »
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En même temps, l’héritage de tes parents fait ce que tu es. Dans tes chansons, tu parles de ta mère, de ton frère, on imagine que certains côtés psychédéliques viennent de ton père…
Oui. C’est aussi parce que j’ai essayé d’expulser toutes mes angoisses avec ce disque. Tout mon passé et mes peines sont dedans. C’est une thérapie. Le deuxième album sera beaucoup plus bestial, moins cérébral.
Plus conforme à la scène ? Quand on te voit en concert, on pense à un M qui aurait avalé du viagra. Il y a un côté très sexué et bestial, qu’on ressent très peu sur l’album. Comment tu l’analyse ?
C’est vrai. C’est mon côté latino qui s’exprime plus sur scène. Lors de mon premier concert à Paris, à 22 ans, je jouais avec une queue de pie très élégante. A la fin, un spectateur m’a dit : « c’est très bien, mais tu devrais sortir ta sensualité sur scène, elle fais partie de toi, ne la renie pas ». J’ai travaillé dans ce sens en construisant un personnage très sûr de lui et chaud. C’est tellement drôle !
Que ressens-tu quand tu chantes : « fixez-moi, je vais vous entortiller », et que toutes les filles te fixent et se tortillent ?
C’est très flatteur. J’ai du mal à être autre chose sur scène, même si j’ai parfois peur d’en faire trop. En France, le public est habitué aux musiciens modestes à la Delerm, posés tranquillement et mal rasés derrière un piano. Il n’est pas vraiment habitué aux showmen à l’américaine.
Il y a quand même Dionysos et M, qui ont aussi construit des personnages aussi délirants que le tient, non ?
Oui. Le costume renvoie à l’enfance, c’est pour ça que ça marche. Mais ça prend du temps. Au début, tous le monde me disait : pourquoi tu te déguises, sois normal enfin ! On me traitait de connard… Ce n’est pas facile à vivre.
Comment ça se gère ?
En fait, je n’ai pas eu le choix. J’ai besoin de ce personnage sur scène pour expulser toute mon énergie. Et puis, je porte aussi des chaussures vernies dans la vie de tous les jours !
Il y a déjà une part de mythe autour de ton personnage. Ça commence avec ton enfance : on dit que tu as appris la guitare avec George Harisson et la danse avec James Brown. C’est plutôt fou ! Véridique ?
Oui, mais c’était très bref ! Un ami de mon frère journaliste m’avait emmené dans les loges après le concert. On n’aurait pu ne jamais le croiser. Mais j’étais un p’tit gamin inoffensif alors ils m’ont laissé m’approcher de lui. J’ai fait trois pas de danse et il m’a dit : « no, no, c’est comme ça regarde ! » Ça a vraiment duré trois secondes. Il m’a peut-être porté bonheur.
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Adanowsky
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« J'ai fait mes premiers pas de danse devant James Brown. Il m’a dit : « no, no, c’est comme ça regarde ! » Ça a vraiment duré trois secondes, mais il m’a peut-être porté bonheur. »
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Tu joues avec des pointures, comme Yarol Poupaud, Frank Vaillant, Giovanni Mirabassi… C’est pour te rassurer ?
Oui. Comme un musicien qui a besoin d’être entouré de bons musiciens. Parfois, on fait seulement une répète avant un concert, alors j’ai besoin de gens qui assurent. J’ai rencontré Giovanni dans un bar. Je passais devant, son groupe de jazz y jouait, je suis rentré. Je leur ai proposé d’enregistrer trois ou quatre morceaux avec moi, juste pour essayer. Et j’ai gardé le numéro de Giovanni. Yarol Poupaud, lui, est avec moi depuis le début. J’ai beaucoup joué avec des gens plus âgés. Mais en ce moment, j’ai envie de me tourner vers des groupes plus jeunes, de découvrir des nouveaux talents, comme Gush, avec qui je joue en ce moment. Ils sont moins mûrs musicalement, mais ils ont une énergie folle.
Tu as aussi joué beaucoup avec Adrienne Pauly. Elle est ton alter ego féminin ?
C’est ce qu’on dit souvent. On se connaît depuis qu’on a cinq ans. J’ai écrit ses premiers morceaux, et elle les miens. Ensemble, on voulait faire du jazz à la Billie Holiday, des trucs un peu fou qui n’ont jamais marché… Puis nos deux projets se sont montés en même temps et nos disques sont sortis à un mois d’écart. C’est extra !
Pas de jalousie ?
Non ! Beaucoup de fierté l’un pour l’autre. Nos univers sont très différents. C’est une véritable amie. On a grandi avec la même bande de gamins seuls et un peu spéciaux. Il y avait Adrienne, ses frères, Nicolas Ullman. Nos parents n’étaient jamais là. On s’est retrouvé ensemble à grandir comme des fous. Maintenant on utilise le matériel de cette enfance un peu barrée dans notre musique.
Un peu barrée comme… comme cette petite culotte, distribuée au public lors de ton dernier concert et que musiQualité a gardé pour sa collection d’objets cultes ?
Oui ! C’est une véritable culotte de mamie. On en a acheté en lots chez Tati avant le concert, dans les présentoirs à l’extérieur du magasin. Les femmes se battaient pour les prendre, c’était la guerre ! On a eu du mal à les avoir, tu peux la garder, je vous en fais cadeau.
Humm, peux-tu l’imbiber de ta sueur avant ?
Ok.
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Adanowsky
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« Avant d’enregistrer ce disque, j’étais hyper angoissé : pendant cinq ans, il ne s’était pas passé grand-chose. Heureusement, il marche bien. Ce disque m’a sauvé la vie. »
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Merci ! On pourra la revendre sur quand tu seras une star mondiale. Comment résistes-tu à toutes les fans que tu as déjà ?
Ce n’est pas facile, il y a beaucoup de jolies filles ! Mais ce n’est pas mon genre d’en profiter. Pourtant, j’ai eu une éducation très permissive. Mais cette liberté s’est révélée difficile à vivre, finalement. Avec la bande, on était un peu comme des mutants face aux autres gosses. On était les maîtres de l’univers chez nous, et le reste du monde était tristement commun. Du coup, j’ai eu du mal à nouer des relations à l’adolescence. On me traitait de fou, alors j’étais plutôt renfermé. Faire de la scène était aussi une dérision face à ces moments.
C’est à nouveau l’aspect thérapeutique de ce disque ?
Oui. Juste avant de l’enregistrer, j’ai d’ailleurs perdu tous mes cheveux. J’étais hyper angoissé : pendant cinq ans, il ne s’était pas passé grand-chose. Puis dès qu’il est sorti, ils se sont remis à pousser, plutôt bien d’ailleurs ! Ce disque m’a sauvé la vie.
Où en est le deuxième ?
Je suis en plein dedans. J’ai envie d’explorer des nouvelles choses, de m’éclater autant que sur scène.
Comment choisis-tu entre le français et l’espagnol, les deux langues avec lesquelles tu as grandi ?
C’est très dur ! J’ai traduit le premier disque en espagnol, mais pour le deuxième, je ne sais vraiment pas quoi faire. Est-ce que je dois arrêter ma carrière en France ? En Amérique du sud, ce sont les trucs à la Paolo Conte et à la Tom Waits qui fonctionnent. Là-bas, Estoy mal est un carton, ils n’aiment pas les mêmes choses que les Français. Mais mon grand problème, c’est que le rock ne fonctionne pas trop en espagnol. Et puis, il faut que je trouve quelque chose à dire… Je n’ai plus envie de critiquer les bobos, encore moins de raconter mon quotidien comme le font certains, je m’en fous… Alors quoi dire ? Parler de ma vision du monde peut-être, mais je crois que personne ne le voit comme moi. Bref, je suis en période de recherche totale, c’est excitant. Je vais bientôt me prendre un mois pour m’enfermer quelque part et bosser tout ça.
Pour finir, passons à quelques questions un peu débiles.
Oh oui, c’est bon d’être débile.
Comment toi, latino au sang chaud, tu t’es retrouvé à jouer sur France 2 dans l’émission littéraire de Guillaume Durand ?
Un ami m’a recommandé. Ça a pris un peu de temps… Durand ne m’avait jamais vu avant l’émission, il a adoré !
Si tu n’avais pas été musicien, tu aurais été danseur de tango ?
Carrément ! Je vais souvent danser le tango dans des bars. C’est ce que je voulais devenir plus jeune. Et puis je me suis lassé, ça tourne un peu en rond. J’ai aussi voulu être peintre, photographe, réalisateur. Dessinateur aussi : j’ai fait une exposition il y a quelques temps. Mais finalement, c’est la musique qui me plaît le plus. Pour le contact direct avec les gens. Finalement, un concert c’est un impro de deux heures. Tu ne peux pas te cacher.
Les prochaines dates d'Adanowsky :
Le 13 juil. 2007, Festival les Mascarets, Pont Audemer.
Le 17 août, 18h, Paris / PLage Paris.
Le 4 oct., La péniche, Allonnes.
Le 16 oct., Cargo de Nuit, Arles.
Le 25 janv. 2008, Centre culturel, Argentan. 
Propos recueillis par Aena Léo et Eric Nahon
Aller plus loin (liens) :
Le site d'Adanowsky
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