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Alamo Race Track "La tension sous la surface"

Le groupe d'Amsterdam passe avec panache le cap du second album. Un an et demi après la sortie de Birds at home, le surprenant Black cat John Brown prend la relève et replace Alamo Race Track dans une veine plus légère mais toujours aussi pop-rock, même si le groupe demeure toujours plus rock sur scène que sur disque. Ralph Mulder, guitariste et chanteur fait le point sur le disque et les orientations du groupe. Rencontre.

propos recueillis par Julien Cottineau | le 31/10/2006

Alamo Race Track :

« Le rhythm & blues peut être très sexy mais l'album n'a pas voulu être écrit dans ce style. »


Photo © Robert Gil

Qui est Black Cat John Brown?
C'est un gros chat noir qui se pose régulièrement sous ma fenêtre, juste là où j'enregistre avec mon ordinateur, sous les toits. Je m'amuse à donner des noms à tous les chats qui se baladent là, et lui c'est "John Brown". J'étais juste en train de travailler sur ce morceau l'hiver dernier quand je l'ai rencontré. Il m'a foutu une trouille bleue à me mater comme ça avec ses gros yeux par la fenêtre alors que j'étais concentré sur la musique. Et il revenait chaque nuit à la même heure. A force ce morceau lui a été dédié. Et après j'ai pensé que "Black Cat John Brown" ça sonnait même bien pour tout l'album!

Et le groupe?
Ils ont trouvé que c'était un nom marrant, que ça pouvait être n'importe quoi.

Revenons au disque. Il est assez surprenant, et surtout beaucoup plus rhythm & blues...
Je ne le vois pas comme ça. Le rhythm & blues peut être très sexy mais l'album n'a pas voulu être écrit dans ce style. Avec les tambourins et quelques rythmiques sixties à la Sonics, on pourrait dire que ça s'en approche. Mais les paroles et la musique n'ont rien à voir avec.

Il y a quand même quelque chose dans les rythmes et le tempo...
C'est vrai, dans le fond, mais ce n'est pas ce qui est mis en avant. Les morceaux sont un peu un mélange de genres. Quelques titres ont des rythmiques sixties, d'autres pas.


Alamo Race Track :

« La musique et la scène doivent rester amusant. »


Photo © Robert Gil

En tout cas, l'album est à la fois plus énergique mais aussi plus léger que son prédécesseur. Comment ça se fait?
Ca va ensemble en réalité. Le premier disque était une sorte de copié-collé. On a tout assemblé comme ça. C'était très intéressant, ça offrait de nombreuses possibilités. Mais je voulais cette fois que ce soit plus naturel, plus frais, et que ça coule plus. C'est en prise plus directe, donc plus léger. Les paroles restent toutefois sombres. Ca donne un effet marrant entre ce côté très poppy et ces textes à propos de mort et compagnie. Enfin là je caricature! Puis, je crois que je me sens plus léger aussi.

Comment ça?
Lors de Birds at home , c'était plus sombre, je ne me sentais pas vraiment bien. Et tout d'un coup, j'ai compris que la musique et la scène devaient rester amusant.

Il y avait peut-être moins de pression qu'avec le premier disque?
Je ne peux pas vraiment parler de pression. On se disait : "merde, et si jamais les gens n'aiment pas?" On s'est surtout inquiété de ça dans le groupe. Mais dès qu'on a tourné avec Birds at home, notamment en France où l'accueil a été si agréable, tout s'est révélé très positif.


Alamo Race Track :

« Et là, je préfère des trucs un peu plus légers, où la tension se ressent mais sous la surface. »


Photo © Robert Gil

Sur Black Cat John Brown on trouve The Killing que vous interprétez sur scène depuis longtemps maintenant. Ce titre particulièrement tendu et fort apparaît totalement apaisé sur l'album. Que s'est-il passé?
Il n'y a pas vraiment de règle. J'en avais marre de jouer The Killing comme ça, on a donc essayé de le jouer d'une manière bien plus calme. Mais maintenant, sur scène, il est redevenu plus rock. Tout peut évoluer dans les deux sens. C'est excitant.

Le premier disque était relativement calme également alors que sur scène ca a toujours été bien plus rock. Est-ce qu'on peut s'attendre du coup, avec ce nouveau disque à quelque chose de plus musclé, plus rock'n'roll en live?
Pas vraiment. Je ne veux pas jouer plus rock'n'roll, je veux que ce soit plus intense. Rock'n'roll, ça peut être très négatif, macho et "couillu". Ca doit toujours rester sexy, comme le rock de la fin des années 70 ou la new-wave. Je ne suis pas un fan de Led Zeppelin par exemple, ça c'est du rock "couillu" pour moi. Pour revenir à la scène, ça doit toujours être différent du disque, et être une vraie expérience, notamment pour le public. Et là, je préfère des trucs un peu plus légers, où la tension se ressent mais sous la surface.

Birds at Home a été enregistré en 2004. C'est un délai plutôt long pour un jeune groupe. Pourquoi tant de temps?
En fait, nous avons commencé très tôt à travailler sur ce second disque, et on avait fini les compositions depuis longtemps. Mais, Excelsior, notre maison de disques en Hollande, a eu du mal à nous caler en studio. En un an, nous n'avons fait que dix jours! Ca a été très compliqué et ça nous a pompé beaucoup d'énergie pour garder tout ça frais. En gros, on disposait de quatre jours de studio tous les quatre mois! Dans l'ensemble, ça a marché, mais j'aurais préféré qu'on enregistre tout en quatre semaines en une seule session, que ce soit un moment que l'on grave et que l'on passe à autre chose.


Alamo Race Track :

« Peut-être aussi parce qu'on est honnête. Alamo Race Track n'est pas un groupe préfabriqué, pas juste du vent. »


Photo © Robert Gil

L'album, et bien qu'il soit très varié, ne semble pourtant pas manquer d'homogénéité malgré tout...
Il est très varié maisje crois très cohérent. En même temps, on a fait plein de choses à la dernière minute. Même pendant le mixage, on s'est aperçu qu'on avait oublié des détails. J'ai ajouté des parties de voix, on a même enregistré deux morceaux en prise live, donc tout est assez frais malgré tout.

C'est ce laps de temps qui a généré les projets parallèles? Comme Ghostrucker dans lequel tu t'investis particulièrement?
D'une certaine manière oui. La scène d'Amsterdam est très agréable. Les musiciens se connaissent bien et s'apprécient. On se prend un café et on monte un groupe. Je trouve ça sympa de ne pas se concentrer que sur une chose. D'autant qu'avec Ghostrucker c'est différent, je chante moins, je me concentre plus sur les choeurs et la guitare. Leonard (l'autre guitariste, ndlr) mène aussi des projets parallèles. Les groupes d'Amsterdam se mélangent pas mal. Ca me plait, et ça me donne aussi des idées pour Alamo Race Track.

Ca reste quand même la priorité, non?
C'est LA priorité numéro 1! C'est d'ailleurs pour ça que je suis là à Paris et pas à Amsterdam où je devais jouer avec Ghostrucker (le soir même, ndlr). J'aime aussi ce groupe et ce sont des amis mais ce que je dois faire pour Alamo Race Track passe en premier.

Vous êtes venus présenter l'album pour quelques dates en France et vous revenez en janvier pour une tournée. C'est agréable de venir jouer ici?
Très agréable! Au début, j'étais sceptique. J'avais des clichés débiles sur les Français que j'imaginais peu ouverts et arrogants. Tout ça a volé en éclat dès notre premier concert ici. Vous êtes bien plus ouverts musicalement que je ne l'imaginais et vous écoutez très attentivement. Vous êtes aussi de bons critiques. Aux Pays-Bas, beaucoup de concerts démarrent les soirées et les gens parlent fort et descendent leurs bières. Pas tout le temps mais quand même. Le public est ici bien plus poli et plus à l'écoute. C'est très agréable.

Vous avez un vrai public ici?
Je crois qu'on a une petite communauté de fans. On le voit sur notre page myspace. Et on a toujours été bien reçu en concert en France. On est sans doute très bien entouré, en bossant avec les bonnes personnes qui nous donnent une vraie chance. Peut-être aussi parce qu'on est honnête. Alamo Race Track n'est pas un groupe préfabriqué, pas juste du vent. Ou peut-être qu'on fait du rock français! (rires). D'ailleurs, en voyant une video live du titre Black Cat John Brown sur YouTube, un Français avait laissé un message en disant qu'il était fier qu'on soit français! Il est sans doute allé pêcher ça à cause de nos prénoms Guy, Ralph, David, Leonard, ndlr...). On a plein de messages bizarres de toute façon. Un autre type, toujours au sujet de cette video nous avait dit que la chanson était mieux que l'originale! On a même eu droit à un joyeux : "Achetez-vous un pénis, connards de Hollandais"!! Parfois c'est très étrange! (rires)

Crédit photos: Robert Gil (www.photosconcerts.com)


Propos recueillis par Julien Cottineau
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