Albin de la Simone
"Mystérieux mais sympathique !"
Albin était à Amiens, samedi 29 octobre, afin d’offrir un fabuleux concert aux oreilles picardes. L’occasion pour lui de retrouver sa région natale, mais également d’investir une salle de concert qui lui inspire tellement de souvenirs, la Lune des Pirates. Rencontre avec cet artiste à la fois étonnant et mystérieux.
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Simon Lamellière : Albin, peux-tu, avant tout chose, te présenter en quelques mots ?
Albin de la Simone : C’est malin ça ! Je m’appelle Albin de la Simone, je suis musicien d’abord et chanteur après. Je suis chanteur depuis pas très longtemps en fait, j’écris des chansons et j’ai enregistré deux albums à ce jour, et je ne sais pas quoi dire (rires) !
Avant tu faisais principalement de l’enregistrement en studio, non ?
Oui en effet, mais je continue, ça reste mon métier. Mon travail, c’est d’être musicien de studio ou de scène, j’accompagne des chanteurs, et puis finalement j’ai pris la place des gens que j’accompagnais, et je me fais accompagner aussi !
Venir jouer à Amiens ce soir, c’est un peu un retour aux sources…
Complètement. La Lune des Pirates en particulier, c’est le club dans lequel on joue ce soir. C’est un endroit où j’ai vu mes premiers concerts, où je payais mon ticket, ou j’allais voir des groupes que j’avais choisi d’aller voir. C’était à la Lune des Pirates. Et puis les premiers concerts que j’ai faits, c’était aussi à la Lune des Pirates. Y’en a peut-être eu une dizaine étalés sur une dizaine d’années, c’est un endroit super et ça m’émeu de venir rejouer ici. Ca me fait aussi très plaisir parce que c’est complet ce soir. C’est tout con, mais agréable.
Mais pourquoi avoir choisi ce titre pour ton album (« Je vais changer »)?
En fait - pour moi - je me rend compte que je construit ma vie en essayant de la rendre plus harmonieuse, d’être plus heureux – enfin il faudrait être idiot pour faire le contraire -. Mais voilà c’est une quête, une recherche, j’essaie de ne pas refaire les mêmes bêtises. Et puis en même temps je sais qu’on ne change pas beaucoup mais qu’on reste très optimiste, à la limite de la mauvaise foi. On dit je vais changer, je vais changer…
Je bosse pour essayer de m’organiser une vie meilleure, et il se trouve que je me sens plus heureux qu’il y a 10 ans, donc je profite de ça, dans le cadre d’un problème de couple, pour dire mais oui mais tu vois quand j’étais petit j’étais blond, et puis maintenant je suis brun, alors tu vois j’ai changé !
Pourquoi tu n’étais pas bien ou pas heureux, il y a dix ans ?
Je n’étais pas « pas bien ». J’étais simplement en construction. J’avais beaucoup plus de doutes. J’étais beaucoup plus mal à l’aise, j’avais toujours le trac, j’étais introverti. Mais maintenant j’arrive à me détendre, à m’ouvrir, à parler tranquillement et à chanter en toute quiétude, donc ça change !
Et, il y a dix ans tu avais quel âge ?
J’avais 25 ans, j’ai donc 35 ans aujourd’hui !
Ah…
Quoi ? Tu veux savoir ce qui t’arrivera dans les dix ans ? (Rires)
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Ce nouvel opus est moins marginal que le premier, je ne me trompe pas ?
Non. Je suis d’accord. Ce n’est pas que j’ai eu envie de rentrer dans le rang, ce n’est pas du tout ça. Mais j’ai eu envie de doser la marginalité pour qu’elle soit plus intéressante, je trouve qu’un album entièrement sombre, bizarre ou « marginal », c’est chouette mais finalement on ne le met que pour avoir la même ambiance bizarre. Je me disais que la bizarrerie prendrait un sens beaucoup plus fort si on la mettait à l’intérieur de choses plus sereines, plus tranquilles. Même une chanson que je n’ai pas écrite, la reprise de Franck Sinatra par exemple, qu’on chante avec Jeanne Cherhal. C’est une chanson hyper légère, et je n’aurais pas pu l’écrire moi-même. Pour le coup je suis trop compliqué pour écrire une chanson aussi belle et simple. Mettre ça dans un album, à côté de marginalité je trouve ça plus intéressant en fait.
Le bizarre, c’est quelque chose qui est chez toi. Dans ton premier album par exemple, on croise de situations assez loufoques, comme l’histoire des Piranhas. Peux-tu nous en dire plus ?
Oui, mais après c’est de la métaphore bizarre. On y met ce qu’on veut, ce n’est pas réellement un homme à qui il est arrivé cette histoire de Piranhas qui mangeaient tout dans son appartement. En fait, c’est la seule chanson que j’ai écrite à moitié endormis ; je m’étais réveillé un samedi et j’avais un peu rampé jusqu’à mon salon. Il y avait un très vieux magazine qui s’appelait Piranha. J’ai écrit cette chanson en me disant : « tiens ça serait rigolo d’imaginer un appartement, un mec assailli par les Piranha, un type une peu ancien du Vietnam, ou un mec tout simplement taré ». Et puis finalement, le lendemain en relisant, je me suis rendu compte que c’était vraiment une métaphore des problèmes de couples, c’est : « Mon amour, moi je me rend compte que chez nous il y a des Piranhas, toi tu t’en fiches. Est-ce que ce n’est pas toi qui aurais donné les clefs… ». Donc c’est un constat de problèmes, et presque une accusation. Je sais plus qu’elle était la question mais…
Bonne réponse !
Aucun rapport, mais comment as-tu rencontré Mathieu Chédid (-M-) ?
Eh bien on a des très bons copains en commun, qui un jour me l’ont présenté, ou le contraire. C’était il y a assez longtemps, et nous sommes devenus assez copains, on se côtoyait peu mais quand on se voyait on accrochait bien. Et puis il y a eu une fête de la musique chez Vanessa Paradis, à l’époque –M- travaillait avec elle. Ensuite, il m’a invité à venir jour avec quelques potes, et puis ça a construit encore plus, à chaque fois, à force de se voir... On a aussi fait des bœufs* ensemble. Donc, c’est une amitié très progressive, et maintenant on se voit assez souvent. C’est cool !
* Bœufs : Morceau ou série de morceaux improvisés. Cette activité aurait vu le jour au Bœuf sur le toit, cabaret à Paris. D’où cette appellation. (sl)
Il t’a beaucoup apporté, et inversement ?
Oui, déjà il m’a apporté du Banjo sur le premier album ! Il m’a aidé aussi en me présentant des gens, et il m’a fait comprendre que c’était peut-être intéressant pour moi d’agir vraiment, en commençant à écrire. C’est en regardant des gars comme lui ou Mathieu Boogaerts que j’ai eu envie d’écrire. Et récemment il m’a beaucoup plus aidé en me permettant de faire des premières parties, lors de sa tournée l’année dernière. Dernièrement, il a réalité, joué, produit et arrangé une nouvelle version de « Non Merci » qui sera en radio très prochainement. Oui, là il y a de l’aide !
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Mais au fait, qui est Simone ?
C’est long à expliquer… Simone est une bête que j’ai pêchée en Afrique, une espèce d’énorme animal ; elle a 7 fesses, des tentacules, plusieurs jambes. Physiquement elle est un peu bizarre. Je l’ai ramenée à Paris, dans un bocal. Maintenant elle vit chez moi dans un bassin, elle habite là dedans, elle s’occupe de moi, elle me nourrit au sein, elle me lave, elle m’épile, elle s’occupe de mon site Internet, c’est elle qui parle aux gens du forum. Elle s’occupe de mes affaires quand je ne suis pas là. Elle est super douce, mais en même temps elle commence à déconner un petit peu, elle a gribouillé sur mon visage de la pochette du disque. Elle est un peu complexe.
Pourquoi a-t-elle gribouillé ta tête sur la pochette ?
Je ne sais pas, jalousie, colère... Il doit y avoir un malaise. Elle commence peut-être à étouffer dans son bassin. (Rires)
C’est déroutant…
C’est vrai !
Te reverra-t-on blond un jour ?
Je ne pense pas non, blanc peut-être, blond non... Roux non plus. Ah peut-être. Non je ne pense pas. Mais Simone peut le faire, peut-être, quoique... Elle n’a pas de cheveux, elle a la tête toute mole !
On sent comme un lien entre « L’Homme Patient » et « Elle fréquentait la rue Pigalle » ; y a-t-il vraiment un rapport entre ces deux chansons ?
Oui, mais je ne m’en suis rendu compte qu’après. C’est la même chose en fait, à l’inverse. Dans « la rue Pigalle », l’Homme est le salaud, et dans l’ « Homme Patient », l’Homme se rend compte de la situation. C’est marrant parce que la « Rue Pigalle » c’est une reprise, je ne l’ai même pas écrite.
Ca t’arrive souvent de passer à l’attaque en tenue d’Adam, seul devant ton imac ?
Hum... (Il réfléchit quelques secondes)
Oui ! Très souvent. Mon ordinateur est ma seule activité sexuelle...
Eh bien…
Oui, oui… (Rires) c’est un peu compliqué chez moi, c’est particulier !
Qu’est-ce que tu as voulu exprimer dans la chanson « Notre Homme » ?
Je suis resté très évasif, pour ne pas citer un exemple précis. Pour ne pas être biographique ou autobiographique. Pour résumer, ça décrit la situation d’un adolescent, fragile donc, avec la construction de sa sexualité et tout ça; et qui verrait cette construction perturbée par l’acte et l’intrusion d’un adulte beaucoup moins bienveillant. Ca peux aller d’une personne qui vient simplement donner des conseils un peu bizarrement, et se mêler de ce qui ne le regarde pas, à carrément des drames, viols et compagnie.
J’ai connu énormément de gens dans mon entourage, enfin partout je pense qu’il y a beaucoup de cas de ce genre. C’est un vrai, grave, problème de société; individuel pour chacun, car ça complique toute la sexualité. En plus, ça a sûrement des retombées sociales. Quelqu’un qui a envie de devenir ministre, qui a eu une sexualité mal digérée, pas tranquille ; a sûrement des rapports au pouvoir compliqués, pas tranquilles... Même d’un point de vue social, je trouve ces problèmes très graves.
Mais je reste évasif aussi pour qu’on ne soit pas obligé de se prendre un mur dans la tête, parce qu’elle est quand même violente cette chanson…
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Encore sans rapport, mais quelles sont tes influences musicales ?
Ce serait long à expliquer… Mais, beaucoup de Jazz, de la Chanson, de la pop. Ce qui m’influence en général, ce sont des choses authentiques. Je n’aime pas Sinclair par exemple, parce que c’est un genre de Prince avec des manières à l’américaine, mais en français. Donc les « je t’aime, yeah yeah », ça ne m’intéresse pas. Mais en dehors de ça je peux adorer Prince. En fait, je suis influencé par des choses qui me semblent sincères, généreuses et étonnantes.
Qu’écoutes-tu en ce moment alors ?
Paul Mc Cartney, le dernier album. J’en suis complètement dingue. C’est pour moi l’un des plus grands albums de l’histoire. Enfin, de mon histoire…
Même si tu ne connais pas la suite des événements ?
Oui justement, je délimite à mon histoire de la musique, ma connaissance musicale, et mon vécu musical. C’est l’un des plus grands albums.
Pourquoi te retrouves-tu souvent avec Jeanne Cherhal, JP Nataf, ou encore Vincent Delerm ? Qu’est-ce que ça t’apporte ? Quel intérêt particulier ?
Il y a déjà le fun. Notre métier c’est les balances, l’aspect professionnel, les interviews, etc. Ca c’est très fatiguant. Et puis il y a du plaisir aussi, on le recherche tout le temps. Quand on est très potes et qu’on arrive à se mélanger ensemble, dès qu’on peut s’appeler, dès qu’il y a une ouverture, ben on essaye de se retrouver. Ce soir j’avais carte blanche, j’ai pensé à JP Nataf, et Jeanne Cherhal. [Ils étaient bien là!, NDLR]
Pourquoi joues-tu avec des musiciens d’Amiens ce soir ?
Le BBCL* ? Je suis là ce soir avec mon groupe normal, mais comme c’était une carte blanche, on m’a dit : « tu peux inviter qui tu veux ». Je suis Amiénois et j’ai fait partie de cet orchestre (le BBCL). C’est un orchestre qui est tout le temps…
Renouvelé ?
Renouvelé en jeunes, oui, re-nourrit, depuis vingt ans, vingt cinq ans. Et moi j’ai été à leur place, j’ai énormément de souvenirs de cette époque, c’était mes débuts dans la musique. Donc je me suis dit, si je viens à Amiens, ce serait super d’avoir le fameux BBCL, moi ça me fait rêver. C’est un petit côté rattaché à ma jeunesse. Me faire rêver, et puis c’est sympa, c’est une manière de montrer mon attachement à ce BBCL, ou à Willy Razafimbello (le responsable), de montrer que je viens de lui, et que je suis avec lui.
Et c’est aussi une grande expérience pour eux n’est-ce pas ?
Oui c’est sûrement une expérience intéressante pour eux, parce qu’ils sortent de leur cadre, et qu’ils viennent jouer avec un chanteur qu’ils ne connaissent pas je pense. Donc c’est leur premier set un peu professionnel, on leur dit : « maintenant vous devez assurer », et tout !
* BBCL : Big Band des Collèges et Lycées (initiative picarde)
La question qui tue : à quand le prochain album ?
Oh ben elle tue pas! Je ne sais pas du tout si j’irais aussi vite qu’entre le premier et le deuxième, mais je ne sais pas non… Je commencerai à m’y mettre dans un an je crois, le temps de finir ma tournée ; alors un nouvel album d’ici un an et demi peut-être.
Tu avais reçu un prix à Amiens, pour ton premier album.
Qu’est-ce que ça te fait que ta région natale te récompense ?
Oui un talent de la Somme je crois ; eh ben c’est toujours sympa d’être félicité par des gens, des choses dont on est originaire ; là en l’occurrence c’était le Conseil Général (de la somme) qui organisait ça, je crois. Mais c’est gentil, ça me fait très plaisir.
Premier duo avec Feist, ensuite Cherhal, alors ce sera avec qui pour le prochain duo ?
Je ne sais pas, peut-être qu’il n’y en aura pas, ou peut-être que ce sera avec une chanteuse de 95 ans !
Dernière question, est-ce que tu as rendu la pile d’assiettes à JP, et JP t’a-t-il rendu tes DVD et disques ?
Mince tu tiens ça d’où ? Eh bien non, et il a aussi tous mes disques de Supertramp, bon ça ne me manque pas énormément, mais quand même ! Avis à JP* : viens chercher tes putains d’assiettes !! (Rires)
Non mais il y a toujours une partie de mon appartement qui est occupée, parce que j’ai repris l’appartement de JP Nataf, et il n’a pas encore récupéré toutes ses affaires !
* JP Nataf & Jeanne Cherhal : artistes et amis d’Albin de la Simone
Ben voilà, c’est fini, merci…
Ben à plus ! (Rires)
Propos recueillis par Simon Lamellière.
Albin de la Simone, « Je vais changer », un Cd EMI / Virgin
Merci à Céline et Bérangère pour leurs idées lumineuses, et leur participation à l'interview. 
Propos recueillis par Simon Lamellière
Aller plus loin (liens) :
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