Alexandre Varlet
"5 ans après"
Cinq ans. C’est l’éternité qu’il aura fallu attendre pour découvrir Dragueuse de fond, indispensable second album d'un chanteur subtil et ambigu, qui, à 28 ans, a déjà connu une résurrection.
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Alexandre Varlet
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Sur son premier album intitulé Naïf comme le couteau, paru en 1998, Alexandre Varlet chantait « J’aime assez l’idée / D’incarner le néant / Le garçon transparent ». Trois mois après la sortie de cet opus remarqué, la maison de disques rend son contrat à Alexandre. Commando, une division de BMG France, met la clé sous la porte.
Ce néant si bien chanté, il se retrouve contraint de l’incarner malgré lui. « Ce fut comme une blessure importante qui a fini par déteindre sur ma vie d’homme, sur ma vie extra-professionnelle » avoue le jeune homme originaire de La Rochelle, aujourd’hui installé à Paris. A l’époque de Naïf comme le couteau, Alexandre a 23 ans. Cinq de plus aujourd’hui, à l’heure de la parution de Dragueuse de Fond, un second disque que beaucoup pensaient ne jamais voir naître.
Pourtant Alexandre Varlet semble pouvoir incarner le personnage principal d’un conte de fée, ou plutôt d’une comédie musicale. D’origine modeste, une première guitare entre les mains à quatorze ans, Alexandre se passionne pour les années 80, la new-wave, va de découvertes en découvertes, se montre « boulimique de musique ». Avec la guitare naît « l’instinct d’écrire, le besoin de me créer un petit monde, un univers sophistiqué, peuplé de ruptures, intimiste, inquiétant, underground ».
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Cette velléité engendrera des textes comme « Portons nos images / Au lieu du fardeau / Du souvenir des belles choses / A jamais dans notre dos » (Rue des Garennes). Aidé par un ami qui rédige un mémoire sur l’industrie du disques, le Rochelais, exilé à Poitiers pour une licence de lettres qu’il ne terminera jamais, envoie des maquettes guitare/voix de ses chansons aux maisons de disques. A 23 ans, il signe avec BMG et enregistre dans la foulée un disque de jeunesse, empreint d’innocence, Naïf comme le couteau.
Les critiques sont excellentes, très rapidement le charme et le charisme d’Alexandre Varlet opèrent sur un public qui le découvre en tournée. « Beau gosse, grand blond aux yeux bleus » selon les mots de son attachée de presse, le chanteur ne passe pas inaperçu. « Je suis un grand flippé, et pour moi le meilleur des remèdes consiste à monter sur scène ». Effectivement, quand on le rencontre, on est surpris de déceler chez lui autant de stress que révèlent de brusques clignements d’yeux. Mais une fois sur scène, Alexandre est comme possédé par sa musique.
Franck Morand, le frère d’un ami d’enfance de La Rochelle, a réalisé un documentaire sur l’enregistrement de Dragueuse de Fond, documentaire émaillé d’extraits de concerts. On y découvre Alexandre avec son groupe, chantant les yeux fermés, se déplaçant sur scène comme une rock-star. Puis en solo, ironisant sur un solo de batterie imaginaire, et précisant « si je fais mon kéké, c’est que j’ai peur de vous ! ». Quand on lui demande s’il envisage de sortir un jour un disque en public, la réponse est évidente, « un live d’Alexandre Varlet, pourquoi pas, mais avec les meilleures boutades d’Alexandre Varlet ! ».
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Ce goût prononcé pour l’ironie ne convient cependant pas à tous. Le personnage peut, il est vrai, se montrer cynique, provocateur, dérangeant. Ainsi Mélanie Bauer, à l’époque journaliste à Ouï Fm, la radio rock parisienne, se souvient d’une interview pendant laquelle Alexandre « n’a cessé d’expliquer que le fait de ne pas le programmer était une honte ». Réponse de l’intéressé : « Si les gens me jugent, j’ai besoin de dire ce que j’en pense, c’est de la correspondance. J’entends des choses comme De Palmas en boucle sur Ouï, qui se prétend être une radio rock, et moi on me dit que je ne suis pas dans le format, ça me paraît bizarre ».
Un autre événement mérite d’être mentionné. En février 2001, alors qu’Alexandre était en plein milieu de sa traversée du désert, l’Olympic, son fidèle tourneur, lui organise une date en tête d’affiche à la Guinguette Pirate à Paris. Valérie Lehoux, journaliste à Télérama, annonce le concert en précisant que Varlet est prétentieux et qu’il est inutile d’aller le voir. Aujourd’hui Alexandre estime que ce papier n’était déontologiquement pas recevable, et argumente en précisant qu’il est « important de me voir sur scène pour comprendre que je ne suis pas un roquet, pas un petit con. Toute ma fragilité, mon trac y sont très visibles ».
A l’époque le jeune chanteur s’était vengé en moquant Télérama tout au long de son concert, devant des spectateurs acquis à sa cause. Car il faut préciser qu’un des atouts d’Alexandre réside dans la fidélité de son public, lui qui a su attendre cinq ans cette Dragueuse de fond sans jamais oublier un artiste entier qui vaut tellement mieux que tous les chanteurs kleenex du moment.
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L’incident n’est cependant pas tout à fait clos, puisqu’à la sortie du second disque, Télérama a publié une critique incendiaire sous la plume d’Anne-Marie Paquotte, qui stigmatise chez Varlet « la tendance à s’écouter écrire ». Une chronique qui contraste avec l’enthousiasme des autres médias, presse écrite, radio, et même télé, qui tous saluent le retour du chanteur mélancolique. Alexandre lui-même est surpris par un tel accueil, mais garde la tête froide : « Les critiques font plaisir, mais l’essentiel c’est toujours le public. D’ailleurs je ne lis plus que les mauvais papiers ».
« Quitte à me jeter dans les griffes des critiques, autant leur filer à bouffer » surenchérit Alexandre en expliquant la pochette de Dragueuse de fond, sur laquelle on le voit, lascif, en compagnie d’une belle blonde qui lui allume une cigarette. Mais tout cela n’a, au final, aucune importance, il ne s’agit que de mise en scène, et ce qui compte par dessus tout, ce sont les textes, et la musique.
Pour l’enregistrement de Dragueuse de fond, Alexandre Varlet a bénéficié du soutien et des moyens de personnes qui ont bien voulu croire en lui : son tourneur, un studio, et le théâtre de Mâcon qui a pris pour habitude de venir en aide aux jeunes pousses de la scène française. C’est seulement une fois l’album en boîte qu’il a été revendu à BMG France. Ce second disque contraste dans sa production avec le dépouillement du premier. Les arrangements, cordes, cuivres, samples, mettent adéquatement en valeur la voix précieuse et subtile d’Alexandre.
Le jeune chanteur avoue avoir un moment « été abîmé dans toutes ces valeurs essentielles que sont le plaisir de jouer, la capacité à fantasmer les chansons, le disque, la scène, la confiance en soi ». Mais aujourd’hui le propos est radicalement différent : « Mon histoire continue, je suis en train d’apprendre, je grandis, j’espère que je pourrai déjà être fier de tout cela ». Avoir vécu tout cela à 28 ans, il y a déjà de quoi être fier.
Alexandre Varlet : Dragueuse de fond (BMG / L’Olympic) 
Propos recueillis par Olivier Chappe
Aller plus loin (liens) :
Le site de l'Olympic, le fidèle tourneur
Le nouveau site d'Alexandre Varlet
Le site de BMG France
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