Alexis HK
"Alexis HK, poète urbain"
Alexis HK sème un vent de nouveauté sur la scène française. Catcheur poète, nain volant cyclopède contrarié ou bambin malmené : ses personnages irrésistibles vivent des histoires pas toujours drôles, mais toujours racontées avec humour et dérision. Son deuxième album, Belleville , ressort avec en bonus trois titres lives et le clip de C’que t’es belle . Rencontre.
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L’humour de tes textes rappelle certaines chansons de Brassens. Où est-ce que tu te situes dans le paysage la chanson française actuelle : plutôt côté tradition ou côté renouvellement ?
C’est vrai que je m’inspire plus ou moins inconsciemment de “ références ” de la chanson française comme Brassens ou Brel. Nous avons en commun d’accorder une grande importance aux mots, d’écrire des chansons à texte qui racontent des histoires. En ce sens on peut dire que je suis un chanteur “ traditionnel ”. Mais je ne veux pas qu’on me catalogue comme le nouveau Brassens, ou comme un chanteur passéiste. Au contraire, je pense que Belleville renouvelle le genre. L’album a une esthétique un peu kitsch, mais c’est totalement voulu. Et à côté il y a beaucoup d’innovation, on essaie d’être dans l’air du temps. On joue avec les anachronismes, les titres sont bourrés de clins d’œil.
Tes chansons sont remplies de personnages décalés : un catcheur qui a raté sa vocation de poète, le diable qui se fait viré par Dieu, un amant qui moisit au placard… où vas-tu les chercher ?
C’est vrai qu’ils ont tous en commun d’être des parias, des malheureux contrariés par leur condition. C’est récurrent dans mes chansons. Je les trouve un peu partout : par exemple, l’histoire de Gaspard le nain est tirée d’un fait réel (!). J’avais vu un reportage sur un type à qui on interdisait de se faire lancer dans les boîtes de nuit. C’est un dilemme incroyable ! Alors qu’il faisait ça volontairement, on lui apprend qu’au nom du respect de l’être humain, il ne peut plus exercer son métier... Cette histoire m’a inspiré, elle a un côté moyenâgeux... Mes chansons sont toutes des histoires tirées de la réalité, finalement. Elles ont un côté tragique. Elles évoquent des choses tristes, parfois cruelles mais avec humour : je ne veux pas donner de leçon ni jouer les moralisateurs. C’est à la fois de l’autodérision et de l’amusement.
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Entre chaque chanson, il y a un petit intermède musical un peu déjanté, avec des effets sonores surprenants : comment est né cette idée ?
Au début, les autres étaient plutôt sceptiques quand je leur ai proposé. Je voulais laisser une plage assez courte à chaque musicien, où il pourrait jouer librement et s’éclater. Ça donne une numérotation un peu bordélique qui déroute les gens. Au début ils se demandent si le CD ne déconne pas... Mais je pense que ces petits moments de délire sonore marquent, on s’en souvient. À chaque fois que je les réécoute, ça me rappelle des personnes qui ont participé à l’album.
Est-ce que tes origines arméniennes ont une influence sur ta musique ? Certains morceaux ont des accents de musique de l’est, ou orientale : ça vient de là ?
Je ne sais pas, je ne me pose pas ce genre de questions quand j’écris ! J’ai un fond de culture arménienne : ma grand-mère est venu en France au début du siècle. J’ai tendance à me rapprocher de mes racines en vieillissant, mais je suis pour le mélange des cultures. Ce que j’apprécie chez les arméniens, c’est qu’ils sont une communauté ouverte. Ils n’étalent pas leur différence, ils gardent leur origine comme un secret qu’ils cachent au fond d’eux. C’est quelque chose de fort. Quand deux arméniens se rencontrent, ils se reconnaissent tout de suite, c’est assez magique !
Quand es-tu tombé dans la musique ?
Mes parents étaient persuadés que je voulais faire du violon, mais ça n’a jamais vraiment marché… À chaque fois que je jouais, j’avais l’impression qu’une sirène de pompier hurlait et cassait les oreilles de toute la maison... C’est assez démotivant ! Vers 12 ans, j’ai lâché l’affaire et j’ai commencé à jouer de la guitare et à écrire des chansons. À partir de là, la musique a toujours occupé une grande place dans ma vie. Ado, j’étais plutôt renfermé, je restais dans ma chambre pendant des jours à écouter de la musique...
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Tu écoutais quoi ?
Très jeune, beaucoup de chanteurs à texte : Brel, Brassens, Ferré, Gainsbourg... Je ne comprenais pas tout mais ça me faisait déjà quelque chose. À l’adolescence, j’écoutais plus de reggae et de rap, comme beaucoup d’ados. Quand le rap a débarqué, j’ai trouvé ça vraiment révolutionnaire ! L’arrivée du hip hop et du rap a décomplexé la langue française. C’est après cette vague que beaucoup de nouveaux chanteurs français à texte sont apparus : le rap leur a servi de déclic, leur a donné les moyens de délivrer leur message. Après, j’ai découvert l’Amérique musicale : Lennon, Elvis... Il y a aussi de très bonnes choses qui viennent de ce pays !
On dit de toi que tu es un ex-grand timide : comment en guérit-on ?
Je ne dirai pas ex ! Je suis timide, mais mes chansons me permettent de m’exprimer, de montrer qui je suis. C’est grâce à ça que j’ai réussi à m’ouvrir aux autres. En fait, la musique m’a sauvé la vie. Je ne pense pas que j’aurai été heureux sans elle. Je sais pas comment on trouve sa route dans la vie, mais moi c’était ça ou rien.
Dans Nous tu annonce que les mous et les ramollis du bulbe vont finir pas s’énerver. C'est ton côté révolutionnaire… Larzac ?
Cette chanson, sous ses airs nonchalants, est un appel. Sérieusement ! À force de faire tout trop vite, on n'a pas le temps de se regarder, de vivre, on se déshumanise. Et j’ai l’impression que ça s’arrange pas ! On devrait avoir le droit de ne pas suivre le rythme du monde si on n’en a pas envie, non ? Moi, en tout cas, je le revendique, et je pense que beaucoup de personnes se retrouvent dans cette chanson. Un jour, ça finira pas exploser, quand les gens auront marre qu’on leur demande d’être tout le temps performants. Et les lents prendront leur revanche !
La première édition de ton CD était protégée par un système de copy control.
À vrai dire, je ne savais même pas que ce système avait été mis en place, je suis arrivé à la bourre, comme d’habitude... Je comprends pourquoi on veut protéger les CD, certains lecteurs ne pouvaient pas les lire à cause de ce système. La nouvelle édition n’a pas de copy control, car il y a des clips, et je préfère ça...
En concert, tu joue le personnage d’un titi parisien en costume. Rien à voir avec ce que tu es hors de la scène. Ton côté docteur Jekyll et Mister Hide ?
Sur scène, je suis ce que je ne suis pas ou n’ose pas être ailleurs. J’expurge ma timidité, mais le public sent que cette assurance est surjouée, et c’est ce qui est génial : ça créé une forte complicité entre nous. Avec les musiciens, on s’la joue petits voyous en costume, on a créé des personnages qui ne se prennent pas au sérieux et qui font rire.
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Dans le cyclopède, tu parles d’un gars qui arpente Paris en vélo. C’est autobiographique ?
Hum… Un peu, le début du moins. Je roulais en vélo, mais je me le suis fait voler trois fois ! C’est vraiment un monde de barbare, on se fait même piquer un vieux vélo rouillé… C’est pourtant le mode de transport civilisé par excellence : ça pollue pas, ça fait pas de bruit… Mais le hic, c’est que ça se vole facilement. J’ai abandonné la partie : maintenant je roule en métro. C’est moins chouette, mais je pense que c’est important : c’est un endroit social, on y croise les gens qui vont bosser, les pubs des nouveaux spectacles… Ça permet de garder un pied dans la réalité. Et puis la voiture, ça rend agressif et ça coûte cher !
Pourquoi avoir appelé ton album Belleville ?
D’abord parce que c’est le nom de mon quartier. Un album incarne aussi un moment de la vie, je le conçois aussi comme un album photo, un recueil de souvenirs. Mais c’est aussi un nom ironique : Paris est une belle ville, c’est chouette, on peut rouler en vélo, mais on se le fait piquer quand même !
Après la tournée, des projets ?
Ce disque m’a donné envie d’en faire un autre. Belleville est un album que j’ai voulu plein de surprises, mais sous une apparence de légèreté, les chansons passent un message. Maintenant il faut passer à la suite… La prochaine sera plus dynamique, il aura une autre énergie musicale. Les textes et l’humour auront toujours une place centrale. Et il y aura des invités surprises… Rendez-vous en septembre ! 
Propos recueillis par Marie Charrel
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