Allain Leprest "Les vers diamant de Leprest"
En duo piano-voix, Allain Leprest investit le Théâtre du Renard. De plus, le poète (en)chanteur nous gratifie d’un CD splendide, Chez Leprest, où les forces vives de la chanson française (Higelin, Enzo Enzo, Loïc Lantoine, Olivia Ruiz, Sanseverino, Mon Côté Punk…) revisitent ses textes admirables.
Mardi 11 décembre, pour sa première au Théâtre du Renard, dès son entrée sur scène, Allain Leprest nous saisit, littéralement. Fragilisé par la maladie - contre laquelle il lutte avec une vaillance aussi humble qu’impressionnante -, il s’empare de nous, avec une maestria suffocante. La puissance de sa poésie, même si nous la connaissons, nous la redécouvrons, à chaque mot, chaque syllabe, chaque souffle.
Il pétrit le mot, l’étire, le garde en suspension. Ou bien le condense et nous le balance en pleine face, comme une bombe d’amour. Ce mardi soir, il y avait, entre la pianiste Nathalie Miravette et lui, cet échange magique, cette télépathie que l’on perçoit chez les grands improvisateurs de jazz. Les touches noires et blanches parlent la langue qu’aime Leprest : celle du cœur. Lui, il entend tout, même le silence que lui distille, à point nommé, le piano de Nathalie. Le dépouillement propre au duo va comme un gant de dentelle à son verbe, ici de velours, là de révolte.
Ses cordes vocales s’ébrèchent soudain ? De cette fêlure, il fait un miracle et sa poésie, intacte de beauté, s’éclot de sa gorge, pour s’envoler à la manière d’une colombe. Allain Leprest est un bluesman. Il n’a jamais la voix cassée. Il a une voix autre, tout aussi captivante.
Sa gestuelle, minimaliste, dit tout, en un frémissement de doigts, un mouvement esquissé… Du Théâtre du Renard, l’on ressort chamboulé. On n’a qu’une envie : écouter en boucle ses disques. En particulier le tout nouveau, le bien nommé « Chez Leprest ». Une façon de rester auprès d’un artiste immense, comme à la maison.
Depuis la première au Théâtre du Renard, la salle ne désemplit pas. Ivresse du verbe, communion solennelle, joie poétique partagée. Au piano, Léo Nissim alterne, selon les soirs, avec Nathalie Miravette. Il éclabousse d’accords et de moires harmoniques les couplets de Leprest. Les amis passent. Enzo Enzo et Romain Didier ont rejoint sur scène le frangin de génie. Fantine, la fille irradiée de talent, aussi. Tous avec, en offrande, leur inventivité et vive intelligence du cœur. Le bonheur vrai.
La semaine du 24 décembre, nous vous reparlerons de l’album Chez Leprest, dans lequel l’honorent Daniel Lavoie (‘Nu’), Jacques Higelin (La Courneuve’), Loïc Lantoine (‘Mec’), Hervé Vilard (‘Le café littéraire’), Enzo Enzo (‘Edith’), ainsi qu’Olivia Ruiz, Mon Côté Punk, Michel Fugain, Jamait, Guidoni, Agnès Bilh, Jehan, Nilda Fernadez, Fantine et Sanseverino Ce disque constitue un cadeau idéal pour ceux que nous aimons. La fraternité enveloppe, de sa chaleur, les vers diamants du poète.
Outre l’interview d’Allain Leprest publiée le 20 décembre, nous ajouterons les témoignages de Daniel Lavoie, Hervé Vilard, Enzo Enzo, Jehan, Loïc Lantoine, Florent Vintrignier, Claude Lemesle.
Jusqu’au 22 décembre, Allain Leprest, spectacle ‘Je viens vous revoir’, Théâtre du Renard, 12 rue du Renard 75004 Paris (métro Hôtel de Ville). Du mardi au samedi, à 21 h ; le dimanche, à 16h. Tarifs : 23 et 17,5 euros. Tél. : 01 42 71 46 50. En alternance, au piano : Nathalie Miravette, Léo Nissim.
En première partie, Pascal Clément chante François Béranger.

Fara C.
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