Allain Leprest
"Le génie debout de la poésie"
Interview d’Allain Leprest, qui emplit le théâtre du Renard. De plus, le poète et chanteur nous gratifie du splendide CD, Chez Leprest, où ses textes admirables sont revisités par les forces vives de la chanson française - Higelin, Enzo Enzo, Loïc Lantoine, Olivia Ruiz, Sanseverino, Mon Côté Punk...
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propos recueillis par Fara C. | le 20/12/2007 |
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Allain Leprest
: « Je me sens comme chez moi dans ce lieu chargé d’histoire. »
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Tous les soirs, le public emplit le Théâtre du Renard. Vous avez abordé cette série de concerts comme un défi…
Allain Leprest : Oui, une posture pour rester debout, résister dans la dignité. L’amour du public me donne une force qui me surprend moi-même. Je suis formidablement épaulé par l’équipe du Théâtre du Renard. Je remercie pour son soutien une grande dame, Hélène Nougaro, ainsi que le producteur de mon album, Didier Pascalis, qui s’est décarcassé pour réaliser ce beau projet discographique et réunir une quinzaine d’artistes au service de mes chansons. Merci aussi à mon camarade Pascal Clément, qui, en première partie, interprète des chansons de François Béranger : une initiative que j’appuie, parce que nous devons tous un travail de mémoire envers Béranger et ses chansons, que l’on n’entend pas assez bien qu’elles restent d’une actualité sidérante. Je salue nos chéries, Lucie et Marie, pour leur coup de main chaleureux et précieux à la vente des disques à l’issue des concerts. Et ma fille Fantine, montée sur la scène du Théâtre du Renard pour interpréter ‘La valse pour rien’, qu’a composée un ami brésilien, Luis Sylvestre Ramos. Je ne l’avais pas vu depuis quinze ans. Il est venu mercredi soir, j’étais très heureux.
Comment vous êtes-vous retrouvé au Théâtre du Renard ?
Grâce à son directeur, Gérard Rauber, et à Hélène Nougaro, qui en a eu l’idée. Je me sens comme chez moi dans ce lieu chargé d’histoire. Il servait autrefois de halle de vente pour les épiciers. Les grains divers étaient exposés sur ce qui est devenu l’actuelle scène. Pendant la seconde guerre mondiale, s’y tenaient des réunions de résistants, de militants communistes. Un héritage qui me nourrit. L’occupant était loin d’imaginer ces rendez-vous clandestins !
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Allain Leprest
: « J’ai voulu me prolonger à travers des artistes que j’avais croisés et que j’aimais profondément : de Michel Fugain et Hervé Villard à mon Côté Punk, d’Enzo Enzo à Jamait, Jehan, Higelin… Impossible de citer tout le monde. »
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Avez-vous écrit, durant l’année écoulée ?
Oui, pour moi, et pour des artistes qui me touchent beaucoup et me font l’honneur d’interpréter mes textes. Au Théâtre du Renard, je ne présente pas mes chansons récentes, je les garde avec l’espoir de monter un nouveau spectacle.
C’est formidable d’entendre autant de voix, de sensibilités différentes, dans votre CD Chez Leprest. Les artistes se sont-ils proposés à vous ou bien leur avez-vous demandé ?
Les deux cas sont advenus. Didier Pascalis a coordonné avec efficacité, avec humanité, les désirs des uns et des autres. Au début, je n’osais pas trop croire au rêve. Il n’y a eu aucun dessein de ‘people-isation’. Quand ma voix, à un moment, s’en était allée, j’ai voulu me prolonger à travers des artistes que j’avais croisés et que j’aimais profondément : de Michel Fugain et Hervé Villard à mon Côté Punk, d’Enzo Enzo à Jamait, Jehan, Higelin… Impossible de citer tout le monde, mais je remercie chacune et chacun pour les rayons de soleil déposés sur mon cœur.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de préfacer le livre de Claude Lemesle, L’art d’écrire une chanson ?
Mon admiration pour son talent, sa manière amoureusement technique de faire chanter les mots. Je me reconnais dans sa démarche. Claude Lemesle est un artisan rare de la chanson.
Récemment, quand, impressionnée par votre force face à la maladie, je vous ai demandé où vous puisez de telles ressources, vous avez répondu : « J’essaie de faire marcher le cerveau, les jambes, le cœur ». Puis, dans un chuchotement presque hésitant, vous avez ajouté : « l’âme »…
Effectivement. J’aime bien prononcer le mot âme, mais je ne sais pas vraiment ce que c’est. Nous évoquions l’idée de la mort. Sans vouloir être prétentieux, je me dis que, bon gré mal gré, si l’on n’a pas été trop méchant, si l’on a tenté d’être honnête avec soi et les autres, on quitte le monde, probablement, sans trop de poids dans l’âme. Un jour, un copain m’a dit : « toi, le communiste, t’es un prêtre, t’es Leprest défroqué ». Je l’ai envoyé balader. En vérité, gamin, je voulais devenir prêtre.
Votre aspiration à la justice, déjà ?
Il y avait un peu de ça. Je n’avais pas encore trouvé de moyens, disons, plus humains, plus terrestres, pour lutter. L’idée m’a abandonné. À dix-sept ans, j’ai rencontré des militants dont la combativité et le sens de la dignité m’ont marqué pour la vie. Aujourd’hui encore, leur énergie me porte.
Retrouvez ici le compte-rendu de concert d’Allain Leprest.
Album Chez Leprest, Tacet/L'Autre Distribution.
De Claude Lemesle, L’art d’écrire une chanson, préface d’Allain Leprest, éd. Eyrolles, 165 pages, 18 euros.

Propos recueillis par Fara C.
Aller plus loin (liens) :
Le site de Tacet
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