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amadeus tappioka "un rock niçois clair-obscur"

Verve électrique et riffs tapageurs, mélodies entêtantes et textes clairs-obscurs poétiquement désabusés… Le premier album des Amadeus Tappioka est un savant équilibre entre un rock chahuteur et des textes inspirés portés une voix qui n’est pas sans rappeler celle de M. Rencontre avec le trio niçois.

propos recueillis par Marie Charrel

amadeus tappioka :

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Photo © DR

Vous avez commencé en jouant des reprises dans les bars. Comment passe-t-on d’un groupe de reprise à un groupe de compositions ?

Greg : en fait on était déjà nuls en reprise alors on s’est dit pourquoi pas…

Lou : C’est venu après un concert. On avait travaillé d’arrache pied, bossé à fond. On a joué des reprises électriques et acoustiques, mais à la sortie, on était déçu. Ça a été le déclic.

Julien : On est parti de zéro. Techniquement, on ne maîtrise pas totalement nos instruments, on a donc décidé de se faire d’abord la main sur des reprises, de tourner un moment dans les pubs. Puis est venu ce fameux concert. On était techniquement au top, tout était bien, il y avait du monde, mais il y a eu un blocage. C’est là qu’on a su qu’il fallait passer à autre chose. On s’est donné six mois pour voir ce qu’on pouvait faire en compo. Et ça a marché plutôt bien, puisque quelques mois après on enregistrait notre premier autoproduit.

Lou : Et à partir de là, tout est allé très vite. On a pu se faire connaître grâce à l’autoproduit, et peu de temps après on a rencontré Romain du label New Jah, à Nice. Il a établit un plan d’évolution qui allait dans la direction qu’on souhaitait. Puis notre premier album, Quai N°3 est sorti en 2003. Tout s’est enchaîné assez vite par rapport à certains groupes qu’on a rencontrés aux chantiers des Francos par exemple : on était les plus jeunes, les moins connus… Mais on ne se dit pas qu’on a eu de la chance. C’est en partie vrai, mais c’est surtout parce qu’on a bossé comme des fous ! Je pense qu’on a mérité ce qu’il nous arrive. C’est proportionnel à la dose de travail qu’on a fourni.

De toute façon, il n’y a pas de secret, sa chance, on la provoque, non ?

Lou : Elle ne sourit qu’aux audacieux.

Julien : C’est aussi parce que notre travail laisse une large place à l’autocritique. On a pris de la bouteille sur pas mal de chose grâce à ça. Après chaque concert, on passe en revue ce qu’on a trouvé bien ou moins bien.

Pas de langue de bois entre vous.

Julien : Surtout pas. Comme on est trois, on y accorde beaucoup d’importance. On ne se caresse jamais dans le sens du poil, la condescendance ne fait pas vraiment avancer.


amadeus tappioka :

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Photo © DR

Julien, c’est toi qui écrit les textes, qui sont assez remarquables par leur poésie et leur aspect élusif. Où trouves-tu l’inspiration ?

Julien : Heu…

Lou : C’est toujours le concerné qui en parle le moins bien, je vais donc faire une tentative… Il s’inspire d’événements très concrets qu’il enrobe d’images, de métaphores, ou de sentiments qui planent, concernant les gens, leur fonctionnement…

Julien : Mais j’essaie de plus en plus de cibler le thème de la chanson.

C’est-à-dire ?

Julien : Le sens n’apparaît pas toujours au premier abord. J’essaie donc d’être moins évasif, même si je préfère laisser planer un vague. Ce pourquoi j’écris n’est pas le plus important. Si j’écris en pensant à une certaine chose, et que celui qui l’écoute pense à une autre, tant mieux !

Pour ne pas imposer un thème ?

Julien : Oui. Les premières chansons que j’ai écrites sont très évasives, et on m’a déjà demandé si ce n’était pas de la poésie gratuite, où le sens ne primerait pas. Au contraire ! Mais l’interprétation que je fais de mes textes n’est pas le plus important.

Tu dis utiliser la méthode de l’écriture automatique. Ton côté dadaïste ?

Julien : Peut-être. J’écris tout le temps, les formules ou les phrases qui m’interpellent, même dans la rue… Quand on est en période de composition, je me base sur les mélodies pour écrire. Ça permet de donner une certaine esthétique et cohérence aux morceaux. Je chante la mélodie, et là j’utilise l’écriture automatique. Après, les phrases que j’ai notées peuvent venir s’y rajouter. Le plus dur, finalement, c’est de faire sonner le français. La langue du rock reste l’anglais.

Ce qui caractérise vos morceaux, c’est cet équilibre entre un côté très sombre, autant dans le texte que dans l’accompagnement, et un côté plus lumineux. Comment maintenez-vous cet équilibre, comment parvenez-vous à ne pas tomber d’un côté ou de l’autre ?

Julien : En étant sincère. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai choisi l’écriture automatique : on ne peut être que vrai quand on le fait.

Lou : C’est aussi le reflet de ce qu’on est et ce qu’on pense. On ne veut pas dire que tout est noir et pourri comme le font certains groupes, comme il est aussi hors de question de cautionner un trip barbe à papa, tout est rose et joli. C’est vrai qu’il y a plein de choses dégueulasses dans la vie, mais quand on se donne du mal pour vivre les choses de manière saine, il y en a aussi des belles. C’est un équilibre précaire que chacun doit chercher à obtenir dans sa vie.


amadeus tappioka :

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Photo © DR

Est-ce le fait d’être un trio qui vous pousse à tenter ces expérimentations sonores sur vos morceaux ?

Julien : Complètement.

Lou : Le fait d’être trois nous facilite énormément les choses au niveau de la musique, notamment pour la prise de décision.

Julien : Ça créé un équilibre intéressant, mais des obstacles d’un point de vue musical : il manquerait parfois un quatrième instrument. D’où les expérimentations, comme les sons qu’on travaille sur la basse. Ou le fait que ce soit parfois la basse qui joue la mélodie au lieu d’être l’instrument d’accompagnement, ce qui permet à la guitare d’être plus libre. On joue avec ça, on est plus libre qu’avec une basse uniquement rythmique et une guitare pour les effets. Etre trois nous limite au niveau des instruments mais nous pousse à expérimenter plein de choses. C’est une façon de compenser.

On vous compare systématiquement à Muse ou Radiohead pour les bases musicales, et à M pour la partie vocale. Le fait qu’on essaie de vous faire entrer dans une case est plutôt quelque chose qui vous énerve ou vous flatte ?

Lou : C’est normal qu’on nous compare à M ou Radiohead, puisque ce sont des groupes qu’on adore. Ça ne peut que se ressentir dans notre musique. Par contre, la comparaison avec Muse devient un peu facile quand c’est systématique. On est trois, le chant a un aspect lyrique comme eux, donc on nous met dans la même case. Mais c’est simplement parce qu’on a énormément de références communes avec eux.

Julien : C’est la notion de copie qui gène. On a commencé par des reprises : on a appris à jouer sur du Radiohead, etc… Tous les morceaux qu’on a composés l’ont été directement après cette période de reprises, ils en sont donc le reflet. On s’en libère peu à peu, mais on ne nie pas ces influences. Une composition ne sort jamais de nul part…

C’est pour ça que généralement il y a une grosse différence entre le 1er et le 2ème album d’un groupe Entre temps il s’est libéré de ses influences.

Julien : Oui. On rapproche parfois ma voix de celle de M parce qu’elle monte bien dans les aigus. Mais là encore c’est un peu facile, je suis né avec cette voix, c’est comme ça. Je ne pourrai jamais chanter du Mickey 3D par exemple. Je me suis gavé de Miossec, Noir Désir ou M pendant des années : ce sont des piliers qui ont réussi à faire sonner le français. Effectivement, je pense que sur notre prochain album, ce genre de références aura disparu. Les nouveaux morceaux reflètent beaucoup plus notre propre style, on y fait intervenir d’autres influences vers lesquelles on n’osait pas aller avant. On se sent plus libre.

C’est la première fois que vous venez à Paris. Vos impressions ?

Greg : On ne peut pas tourner à droite quand on veut aller à droite. On ne peut pas tourner à gauche quand on veut aller à gauche.

Lou : Les salles de concerts on tendance à tanguer.(Leur premier concert avait lieu sur la péniche La Balle au Bond).


amadeus tappioka :

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Photo © DR

Julien : On a pas eu encore le temps de visiter, mais les premières impressions sont bonnes.

Vos plus grosses galères ?

Julien : La difficulté d’être pris au sérieux sur Nice, et les problèmes humains ou de locaux qui en ont découlé. Là- bas, c’est le règne du hip hop, la politique du fast food, même au niveau musical : rapide, accessible, ou ce qui est reprise. Faire un concert de compos à Nice relève de l’exploit. On s’est déjà fait virer de salles de répète. Ailleurs, on est tout de suite plus pris au sérieux, on s’intéresse sincèrement à ce qu’on compose… La difficulté, finalement, c’est d’avoir commencé à Nice.

Vous allez donc émigrer sur Paris ?

Julien : Et bien non, après réflexion. On l’a envisagé, et puis on a décidé de le prendre comme un défi. Peu de groupes viennent de Nice et…

Greg : Si, Jenifer. Loana. Priscilla !

Julien : Beaucoup de groupes viennent de province, de Bordeaux, de Bretagne… Mais pas de Nice. On a décidé de tenter le coup, et ça peut même s’avérer être un avantage, un moyen de se démarquer.

La question qui fâche : pourquoi Amadeus Tappioka ?

Lou : Effectivement, il y a une explication. Mais elle n’a aucun sens. On le disait beaucoup lors de nos premières interviews, et du coup les gens focalisaient là-dessus. Alors on ne le dit plus.

Greg : Si les gens regardent bien, ils peuvent le trouver. C’est plus intéressant de les laisser deviner, croire qu’ils ont trouvé et sortir des explications farfelues…

Dernière photo : Philippe Noisette


Propos recueillis par Marie Charrel
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