Amel Bent
"La famille c'est indispensable"
A l'occasion de la sortie de son deuxième album intitulé A vingt ans, Musiqualité est allé poser quelques questions à Amel Bent...
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Amel Bent
: « Il y a des gens avec qui on a envie de partager un moment artistique ou émotionnel. Que ce soit un duo ponctuel en télé, ou un duo sur un disque. Ce sont des choses qui ne se commandent pas, c’est vraiment des fortes envies qui aboutissent ou pas. »
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Musiqualité: Peux-tu me parler un peu de ton parcours dans la musique?
Amel Bent: J’ai commencé à chanter très très jeune, par le biais diverses structures comme la MJC de mon quartier ou par des associations de Gospel. Et puis j’ai vraiment été révélée par la Nouvelle Star, où j’ai finie demi-finaliste. Huit mois après la fin de l’émission j’ai signé chez Jive (BMG/Sony). Premier album il y a trois ans Un jour d’été. Et là j’ai sorti il y a une semaine A 20 ans.
Tu es auteur et interprète, es-tu exigeante musicalement?
La seule exigence que j’ai c’est de vraiment suivre mon instinct. Tout le temps. Je suis assez exigeante avec moi-même et j’écoute énormément mon cœur et ma voix. C’est vrai qu’on ne peut pas tout chanter, ni être retouché partout. Donc j’y vais vraiment à l’instinct, je suis assez exigeante avec ça.
Est-ce que ça t’arrive de donner ton avis sur des compositions?
Bien sûr, c’est comme ça que cela se passe. Des fois il y a des choses qui me touchent moins, des fois toute une chanson est bien, et au moment du pont (par exemple) ben je trouve que ce n’est pas assez fort par rapport au reste de la chanson. Qu’on s’ennuie un peu… Qu’il faut rajouter des instruments, des chœurs, des choses. Après je pense que la musique c’est aussi un domaine où on peut s’exprimer, chacun peut apporter des idées. Je discute donc souvent avec le compositeur, ou avec l’ingénieur du son. Je laisse mon cœur et ma voix parler plutôt que les gens qu’il y a autour.
Dans ton album on croise trois featurings, est-ce que le duo et la collaboration sont des choses importantes pour toi?
Ca fait partie des choses qu’on ressent à l’instinct. Il y a des gens avec qui on a envie de partager un moment artistique ou émotionnel. Que ce soit un duo ponctuel en télé, ou un duo sur un disque. Ce sont des choses qui ne se commandent pas, c’est vraiment des fortes envies qui aboutissent ou pas. Avec Diams on avait vraiment envie de faire un duo ensemble, Charles Aznavour c’est un rêve d’enfant, Obispo j’avais vraiment envie de chanter l’une de ses compos.
Au sujet de Diams, est-ce que c’est une personnalité qui compte pour toi?
Oui c’est quelqu’un que j’apprécie énormément, pour qui j’ai beaucoup de respect. Que ce soit au niveau artistique ou humain, oui c’est quelqu’un que je porte dans mon cœur quand même.
Dans «Chanson pour papa» tu sembles parler de l’absence de ton père. C’est quelque chose qui t’a marqué?
Mon père n’a jamais été vraiment absent, je l’ai toujours vu depuis que je suis toute petite. Non, cette chanson c’était une vraie envie de lui dire que je l’aime, que c’est mon papa, qu’on se voit pas souvent, et que même si on ne vit pas sous le même toit et que si des fois je le réclame pas… je l’aime quand même. C’est un clin d’œil plutôt.
Tu dis «après tout je suis ta fille», est-ce que la famille c’est quelque chose d’important pour toi?
C’est quelque chose d’indispensable, c’est l’essentiel.
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Amel Bent
: « J'ai décidé de faire un album qui tournait autour de la mélancolie, des moments plus sombres que je peux vivre. J’ai écrit toutes mes chansons la nuit et j’ai un rapport avec la nuit qui est assez bizarre. »
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Sonia Sieff |
«Désolé, scandale, compliqué, seule, comme tous les soirs.» Il y a dans tes titres et même tes paroles des mots ou des phrases à connotations assez négatives. Comment tu expliques cela?
C’est un vrai choix artistique d’avoir voulu développer quelque chose de plus mélancolique, que j’avais en moi. Tout individu a ses hauts et ses bas, ses moments d’angoisse comme ses moments de joie. Après en tant qu’artiste tu choisis de développer ce que tu veux développer. Si tu veux parler des oiseaux, des planètes ou de parler de ta joie. Moi j’ai décidé de faire un album qui tournait autour de la mélancolie, des moments plus sombres que je peux vivre. J’ai écrit toutes mes chansons la nuit et j’ai un rapport avec la nuit qui est assez bizarre. J’ai beaucoup d’angoisse quand le moment de dormir arrive, je me pose énormément de questions. Le fait d’avoir écrit les textes la nuit ça a encore plus renforcé la tristesse qu’on peut retrouver dans les chansons.
Tu as 22 ans, ça n’a pas été trop dur d’accéder à la célébrité aussi jeune?
Je pense qu’il faut avoir du recul pour pouvoir parler de ces choses là. C’est un peu comme quand on a vu quelqu’un tous les jours pendant 3 ans. Eh bien quand on ne l’a pas vu, on voit l’évolution. Moi maintenant je ne vois pas l’évolution que je peux avoir, et je ne sais pas vraiment quel est l’impact aujourd’hui de ce que je vis sur moi puisque je le vis. Seules les personnes qui sont extérieures peuvent le voir ou peuvent dire. Moi je n’ai pas à me plaindre, tous les artistes rêvent de succès, d’être reconnus et aimés. Je ne vais pas me plaindre, au contraire c’est un moteur énorme de savoir qu’on est aimé et apprécié, que les gens aiment le disque et qu’ils en parlent. Et même qu’on en achète encore deux ans après! Les gens se déplacent pour venir me voir sur scène, ils envoient des messages sur des forums ou m’envoient du courrier. On ne peut pas ne pas être heureux avec autant de preuves d’amour. Le succès pour moi ça ne veut rien dire, c’est un mot le succès. Pour moi c’est plutôt l’amour des gens. Je ne parle pas de succès mais d’amour. Les gens sont pas forcés d’acheter mon disque, ils le font parce qu’ils aiment des chansons. Je me dis pas j’ai vendu 650 000 disques ‘c’est cool’, mais je me dis qu’il y a 650 000 familles ou personnes qui apprécient ce que je fais. Et ça, ça fait chaud au cœur.
Et ça donne envie de continuer?
De toute manière, chanter pour moi c’est quelque chose que je ne peux pas arrêter de faire. Et dans ces conditions on a encore moins envie d’arrêter (rires).
Et tu penses que tu ne pourrais jamais rien faire d’autre?
Il y a ce qu’on fait par passion, quand on a la chance de vivre de ça, et il y a ce qu’on fait parce qu’il faut vivre aussi. Donc demain si je ne peux plus gagner ma vie en chantant, je continuerais à chanter comme je peux mais il faudra aussi que je puisse survivre, être intégrée à la société, avoir une vie active et sociale. Je vais pas mentir et dire que demain si je ne vends pas de disque je continuerais à chanter dans le métro. Je me débrouillerais pour essayer de continuer à faire des choses dans la musique, mais faudra aussi que je trouve un moyen de me nourrie et de me loger. J’y pense pas, ce ne sont pas des choses auxquelles on pense. C’est comme si on tombe amoureux de quelqu’un, on se marie, et qu’on pense déjà à ce qu’on va faire lorsqu’on divorcera. On a déjà tellement de projets à faire quand on est déjà ensemble, c’est un peu pareil pour la musique. Je pense à ce que je vais faire pendant que j’y suis.
Charles Aznavour t’a composé une chanson (Je reste seule). Qu’est-ce que ça te fait, tu vois ça comme un honneur, un luxe, ou est-ce qu’il y a un mot pour qualifier ça?
Pour moi c’est un miracle, je qualifie ça de complètement métaphysique. C’est hors du commun ce qui s’est passé. C’est mon idole depuis que j’ai cinq ans, je ne savais même pas aligner deux mots que je savais déjà phonétiquement chanter les chansons d’Aznavour. Je l’adore, c’est quelqu’un qui a accompagné ma vie en musique. Depuis l’enfance, et aujourd’hui il en fait partie un petit peu, et encore plus qu’avant. Après les gens pourront qualifier ça de luxe, peut-être.
Comment s’est passée ta rencontre avec Charles Aznavour?
On s’est rencontrés à l’Opéra Garnier, j’avais chanté pour son association: «Les enfants d’Arménie». Et voilà, on a pu parler.
Vous restez en contact?
Je n’ai aucune relation privilégiée. Il n’a pas mon numéro de téléphone, je n’ai pas le sien. Même si je l’avais je ne l’appellerais pas. C’est mon idole, je n’ai pas envie qu’il m’appartienne, pas envie qu’il soit dans mon cercle d’amis, et que je fasse genre ‘ouais Charles Aznavour c’est mon pote’. C’est un grand homme, il est généreux. Ecrire à une gamine de 20 ans qui rêve de ça depuis toujours, je trouve ça classe de sa part. Mais je ne cherche pas à aller plus loin avec lui. Je veux qu’il reste mon idole.
Merci Amel Bent…
Amel Bent, "A 20 ans" (Sony/BMG)

Propos recueillis par Simon Lamellière
Aller plus loin (liens) :
http://www.amelbent.com/
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