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Amon Tobin "Je passe des heures à découper des beats en mille morceaux"

Jean élimé, casquette artistiquement vissée sur la tête. Amon Tobin parle de sa musique avec des mots simples, avec évidence. Gamin, il trafique les cassettes de cours d’anglais de son père. 15 ans plus tard, il débarque à Londres : la drum’n’bass le fascine. Aujourd’hui : sept albums, une sensibilité intacte et toujours la même idée : «Ma musique est fondamentalement liée aux émotions que j’essaie d’exprimer. (…) Ce nouvel album (Foley room , sortie le 6 mars 2007, ndr) a été fabriqué avec amour». En guise d’introduction, surprise… cliquez sur le podcast. Juste là, à droite. Bienvenue dans l’univers d’Amon Tobin… et dans sa Foley Room

propos recueillis par | le 27/02/2007

Amon Tobin :

« Il fallait expérimenter de nouvelles façons d’utiliser les instruments : jouer de la guitare avec un marteau, du violon avec une épée ou à quatre violonistes sur le même violon »


Photo © DR

Ton nouveau disque, Foley Room, est assez expérimental. A l’écoute, mais aussi dans ton processus de création. Tu utilises des éléments tirés de prises de son que tu as faites toi-même. Quelle est ta démarche ?
Foley Room est un album sur la transformation du son. J’ai juste essayé de faire des mélodies jolies et intéressantes, à partir de sons inhabituels : j’ai par exemple enregistré le rugissement d’un tigre car je voulais une basse. Mais attention, pas n’importe laquelle : un son particulier que tu trouves dans certaines morceaux de drum’n’bass, le respace sound. Et justement, le rugissement du tigre correspondait : il a une fréquence très basse à cause de sa grande cage thoracique. J’ai utilisé le même procédé avec la moto.
Dans cet album, j’ai donc assemblé des sons qui ont les mêmes propriétés, fréquences, tout en mélangeant des éléments naturels et des éléments numériques. Par exemple, l’idée est de pouvoir utiliser dans le même titre des guitares hawaïennes et des abeilles!
Après, la majeure partie du boulot reste le travail de studio, le traitement du bruit. Je passe des heures à découper des beats en mille morceaux.

Un DVD accompagne ce nouvel album. On te voit notamment travailler avec un orchestre. Mélanger les univers, les musiques, c’est une belle expérience ?
J’ai travaillé avec des personnes très talentueuses, comme le Kronos Quartet. En studio, je leur ai demandé de laisser tomber ce qu’ils avaient appris depuis le début. Il fallait expérimenter de nouvelles façons d’utiliser leurs instruments : jouer de la guitare avec un marteau, du violon avec une épée ou à quatre violonistes sur le même violon !
C’était assez étrange de leur demander de jeter leurs talents par la fenêtre et d’explorer de nouvelles voies. Et pourtant ça a marché, les musiciens étaient emballés !


Amon Tobin :

« Ma musique est fondamentalement liée aux émotions que j’essaie d’exprimer. La musique est une chose très humaine. On utilise toute cette technologie, ces ordinateurs, ce matériel, ces logiciels. Mais il ne faut pas oublier que ce sont juste des outils. »


Photo © DR

Quand on écoute ta musique, on imagine facilement des scènes, des histoires. Mais d’où viennent donc tes idées ?!
La plupart du temps, il y a une émotion, je cherche le son qui l’exprime et je construis à partir de cela. Ma musique est fondamentalement liée aux émotions que j’essaie d’exprimer. La musique est une chose très humaine. On utilise toute cette technologie, ces ordinateurs, ce matériel, ces logiciels. Mais il ne faut pas oublier que ce sont juste des outils. La musique, elle, vient toujours de l’intérieur et ce sera toujours comme ça. Avec une cannette en fer et une boîte d’allumettes, tu peux exprimer quelque chose. On n’a pas besoin de tonnes de matériel si on a rien à dire. Tout ce que je peux avancer, c’est que ce nouvel album a été fabriqué avec amour.

Et quand tu tiens une idée, concrètement, tu travailles comment ?
Je suis seul dans mon studio. J’essaie juste de suivre mon idée. Je n’ai ni système établi ni de formule magique ! (rires) Lorsque je m’intéresse à quelque chose, j’essaie de suivre cette piste le plus loin possible. Après, la musique est reine et le son, ce qu’il y a de plus important, donc tout est possible !
En règle générale, l’idée vient avant d’enregistrer un son. Mais parfois, je découvre quelque chose d’autre quand je suis en studio. Alors là, j’essaie de ne pas me limiter à la piste originale. Mais c’est vrai qu’il y a une certaine satisfaction quand on parvient à créer un morceau qui correspond parfaitement à l’idée de départ ! J’aime par dessus tout mêler les univers mécaniques et numériques, enregistrer un son et puis le jouer à l’envers, le triturer. C’est ainsi que la musique électronique dégage son âme.


Amon Tobin :

« J’ai un enregistreur sur mon téléphone alors je chante quand je pense à un rythme que je ne veux pas oublier. C’est parfois embarrassant, quand je suis dans un lieu public par exemple… »


Photo © DR

Tu écris tes idées sur papier. Quels genres de mots utilises-tu pour décrire ta musique ? Ton univers est si particulier…
C’est juste des idées… enfin, c’est vraiment très poétique (rires) ! Non, en fait c’est uniquement des notes. Mais il y a autre chose que je fais très souvent parce que j’ai une très très mauvaise mémoire. J’ai un enregistreur sur mon téléphone alors je chante quand je pense à un rythme que je ne veux pas oublier. C’est parfois embarrassant, quand je suis dans un lieu public par exemple… (rires) mais je ne peux pas m’en empêcher ! Avec mon ancien téléphone, j’étais obligé de me laisser des messages sur mon propre répondeur. Quand je rentrais à la maison après quelques mois de tournée, je me demandais pourquoi j’avais tous ces messages… (rires)
Le plus drôle : tu penses toujours que tu as une super idée, que c’est génial. Et quand tu écoutes le message, tu te rends compte que c’est nul… que c’est vraiment un truc stupide !!

Sept disques, dès le deuxième tu signais chez Ninja Tune. Comment es-tu arrivé là ? Comment es-tu devenu musicien ?
Je ne sais pas vraiment comment je me suis retrouvé à faire de la musique. Mais je me souviens, à 12 ou 13 ans, j’avais une émission de radio : dans ma chambre, j’avais deux lecteurs de cassettes. A l’époque, j’écoutais le Top 40 à la radio… ensuite je me fabriquais mon propre Top 40 ! Et parfois, j’adorais une chanson mais je détestais les chœurs. Du coup, je les enlevais… avec mon simple lecteur de cassettes en faisait pause et play. Je me créais mon propre Top 40 avec mes chansons « alternatives » à l’intérieur ! J’avais tout simplement ôté les beats que je n’aimais pas.
Quand j’étais gosse, j’utilisais aussi les cassettes de mon père. Il était prof d’anglais… et il avait ces enregistrements pour enseigner avec des phrases du genre : « I went to the shop to buy cigarettes ». Je m’amusais à couper et à reconstruire des phrases. Pour moi, cette époque est sans doute le début du sampling !


Amon Tobin :

« Il y a tellement de sons que j’ai collectés et que je n’ai pas utilisés... Il y en a aussi que je voudrais exploiter davantage. J’ai par exemple envie de faire un morceau entier avec des bruits de moto. »


Photo © Gaïetan Goffi

Mais tu as commencé très, très jeune !
Non… j’ai vite laissé tomber ! J’ai vraiment commencé à faire de la musique quand je travaillais au Portugal comme barman. J’avais un saxophone, je jouais du clavier dans le coin d’un restaurant. Pendant ce temps là, la scène rave était en train de décoller en Grande-Bretagne. Et je suis complètement passé à côté !
Ce qui était plutôt une bonne chose puisque quand je suis arrivé en Angleterre, ça commençait à évoluer vers la jungle et la drum’n’bass. Du coup, cette période a été très excitante pour moi car je n’ai pas vécu la transition. Je suis directement passé du hip-hop à la jungle ! Waouw !
Je me suis tout de suite dit qu’il y avait des tonnes de possibilités, je suis devenu complètement accroc ! Alors j’ai essayé d’en savoir le plus possible.

Après les rugissements de tigres, les fourmis qui s’agitent et le détournement d’orchestre classique… d’autres idées en perspective ?
J’ai vraiment plein d’idées ! Il y a tellement de sons que j’ai collectés et que je n’ai pas utilisés... Il y en a aussi que je voudrais exploiter davantage. J’ai par exemple envie de faire un morceau entier avec des bruits de moto.

Tu aimes tant les motos ?!!
Oui, j’adore ! Je suis fou de motos ! Je conduis depuis que j’ai 20 ans… j’en ai une et j’adore ! (rires)


Propos recueillis par
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Aller plus loin (liens) :

Site officiel
La chronique du disque Foley Room
Ninja tune
 

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Podcast (Musique)
Interview audio exclusive (08/02/2007) (extrait)

Réactions

ben le 10/04/2007 à 11:20:59
C'est l'album de la consécration... Vraiment Amon est un génie, il va faire parler de lui de plus en plus. I love this dude.

Oliver le 05/03/2007 à 10:48:34
moi je suis un peu déçu par ce nouvel album. Il est "bien" mais pas "excellent"!

Max le 05/03/2007 à 10:47:50
très belle interview

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