| Reportage - |
Antibalas à Paris |
Antibalas à Paris "Fela is back!"
La formation afrobeat était au New Morning le 29 mai 2007 pour une soirée à l’énergie ahurissante.
Il y a tellement de concerts où le chanteur hurle « est-ce que vous êtes là ? » au public qu’on finit parfois par avoir envie de hurler « noooooon », histoire de casser une mécanique trop huilée. Et puis il y a Antibalas. Avec eux, le « oui » s’impose. Un oui violent, unanime, bruyant, permanent, à en péter les tympans, qui n’a cessé de résonner dans le New Morning, mardi 29 mai. Il faut dire que eux, les onze gaillards de cette formation Afrobeat venue de New York, sont bel et bien là. Avec une joie de vivre tellement évidente qu’elle se transmet comme une traînée de poudre à toute l’assistance.
Evidemment, leur musique n’y est pas pour rien. On y trouve l’intégralité du code génétique de l’afrobeat : une énergie sans équivalent, grâce à des cuivres tonitruants et à une structure rythmique frénétique, ultra-répétitive, à la limite de la transe. Le moindre contre-temps sur une caisse claire de batterie y devient un plaisir. Papa Féla Kuti n’est jamais loin, et c’est d'ailleurs ce qui peut chagriner à l’écoute des disques. On est dans du 100% pur jus, mais heureusement les Antibalas sont bourrés de talent. Ils font dans l’hommage au père fondateur, mais avec une maîtrise telle qu’on ne peut pas le leur reprocher. D'ailleurs, lorsqu’ils reprennent « opposite people », c’est à s’y méprendre. Tout y est, mot pour mot.
Chacun est à son poste et personne n’écrase les autres. Même le chanteur, grand black grimé, habillé en rose, véritable show man quand il est au micro, passe les deux tiers de son temps derrière ses congas. Histoire de laisser les autres s’exprimer. Pour présenter les chansons, c’est toujours un nouveau membre du groupe qui prend la parole. Rien de tel pour mettre en valeur une musique fondamentalement collective : à l’évidence, même celui qui se contente, pendant une chanson de vingt minutes, de marteler le contre-temps sur une petite percu, s’éclate. Et quand ils je jouent pas, les quatre cuivres se trémoussent, sourire béat aux lèvres. L’un des deux saxophonistes descend même dans le public pour danser en écoutant ses petits camarades. Petit à petit, la frontière entre la scène et le reste de la salle s’estompe pour laisser la place à une grande fête collective. Et même les petites prises de position politiques entre les chansons finissent par être crédibles. Sans en faire trop dans le « on est tous frères », les Antibalas ont tellement donné le sourire à l’assistance que la parole se libère entre inconnus devenus pour une soirée compagnons de danse. Et si l’afrobeat était le meilleur allié de l’utopie ?

Gabriel Grésillon
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