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CD/Disque
Bertrand Belin "La Perdue"
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    Le 4 avril dernier au Café de la Danse, à l’occasion de la sortie de son nouvel opus La perdue , petit joyau de chanson « différente », Bertrand Belin faisait chavirer nos sens. Récit d’un concert tout en apesanteur.
Avant même que la moindre note ait résonné, quelque chose de suave et d’indolent flotte dans l’air annonçant les délices à venir. Dans la salle du café de la Danse, on aperçoit Albin de la Simone , Florent Pagny ou Franck Monnet (cherchez l’erreur), autres résistants d’une chanson qui arbore sa différence non comme un étendard mais comme une évidence. Comment peut-on chanter et jouer autrement qu’avec cette candeur désarmante, cette capiteuse virtuosité débarrassée de tout maniérisme ? Au risque de passer pour décalé, voire désuet, notre homme n’a pas peur de coucher en poésie - de haute volée - ses sensations, ses sentiments, ses peurs. Tout simplement.
Bertrand Belin chante comme on offre un bouquet de fleurs. Des saveurs enivrantes de Porto au vénéneux Nectar des Orchidées, en passant par les gouffres glaciaux de La Tranchée, Bertrand Belin et ses formidables musiciens nous étourdissent de mélodies sublimées par des arrangements tourbillonnants, qui semblent ne plus jamais vouloir retoucher terre. Quand, entre deux morceaux, l’homme d’humeur farceuse, s’essaie à des jeux de mots improbables (« c’est le tatouage, cette chanson : un hommage à Brassens ») en accordant sa guitare, c’est toujours avec une classe exquise. Plus tard, c’est la diaphane Barbara Carlotti qui vient l’accompagner sur une Aube Posée. tout en apesanteur, puis un JP Nataf barbu comme un ermite pour une version à deux voix de son Ami d’en Haut.
C’est sûr, si Bertrand Belin s’appelait Neil Hannon (le songwriter de Divine Comedy) et s’il exprimait ses étranges visions dans la langue de Shakespeare, il bénéficierait d’une toute autre stature. A croire qu’au pays de Starmania et de la Staracademy la reconnaissance passe forcément par le cynisme le plus vil ou la médiocrité la mieux affirmée. Ceci dit, même s’il le mérite, cela nous embêterait un peu que Bertrand Belin devienne une star. Il n’est jamais facile de partager des jardins secrets aussi précieux avec des millions de badauds… Le dernier rappel nous rassure sur ce point : une magnifique reprise de Berthe Silva (« le Johnny Cash français »), achève de nous bouleverser, mais ne risque pas de finir en tube de l’été ! Au cours de ce concert mémorable, Bertrand nous confie d’ailleurs : « oui, je pousse la chansonnette… vers le précipice ». On se laissera entraîner sans retenue mais avec délectation vers ces abîmes insoupçonnés.
Photo : Julien Bolle.
Julien Bolle
Bertrand Belin, La Perdue, sorti en mars 2007 chez Sterne/Sony BMG.
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