CD/Disque
Nelson "Revolving doors"
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   Je suis une petite curieuse. J’avais entendu parler de Nelson par Gomm (oui, bon, on est bénévoles ici, on a au moins le droit de se la jouer « ami des stars », non?) : ils ont tourné ensemble et ce fut riche, me disait Gomm. Et comme je suis une petite curieuse, j’ai fait un tour sur Myspace, l’innommable mais bien utile Myspace. Voilà ce que j’y ai vu et entendu.
Parmi mes groupes intimes, il en est un que personne jamais ne me dispute. On me laisse tranquille avec lui, en tête à tête. Vous entendez souvent parler de feus les Talking Heads, vous? Eh bien Nelson le cite parmi ses influences, auprès d’autres références que je partage, si ça vous intéresse (vous êtes peut-être nombreux à envoyer des insultes sur ma boîte mail Musiqualité, « eh gros nombril, on s’en fout de ta vie », mais je suis ravie de vous avouer que je n’ai jamais compris comment accéder à cette boîte mail, ce qui fait de moi un nombril bien tranquille). PIL, par exemple. Je parle des influences citées par Nelson, là, suivez un peu au lieu de lire les parenthèses. Voilà donc ce que je vois sur Myspace tandis que les enceintes de mon PC se tortillent sur les premières mesures de I (say you can’t) stop, qui s’avère une chanson incontournable. Comme si les Talking Heads avaient ajouté une plage discoïde sur Remain in light, leur album le plus sombre. Je vous recopie l’intégralité des paroles de cette chanson :
« I know you choke on a rotten straw / Can’t stop lights in the house where we grow / I heard you speak in between the rows / Can’t stop fights in the house where we grow / I say you can’t stop thinking about it ».
Pas gai, pourtant il s’agit de la chanson dansante de l’album, une Massey Ferguson aérienne avec une boule à facettes accrochée au rétro. Le clavier, d’abord, genre orgue. Batterie rigide. Guitare au scalpel. C’est parti. Je ferme la fenêtre Myspace et laisse un ami pousser mon fauteuil roulant à travers les rues pavées de Lille pour me procurer Revolving Doors, premier album de Nelson – oui, une fille plus jeune que vous m’a cassé les genoux la semaine dernière, avec des parpaings ; on ne sait plus à qui se fier. Elle portait un foulard des scouts d’Europe. Donc il faut me pousser maintenant. Sauf depuis que j’ai acheté ce disque. Les quatre Parisiens de Nelson (ils pourraient aussi bien être new-yorkais, à vrai dire), potes de mon pote Gomm, me donnent désormais l’énergie de me racler les mains sur les roues de mon fauteuil, je dépasse les voitures en slalomant, les gyrophares et les sirènes se rapprochent mais vous ne m’attraperez pas : les guitares sont froides comme la première seconde après l’uppercut (avant que ça ne se mette à vraiment chauffer, voyez? eh, je m’y connais – souvenir d’une autre scout : elles ne m’aiment pas), la batterie n’a pas une seconde à perdre, les voix martèlent les paroles à l’unisson. Voilà du rock carré, sans lait ni sucre, qui se déploie sur de bonnes mélodies accrocheuses. Alors suivez mes conseils : ne cherchez jamais à voir quel genre de chaussettes portent les scouts d’Europe. Ecoutez plutôt Nelson.
Fanny Chiarello
Diamond Traxx Records, sortie le 27 novembre 2006
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