CD/Disque
Otoño Porteño Quartet "Efaristopoli"
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Avec ce premier album, le quatuor Otoño Porteño revisite le répertoire du tango des années 1920 à nos jours. Il restitue avec talent cet univers métissé et sensuel, nous transportant pour un peu plus d’une heure dans un Buenos Aires fiévreux et passionné.
Fabien Brunon, violoniste et Richard Lasnet viennent du Conservatoire de Lyon. Fabrice Gudet de celui de Grenoble, et Hervé Esquis, à l’accordéon, de l’Ecole Nationale de Musique de Puy-En-Velay. Mais n’allez pas croire que leur univers musical se résume au classicisme de l’Opéra de Lyon, où ils jouent régulièrement. Car l’inspiration, les p’tits gars d’Otoño Porteño sont aller la chercher loin, très loin. Du côté de l’Argentine, où le tango, plus qu’une musique, est un art de vivre. Né de la rencontre des rythmes africains arrivés par l’esclavage avec la Milonga des paysans de la Pampa, ce genre est, par excellence, celui des émotions. Pas une n’y échappe.
Plantons le décor : Buenos Aires, 1953, bar d’un quartier populaire. À l’étage, ils se disputent. Les mots frappent, les émotions jaillissent. La belle, en colère, dévale les escaliers. Il la rattrape, la saisit par la hanche avec la sensualité d’un danseur, lui jette un regard de braise. Mais elle ne cède pas. Jalouse, elle sort du bar à toute allure, belle et délurée, s’enfonce dans les ruelles animées et métissées de l’Argentine des années 50. Ses grands-parents sont venus d’Italie au début du siècle pour fuir la misère de la vieille Europe. La fortune, ils ne l’ont pas trouvée. Mais le bonheur, oui : ils sont devenus musiciens. Elle ralentit, il la rattrape encore, et s’excuse. Elle le jauge d’un regard un peu hautain : elle sait qu’elle a gagné, encore…
Des histoires comme celle-là, Otoño Porteño en raconte des dizaines, pleines de passion fiévreuse, d’amour, de jalousie, de plénitude. Pas avec des mots, bien sûr. L’expressivité du violon et de l’accordéon portée par une contrebasse langoureuse et une guitare cinglante suffit. Pas besoin de plus pour rendre les émotions à fleur de peau d’une musique qui a traversé le siècle et l’océan sans prendre une ride.
Marie Charrel
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