DVD Magma "Mythes et légendes volume 1"
Pour ses 35 ans de carrière, Magma, formation quasi quarantenaire dédiée à la musique de John Coltrane, fait un bond en arrière et revisite ses grandes heures passées sur Kobaïa. Une série de quatre DVD va retracer les instants clefs d’une carrière prolifique.
Pénétrer la musique de Magma n’est pas chose simple. Son univers est gargantuesque et l’émotion qui y réside bien trop intense pour se contenter d’une hasardeuse écoute.
Magma n’est pas un groupe à proprement parler. Il s’agit d’une entité musicale vivante, d’un organisme incandescent qui prend vie à la fin des années 60, sur cette planète lointaine qu’est Kobaïa. Univers céleste dédié à la musique de John Coltrane, Magma fusionne depuis 35 ans autour de son créateur, le compositeur et batteur Christian Vander.
Pour marquer sa longévité, Magma s’est posé en résidence durant quatre semaines dans le ventre du Triton à Paris. Quatre semaines pour quatre répertoires et évidemment autant de DVD qui viennent se rajouter à une imposante collection d’enregistrements publics.
Le meilleur moyen de comprendre la Zeuhl est d’assister à un concert, de prendre sa musique à pleines oreilles et de ressentir jusqu’au plus profond de soi ce qui fait fonctionner ce monstre.
Première étape de cette rétrospective (du 10 mai au 14 mai 2005) avec la période allant de 1970 à 1973, époque couvrant les albums Kobaïa, 1001° centigrades et la trilogie Theusz Hamtaahk.
Première partie de set sur les partitions de Malaria, Stoah, Iss Lanseï Doïa, Auraë et Kobaïa. Prémisse d’une musique qui s’apprête à devenir intemporelle, ici, le jazz flirte encore avec quelques accents pops. Chute d’une époque insouciante (le flower power), positionnement des cuivres, puissance de la guitare basse et explosion rythmique.
Noyau dur de Magma, Christian Vander s’est entouré d’une jeune équipe vouée corps et âmes à sa musique. Mais revenir sur son répertoire, c’est aussi retrouver quelques vieux compagnons de route.
Pour cette Epok I , le chanteur Klaus Blasquiz reprend son grade de Klötsz Zapïaahk. Mythique, voix légendaire, Blasquiz n’a aucun mal a renouer avec les rites kobaïen et la Zeuhl Wortz. L’homme est imprégné, possédé. Son retour parmi Magma est miraculeux, sa présence sur scène impose.
Le Triton a la particularité de proposer un rapport scène/public unique. Une jauge limitée à 200 spectateurs pour une accessibilité musicale optimale. La sélection des cadrages est lumineuse, octroyant à chaque protagoniste une place de choix sur un montage vidéo qui atteint la perfection.
Aucune note n’échappe aux caméras, aucune émotion. Toute la force de leur musique est captée avec virtuosité. Implacable, hypnotique, ce premier volume de «Mythes et légendes» répond aux attentes des fans les plus intransigeants : Une vision précise de chaque instrument et le rôle de chacun dans la déferlante musicale qui tiendra la scène durant pratiquement deux heures.
Magma se situe bien au-delà de ce que nous avons l’habitude d’entendre. Musique contemporaine, dérive classique, fusion du jazz et du rock, explosion des genres. Rien de tout cela. Magma est à la fois inclassable et parfaitement identifiable. Une musique à part.
Second set et départ pour le grand voyage avec le premier mouvement de «Theusz Hamtaahk». Stella Vander rejoint la formation, donnant une essence nouvelle au flux créatif. Zëbëhn Straïn Dë Geustaah entre en transe, déploie sa puissance de feu, frappe et ouvre le brasier jusqu’au cœur du volcan. La plongée est vertigineuse, les repères s’effacent et la réalité s’embrase. Vander usera de sa voix pour attiser un final époustouflant aux côtés de Blasquiz, l’incantation est phénoménale.
Mythes et légende peut s’inscrire comme une œuvre finale tout comme une nouvelle transition dans la carrière de Magma. Trente cinq années de musique se résument ici, en l’espace de quatre sessions lives dantesques. Une nouvelle ère peut alors commencer, quelque part où l’espace-temps n’a plus d’entreprise, aux origines même de la lumière.
En coulisse, Jannick top fait déjà ronronner sa basse. A suivre…

Yannick Perrin
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