| Reportage - |
Festival Factory |
Festival Factory "Effervescence"
Jazz, électro-pop et scratches… pour sa sixième édition, du 11 au 14 octobre à la Cigale, le festival Factory est resté fidèle à sa ligne de conduite : rencontres et expérimentations.
Mercredi 11 octobre : jazz!
Pour cette soirée d’ouverture, la direction artistique du festival, dans son projet d’honorer les musiques improvisées, a tapé dans le mille. Dans une salle avide à l’idée de découvrir des projets musicaux, passerelle entre consonances jazz et sonorités électro, ce sont les suisses de Nik Bärtsch’s Ronin qui ouvrent le bal avec leur surprenante musique répétitive gonflée par un groove à la batterie maîtrisée et solide. Le pianiste-leader-compositeur joue avec habileté sur le volume sonore d’un jazz binaire qui pousse à la transe dans ce qu’il a d’entêtant. La musique se développe sur des lames de fond rythmiques répétées inlassablement et des variations à la marge au piano ou à la basse six cordes. Le rendu est dévastateur avec des crescendos qui ont la force de véritables raz de marée. Une découverte coup de cœur.
Débarqué de Brighton, DJ Req balance, pendant le changement de plateau, une fusion entre jazz et hip-hop. Un habile mariage avec des beats profonds qui prolonge le choc helvète qui a précédé. Exemple évocateur de ce dont le britannique est capable : un mix osé qui allie le phrasé swing d’un Dave Brubeck et les cadences d’un hip-hop expérimental. Lui reste serein. La musique, elle, s’enflamme.
Dans de telles conditions sonores, le trio de Bojan Z (photo) cueille l’adhésion d’un public arrivé à pleine maturité. Entrée en scène audacieuse sur une improvisation collective, avant que le trio n’enchaîne les thèmes de l’album Xenophonia sorti au printemps dernier. Rémi Vignolo à la contrebasse et Bojan Z derrière trois claviers (un piano à queue, un Fender Rhodes et le xénophone, une invention du pianiste d’origine serbe) délivrent avec une égale ferveur un son proche de celui « capté » lors de l’enregistrement studio. Derrière les baguettes, Ari Hoenig se montre particulièrement en forme avec un jeu lourd et pesant sur la batterie, marque d’un style unique et qui s’accommode très bien avec les mélodies racées de Bojan Zulfikarpasic. Ce dernier signe d’ailleurs ce soir là une des toutes premières dates d’une longue tournée en France.
Jeudi 12 octobre : contrastes
Avec, d’un côté, la rencontre entre le "machiniste" sonore Murcof et le pianiste Francesco "Tristano" Schlimé, et de l’autre, le duo incroyable de Stockholm The Knife (photo), la deuxième soirée du festival s’annonce très contrastée. Les deux groupes programmés n’ont a priori rien en commun si ce n’est la même démarche : l’exploration sonore. Leurs approches se déclinent en suivant des voies opposées.
Dans la salle clairsemée, il est encore tôt. On papote, on boit un verre : pas vraiment le cadre idéal pour apprécier les nappes électroniques du mexicain Murcof. Avec la minutie d’un artisan à la tâche, légèrement voûté, le visage éclairé par la lumière feutrée de l’écran plasma informatique disposé devant lui, celui que l’on connaît pour ses collaborations avec le trompettiste Eric Truffaz construit une sorte de Rubik’s cube sonore avec des fréquences continues sourdes et planantes. Dans le droit chemin d’une musique nourrie par les concepts minimalistes élaborés notamment par Philippe Glas, une longue introduction épurée et en solo pousse d’ailleurs le public aux limites de l’impatience. Avec parcimonie, Francesco, le pianiste lance alors à la volée des accords plaqués et des notes détachées répétées jusqu’à en extraire la substantifique moelle. Puis le duo accélère enfin le beat en gardant une vraie retenue dans la quantité de notes déployées. Murcof termine comme il a débuté, sur une sorte de nappe sonore. La boucle est bouclée. On n’a pas douté du plaisir ressenti par les musiciens. Le public, lui, est resté un peu en dehors.
La suite, elle, est radicalement différente. Oublié le minimalisme : le groupe suédois The Knife lui joue tout sur la mise en scène. Masques et baguettes fluorescents, combinaisons noires, Olof Dreijer (machines) et sa sœur Karin Anderson (chant) jouent derrière un rideau transparent sur lequel s’enchainent vidéos et motifs géométriques. Un résultat plaisant, entre pop glacée et électro.
Vendredi 13 octobre : chaud !
Est-ce le début du week-end ? En ce vendredi soir, en tout cas, l’ambiance change radicalement. 200 mètres de queue devant la Cigale, et à l’intérieur, une salle chauffée à blanc par les expérimentations asian beat de Sub Sufi Soul. Mais ceux que tous attendent, ce sont bien sûr les pros de l’impro Bumcello , accompagnés pour la première fois par les dj’s de Birdy Nam Nam (photo). Depuis la sortie de leur premier album, l’an dernier, les quatre scratcheurs écument les scènes du monde entier et le buzz n’en finit pas de monter. Si bien que leur seule apparition sur scène met la salle dans un état quasi-hystérique. En pratique, c’est pourtant Vincent Segal, au violoncelle, et Cyril Atef, à la batterie, qui mènent le jeu. Visiblement un peu intimidés, les Birdy Nam Nam, eux, sont plus en retrait… mais affichent un enthousiasme communicatif. Entre passages électro-orientalisants, solos de percussions ou flambées carrément rock, le show – totalement improvisé (les musiciens n’avaient même pas semble-t-il fait leurs balances ensemble !) – enflamme littéralement la Cigale. Dans la fosse, la plancher tremble, certains slamment et se font porter à bout de bras… Au bout de deux heures, la salle est trempée. Nous, on reste tout de même un peu sur notre fin : l’association de deux groupes aussi doués peut sûrement aller encore plus loin. A suivre ?
Samedi 14 octobre : pile ou face?
Labels, journalistes, artistes ou dj’s de passage… en ce dernier soir, on pourrait presque croire que tout le petit monde de l’électro parisienne s’est donné rendez-vous au bar de la Cigale. De quoi faire encore un peu monter la pression pour… Matthew Herbert (photo). Invité en clôture du festival, le dandy britannique sait qu’il joue gros. Quelques mois plus tôt, il est déjà venu à Paris, au Bataclan… et ça s’est plutôt mal passé. Alors ce soir, le petit génie du sampling, a visiblement choisi de tout donner. Peignoir orange flashy, accompagné de sa petite troupe de musiciens (trompette, clarinette, basse, batterie…), il gigote dans tous les sens, parle avec le public, visiblement très à l’aise. Composé exclusivement de morceaux électro-pop-swing issus de son dernier album (Scale !K7), son concert manque peut-être encore d’un peu de rondeur. Ses manipulations savantes derrière ses machines restent un peu obscures. Mais cela est largement rattrapé par la voix magnifique du chanteur Neil Thomas… et par quelques instants de malice, quand Herbert sample par exemple le bruit d’une canette de coca, transformé en notes de musiques, ou demande au public de chanter en cœur pour l’inclure dans son dernier morceau ! Conquise, la foule se trémousse et demande même un second rappel. Très touché, Matthew Herbert improvise alors une reprise jazzy de son tube Audience sur fond de cuivres et de flute-traversière. Et remercie le public parisien pour son accueil. Le voilà rassuré. Nous aussi !
Photos: Olivier Sibille & Festival d'Ile de France

Olivier Sibille & Vincent Fertey
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Site du festival Factory
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