CD/Disque
Attac "Un Autre monde est possible"
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La mondialisation peut avoir du bon. La preuve : c’est elle qui a rassemblé une trentaine de groupes, musiciens et intellectuels à l’occasion des cinq ans d’ATTAC. Le résultat : un album anniversaire surprenant qui réunit l’Afrique (Salif Keita, Femi Kuti…), l’Europe (Manu Chao, Zebda…), l’Amérique (Moby, The Skatalites…) et l’Asie (Asian Dub Fondation…) dans un joyeux melting pot musical. Du métissage comme on l’aime.
Des paysans du Chiapas aux chômeurs victimes des délocalisations, en passant par les intouchables d’Inde et notre José Bové national, le mouvement altermondialiste est pour le moins éclectique. Certains disent que c’est sa faiblesse, d’autres sa force. En tout cas, cette compilation est le juste reflet de sa diversité. D’abord, en réunissant des intellectuels des quatre coins du monde, qui signent les textes du livret accompagnant le CD. José Bové raconte le combat des paysans contre les OGM, l’économiste Noam Chomsky explique la globalisation et la prix Nobel de la paix Shirin Ebadi évoque les espoirs qu’elle place dans le forum mondial… Autant de récits illustrés par des photos des différentes manifestations altermondialistes à travers le monde.
Côté musique, autant de rencontres improbables qu’efficaces. L’album s’ouvre sur trois duos mémorables : Manu Chao et Tonino Carotone rapportent un peu de soleil espagnol, Zebda et son rock festif chantent en anglais sur la basse indo-dub d’Asian Dub Foundation, tandis que les refrains noirs de No One Is Innocent rebondissent sur la chaleur métissée et orientale de l’Orchestre National de Barbès.
Puis l’album nous emmène du côté des balkans, où Emir Kusturica, empruntant au rock, aux sons tziganes et aux mélodies asiatiques, dresse un portrait au vitriol des supermarchés, vitrine de la société de surconsommation et de ses excès. Une rage que l’on retrouve chez Massive Attack et Underground Resistance, un groupe de détroit qui prône " la résistance face à la médiocrité des programmes qui nous sont destinés et qui entretiennent la stagnation des esprits, édifient un mur entre les races et s’opposent à la paix mondiale ".
Ceux qui ont envie de plus de douceur (dans ce monde de brutes…) ne sont pas en reste avec les musiciens venus d’Afrique : on se laisse envelopper sans mal par le chant voluptueusement Kabyle d’Idir, et l’émotion serre la gorge lorsque la voix vibrante de Salif Keita chante les maux de l’Afrique.
Bref, cet album est un voyage express au sein des cinq continents, et aux mauvaises langues qui diront que l’on s’éparpille, on répondra que cet éclectisme est le juste reflet de la richesse musicale mondiale. Il serait dommage de s’en priver, non ? A Rémi de Zebda de conclure : " en tournant dans plusieurs pays, nous nous sommes rendu compte que beaucoup d’artistes dans le monde ont des démarches similaires. Et bien que les styles musicaux soient très différents, l’engagement est le même. C’est ce qui permet de croire que oui, un autre monde est possible ".
Marie Charrel
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