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    En réaction aux émeutes de l'automne 2005, vous aviez peut-être entendu sa Lettre au président adressée à Jacques Chirac? Un an après, Axiom sort enfin son premier album. Du rap militant... mais pas seulement.
Enfin, le voilà. La sortie de l'album n'aura beau avoir été repoussée que de quelques jours, on a bien fait d'attendre. Entre temps, Axiom a fait le tour de pas mal de médias (L'Humanité, Ruquier sur France 2) pour à la fois présenter son œuvre mais aussi se révéler un excellent "client" comme disent les cyniques de notre profession pour évoquer ce qui avait changé ou plutôt pas changé dans les banlieues françaises depuis les violences de novembre 2005. Point d'orgue de la médiatisation soudaine du prodige lillois, sa fameuse lettre au président Jacques Chirac, qui aurait d'ailleurs répondu à l'intéressé...
Et l'album dans tout ça ? C'est quoi être "rappeur militant" ? Comme ses ainés Monsieur R, La Rumeur et bien d'autres, Axiom a saisi dans son verbe les exigences des quartiers, comme une lettre de doléances qui courrait sur 16 pistes. Une tendance terre-à-terre de "journaliste du quotidien" (la formule est de Shurik'n) qu'on a toujours opposé dans le hip-hop à celle plus répandue du "money, power, liquor and bitches" (on résume à peine).
L'album est une pépite. Premier effet Axiom, sa voix. Un timbre clair et plutôt dans l'aigu, proche de ceux de Soprano ou Tunisiano, ce qui n'est jamais mauvais pour le charisme. Le flow porte la saveur agréable du premier album, plein de patate et de fraîcheur. Un premier morceau éponyme, bonne intro funky et coquine à la Erick Sermon. Les tracks s'enfilent comme de jolies perles. Axiom ose même un accent blédard sur Lille, ma Medina. Les productions sont étonnamment léchées, soignées, comme sur Génération 75 (la génération "goldorak") qui recycle le After Laughter (come tears) de Wendy Rene, déjà entendu dans le Tearz du Wu-Tang en 93. La Lettre au président sample carrément la Marseillaise (tant qu'à faire). On trouve forcément des sons moins bons, comme Sous mon lit ou quelques rimes plus "faciles". A l'inverse, vous ne résisterez pas à Ma musique ou J'kiffe le rap français. Enfin, Média, Média reprend discrètement la gratte de Derrick Harriot sur Do I worry.
Aussi peu de déchet, c'est assez rare dans les bacs de hip-hop français. On a d'ailleurs rarement autant frémi, Booba mis à part, depuis le chef d'œuvre de Kery James, Si c'était à refaire, en 2001.
Matteu Maestracci
Jordan records/WTPL/Universal (30 octobre 2006)
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