Bat For Lashes
"Il faut savoir être éclectique"
Le 4 juillet, le Nouveau Casino accueillait Bat For Lashes. A quelques heures du concert, Natasha Khan m’accordait une interview au téléphone. Elle avait manifestement enclenché le haut-parleur et elle semblait me parler du fond d’un puits : pas les conditions idéales pour ma première interview téléphonique en anglais, mais la dame est patiente, chaleureuse et elle ne rit même pas de mon accent. Généreuse, quoi.
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Bat For Lashes
: « Je laisse l’enfant en moi s’émerveiller d’une trouvaille. »
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Robert Gil |
D’où vient le nom « Bat For Lashes »?
De mon imagination ! En Anglais, ça ne veut rien dire*, mais j’aime les symboliques qu’il convoque : le règne animal, les atmosphères nocturnes, la magie, l’idée de voler…
(*C’est en fait un jeu de mots d’après l’expression to bat lashes, « battre des cils », ndlr)
Vous parlez parfois de changer de musiciens pour chacun de vos albums : Bat For Lashes, est-ce vraiment un groupe ou est-ce seulement vous?
C’est avant tout ma vision. Je fais tout, de la composition à l’écriture des chansons, je joue de tous les instruments, harpe, guitare, piano, guitare, percussions… Mais j’aime incorporer d’autres musiciens, des amis pour la plupart ; je leur laisse traduire mes idées et je reste à l’écoute des leurs, je vois ce qu’elles peuvent apporter aux chansons. Je laisse l’enfant en moi s’émerveiller d’une trouvaille. Il y a tant de choses en moi que j’ai envie de donner, une forme de vérité sans doute. Mais j’ai aussi besoin de devenir frère et sœur avec les autres, en quelque sorte, et de leur laisser leur liberté.
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Bat For Lashes
: « Les différents aspects d’une personnalité se reflètent forcément dans un éclectisme culturel. »
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Retts Wood |
Vous évoquez volontiers vos références culturelles, mais diriez-vous que certaines d’entre elles sont des influences?
Je parlerais plutôt d’inspiration. Certains disques, certains univers visuels ou cinématographiques nourrissent mon imaginaire depuis si longtemps…
Ces références vont de la musique de chambre à Karaté Kid : faites-vous une hiérarchie entre la culture dite noble et la culture populaire?
Je ne pense pas que ce soit important, et je ne vois pas pourquoi il serait plus embarrassant d’aimer quelque chose qui est considéré sans valeur artistique qu’une œuvre dite incontournable. Les différents aspects d’une personnalité se reflètent forcément dans un éclectisme culturel.
Il est difficile d’étiqueter votre musique, mais vous sentez-vous particulièrement proche de certains artistes?
Je préfère trouver ma propre place. Cela dit, je peux me sentir proche d’artistes qui ont le même genre d’idées que moi mais les traduisent d’une manière très différente musicalement, comme par exemple Antony & The Johnsons . Chacun à notre manière, on essaie d’être toujours plus imaginatifs, de prendre des risques.
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Bat For Lashes
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« Etre dans ma chambre avec mon casque et mes machines, sentir se créer une relation avec quelque chose d’invisible… C’est un moment intime. »
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DR |
Quelle est votre partie préférée : le processus de création, de "fabrication", ou la scène?
Le plaisir secret de la création ! Etre dans ma chambre avec mon casque et mes machines, sentir se créer une relation avec quelque chose d’invisible… C’est un moment intime, quand vous sentez quelque chose se produire en vous, une force qui vous traverse ; puis vient le moment où vous sautez partout, (Elle chante) « Ça y est, je l’ai ! Je le tiens ! » Alors je me sens tellement vivante. La scène, c’est encore différent, cette fois il s’agit d’une relation avec les autres êtres humains, on passe plus sur la mode de la communion. C’est très fort aussi…
Y a-t-il quelqu’un avec qui vous rêvez de travailler?
Scott Walker ! J’adorerais chanter avec lui. Par ailleurs, travailler avec des artistes d’autres disciplines, des photographes ou des cinéastes, me plairait beaucoup.
Vous avez fait une école d’art mais vous semblez très libre dans votre manière de travailler : vous ressentez plus votre travail comme quelque chose d’intellectuel ou de sensuel?
Sensuel ! Parfois, ça devient même brûlant…
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Bat For Lashes
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« J’ai d’abord mis en avant mes qualités les plus féminines, mais maintenant je veux explorer encore d’autres choses. »
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Robert Gil |
Vous travaillez déjà sur un nouvel album?
Oui, je suis dans la phase la plus secrète, ça se passe en moi. J’ai amassé des images, des dessins, des paysages. Mais la promotion de Fur and gold et la tournée ne me laissent pas assez de temps. Je suis heureuse de livrer cet album aux autres, bien sûr, et de jouer en public, mais il me faut aussi du temps pour créer.
Ce nouvel album sera-t-il plus « groovy » comme vous l’avez parfois annoncé?
(Elle rit) Oui, j’essaie de trouver ma voie et de développer tous les aspects que j’aime dans la musique. J’ai d’abord mis en avant mes qualités les plus féminines, mais maintenant je veux explorer encore d’autres choses. Il faut savoir être éclectique.
Ça ne vous ennuie pas si je vous fais le coup traditionnel des cinq disques que vous emporteriez sur une île déserte?
Berlin de Lou Reed, un magnifique album. Un best of de Fleetwood Mac. De la musique électronique de Steve Reich. Peut-être Purple Rain, de Prince. (Elle hésite) Oui, Purple Rain. Et un dernier ? Un disque de Devendra Banhart… Cripple Crow.
Bat for Lashes sur Musiqualité: la chronique de Fur and gold , et en live au Festival des Inrocks 
Propos recueillis par Fanny Chiarello
Aller plus loin (liens) :
Site officiel
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