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CD/Disque
Beirut "Gulag Orkestar"
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Mandoline en bandoulière, un jeune homme traverse la place du village suivi d’une flopée d’instruments. Si ce n’est déjà fait, emboîtez-lui le pas. Il vous emmènera dans des contrées où le toit des maisons tournicote et les fossoyeurs se déguisent en clowns.

par Lucie Geffroy | le 27/11/2006 | genre: pop folk balkanique

Beirut - Gulag Orkestar
D’abord, désolée. Ça fait près d’un an que l’immense, le magnifique, le stupéfiant Gulag Orkestar est sorti, et voilà que j’arrive comme une fleur à l’automne avec ma chronique de dilettante honteuse. Mea culpa. Pour ceux qui, malgré tout, n’en auraient jamais entendu parler, sachez que Beirut, c’est un jeune Américain de 20 ans, Zach Condon, chanteur multi-instrumentiste flanqué d’un copieux orphéon qui joue une folk trempée de sonorités est-européennes. Sachez surtout que son premier album Gulag Orkestar, ovni sur la scène pop alternative, est tout simplement envoûtant. À vous filer des frissons dans le dos. Si, si.
L’album s’ouvre sur une sorte de marche crépusculaire, l’éponyme The Gulag orkestar. Si ce premier morceau préfigure en partie le reste de l’album (musique de fanfare accompagnant une complainte flamboyante portée par la voix de Zach Condon), il ne le résume pas. Car au fil de l’écoute, l’album s’enrichit de multiples émotions, construction progressive qu’on retrouve dans chacune des chansons où des nappes d’instruments viennent tour à tour s’échouer sur la mélodie, comme des vagues sur un rocher.
Postcards from Italy et Rhineland (heartland) sont sans aucun doute les points culminants de ce bal instrumental maximaliste. Sur le premier, un ukukulélé sautillant ouvre la danse, rattrapé par un entêtant duo percussion-piano avant que ne déboule la trompette impériale. Puis tout cela se mélange et se donne le relais avec une grâce et une évidence déconcertantes. Sur Rhineland (heartland), plus rythmé, les cuivres soulignent davantage la voix de Zach Condon. C’est lyrique et poignant ; les retours de trompette vous harponnent le cœur. L’entame à l’accordéon de Mount Wroclai (Idle day), vous fera croire à un inédit de Yann Tiersen tandis que Scenic world s’offre de jolis accompagnements électroniques façon orgue de barbarie lo-fi…
Je vous vois venir: mouais, le petit gars se contente de plaquer quelques mélodies exotiques (ici celle d’Europe de l’est) sur sa musique pour faire genre : « je suis un mec hyper ouvert qui adore la musique du monde ». Non, non, je proteste. C’est plus compliqué. Beirut c’est le mariage inattendu mais SUBTIL entre d’un côté une voix – voire une architecture - très pop, ancrée en Amérique du nord et de l’autre une musique balkanique tatouée au fer rouge - héritage revendiqué comme tel puisque dans son livret Zach Condon remercie « le Kocani Orkestar et toutes les fanfares des Balkans ». Cette voix « très pop » comme je dis (parfois c’est comme si de Zach Condon avait mangé Andrew Bird, Tom Yorke et Rufus Wainwright) sert d’ailleurs souvent moins à délivrer des paroles, un texte qu’à jouer le rôle d’un instrument. Sur After the curtain, c’est flagrant.
Subtil, je disais. Oui parce que l’instrumentation inhabituelle de Gulag Orkestar (accordéon, trompette, violon, ukulélé, tambour) n’est pas qu’ornementale. Elle joue fondamentalement la même partition qu’un traditionnel guitare-basse-batterie. Des morceaux comme Branderburg ou The Bunker, en dépit de sonorités excentriques sont construits ni plus ni moins comme de classiques balades symphoniques des Beach boys –ce qui n’est pas rien ! D’ailleurs, ça me fait penser, j’ai oublié de vous dire que dans sa cohorte, Beirut compte Jeremy Barnes, le talentueux percussionniste de Neutral Milk Hotel qui officia un temps chez Broadcast. Enfin bon, l’essentiel à vrai dire n’est pas là. L’essentiel c’est que Gulag Orkestar se révèle être un très bel album. Vraiment. Laissez-vous toucher par son lyrisme élégant, vous vous surprendrez à scander Prenzlauberg à tue-tête, vos écouteurs dans les oreilles, bravant sur votre vélo le vent et la nuit noire. Laissez-vous porter par sa machinerie fanfaresque et vous flotterez très haut au-dessus des lumières de la ville. « La musique creuse le ciel » disait Charles Baudelaire. Décrétons que celle de Beirut, constelle les cieux de zébrures magnifiques qu’on ne se lasse pas contempler, le corps allongé dans l’herbe haute des prairies.

Ecouter Beirut ici.

Lucie Geffroy
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4A / Ba Da Bing, sortie en décembre 2005


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Brahim le 23/06/2007 à 11:59:50
je suis entiérement d'accord avec toi et félicitation pour ton article, c'est envoutant, c'est prennant, c'est tout simplement sublime. J'ai écouté cet album en boucle même quand je pendant que je lisais "la fin des temps" de murakami et aujourd'hui a chaque fois que j'écoute l'album(..) lire la suite

Schizophrénétique le 22/03/2007 à 17:46:17
Très belle critique et album sublime !

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