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Bumcello

Bumcello "Festival de Jazz d’Amiens"


Interview et revue de concert - Bumcello, où l'alliance de deux musiciens créatifs et attentionnés. Récit d'un concert qui a remplacé une bonne boîte de nuit, plus un entretien exclusif avec Cyril Atef et Vincent Ségal.

par Simon Lamellière | le 04/04/2006

Bumcello Bumcello au New Dreams, le 28 mars

Un seul mot résume ce concert au New Dreams : extraordinaire. Vincent Ségal est d’abord venu passer quelques disques, sans vraiment les mixer. C’est dommage, mais les musiques choisies étaient superbes. Ensuite, après quelques minutes d’attente, les deux animaux sophistiqués se réunissent enfin sur la scène.

Et là, que dire ? Ils ont simplement enflammé la salle qui était pleine à craquer. Les ingrédients étaient assez simples mais efficaces : batterie, airs de violoncelle électrique, de la basse, le tout agrémenté d’effets stylés, de boucles sur des voix, et de plein d’autres choses…

En fait, tout au long du concert les Bumcello nous transmettent leurs bonnes vibes. Une explosion de rythmes délicieusement bien calés, pour des transes assez sportives. Tel est le résumé de ce concert aux multiples facettes. Tout le monde est sûrement sorti comblé des jambes jusqu’aux oreilles. A découvrir absolument en concert !

Bumcello
Interview avec Bumcello

Tout d'abord, comment êtes-vous devenus musiciens ?
Vincent Ségal : On a commencé enfant. On a eu le même parcours pratiquement, sauf que moi j’étais dans un conservatoire. On a commencé à jouer et au fur et à mesure de l’évolution technique, on a rencontré des gens différents, on a joué et joué... Après il y a plusieurs étapes : les premiers concerts, les changements d’écoles ou d’universités en musique…

Mais vous n’avez fait que de la musique ?
Vincent Ségal : Moi oui, j’ai jamais fait autre chose. Cyril a fait des petits boulots. Mais très peu. J’ai quand même le BAC, j’étais un bon élève ! J’aime bien étudier en plus. Par contre, je n’aime pas les gens qui étudient pour avoir un métier. Il y a des familles ou des gens qui disent : il faut que tu travailles à l’école pour avoir un bon métier. Ce n’est pas ça qui m’aurait stimulé. Moi c’était plus métaphysique, « je m’ennuie, je ne m’ennuie pas ». Je m’ennuie parfois dans la musique, mais il y a quelque chose qui me plaît dans cet ennui. Pourquoi hier je ne m’embêtais pas, pourquoi aujourd’hui mon instrument il sonne et hier c’était une catastrophe ? Je pense que ce qui me plaît en musique c’est d’avoir conscience de l’effet que tu produits sur les gens qui t’écoutent. Des fois tu te dis : « Ouah, il doit y avoir quelque chose ». Après, les gens paient pour avoir ce plaisir. C’est une récompense forte et quelque chose d’important.
J’ai connais des copains qui sont content de vider la salle. Ca peut être un jeu, mais de temps en temps. Sinon je ne vois pas l’intérêt. Après on peut espérer que les gens vont aimer. Ca c’est autre chose, et j’en connais plein, mais là c’est que tu es trop en avance. Quelqu’un comme Magic Malik, il peut déstabiliser les gens. Parce qu’ils ne comprennent pas ce qu’il joue. Il est tellement loin que le public peut se dire : il est bizarre. Il est sur une autre sphère…
Cyril : Une autre sphère musicale !
Vincent : Y a des gens qui sont dans une recherche esthétique, et des fois ils sont prisonniers de cette recherche, ça devient rébarbatif… C’est pas le cas de Malik, attention !

Vous avez beaucoup tourné avec –M-, est-ce que lui-même ou la tournée vous ont apporté des choses pour Bumcello ?
Cyril : Beaucoup de gens viennent nous voir pour nous découvrir, parce qu’ils savent qu’on a joué avec –M-.
Vincent : Même musicalement, il m’a appris beaucoup de choses sur le son. Il m’a mis en avant sur le violoncelle électrique. Avant qu’on connaisse Matthieu, je jouais plutôt un rôle de bassiste ou de violoncelliste… Matthieu nous a permis d’enregistrer notre premier album chez lui, gratuitement. Mais surtout, il nous a foutu la paix avec Bumcello. Si jamais on lui disait : « on est désolé mais là ces jours-ci on joue », il respectait. Ca parait rien mais c’est énorme, mais c’est la différence avec toutes les autres stars françaises qui, sous prétexte qu’un musicien n’est pas disponible, dans la minute qui suit ils vont appeler quelqu’un d’autre et dire : « c’est bien fait pour sa gueule, pour qui il se prend ce connard ! »
Il y a des gens qui sont très fidèles à un chanteur et qui se disent « je suis désolé là je suis en train de travailler c’est génial, c’est la chance de ma vie ». Et y’a l’autre qui dit, attend t’es pas là pour ma tournée ? Ok, viré. Matthieu jamais, il nous appelle, est-ce que vous serez disponible à tel moment. Oui ou non. Peu importe. Il nous a laissé, même sur scène, pleins de libertés. Y’a pas beaucoup de chanteurs avec qui tu peux faire ce que tu veux, bien sûr on respecte quand même ses chansons.
Cyril : -M- n’est pas un dictateur.
Vincent : En plus, il sait que ça booste son show le fait de mettre ses musiciens en avant. Mais en même temps il garde le contrôle de ses compos, comme Bowie par exemple. Nous on transpire dix fois plus que d’autres musiciens. Ils le disent eux-mêmes. Qu’est-ce que vous avez de la chance, vous tripez sur scène. Moi je leur dis : ben vas-y, lance toi. Au début, les gens se foutaient de moi. Ils rigolaient un peu. Et après, ouais c’est super, est-ce que tu peux m’avoir des invites ?

Bumcello Vincent : Mais tu es musicien de jazz à la base ?
Vincent : J’ai joué avec beaucoup de jazzmans. Mais je suis moins musicien de jazz que musicien classique ou de rock. Je n’ai jamais joué vraiment dans les clubs les standards de jazz. Je les connais, j’en écoute beaucoup. Quand on nous appelle, on ne veut pas qu’on joue comme du jazz. C’est comme la musique classique
Cyril : Par contre je fais un peu de ce qu’on appelle du jazz européen improvisé.

Vous avez des influences musicales assez larges. Mais vous écoutez tout, même si vous n’aimez pas ?
Vincent : Ah ben non, on n’est pas mazots ! A la maison je ne vais pas mettre n’importe quoi. J’écoute plutôt malgré moi, comme dans un taxi en rentrant d’un concert. A la maison j’écoute des choses considérées comme très lointaines, mais qui sont très proches. J’ai pas de problème à passer d’un musicien de jazz à The Clash, Charlie Parker, Stock Hausen…

Comment définissez-vous vos concerts : des booms, des « bums » !?
Cyril : On n’a jamais appelé ça des « bums ».
Vincent : Et c’est pas vraiment des concerts. On aime bien dire qu’on est comme un DJ qui enchaîne des disques, qui mixe. Sauf que nous on essaie de créer les musiques. Cyril aime bien les transes. Il y a un moment fort dans la transe, une lignée obsessionnelle. Ca existe dans la musique électronique ou dans les rituels africains et brésiliens. Il y a aussi des gens qui sont en transe avec Wagner ! Tu perds ton caractère habituel quoi. Nous c’est ce qu’on cherche, on veut que les gens s’abandonnent dans nos concerts. C’est pas l’esprit boom ni surprise-party…
Cyril : Sophie Marceau, et tout ça… (rires)
Vincent : C’est plus l’idée de transe. Et en même temps je suis contre l’idée trip alcool/drogues des concerts de techno. Je suis tellement à fond dans la musique que je n’ai pas besoin d’artifices pour entrer dans cette transe. Mais visiblement, pour atteindre une transe supérieure, les marocains, par exemple, utilisent le hashis. Il doit y avoir un truc, même les indiens ils prennent des boissons assez spéciales pendant leurs rituels. Et avant dans la religion catholique, il y avait un enivrement de vin et de spiritualité. Il y avait beaucoup de musique, les gens dansaient dans les églises. Ca été arrêté car ça commençait à…
Cyril : Trop dégénérer ! (rires)

Bumcello Vous ne faites jamais la même chose sur scène ?
Vincent : Non, jamais la même chose. A un moment au concert d’hier, j’ai fait « Jet-Set » parce que je le sentais à ce moment là. A des moments y’a des allusions, Cyril a fait un clash entre trois morceaux : I have a small dick, Chocolate City, et Bombay.

Pourquoi ne jouez-vous pas l’album sur scène ?
Vincent : Fondamentalement, si on voulait le jouer sur scène, il faudrait qu’on prenne des musiciens. Quand on sera plus connus et qu’on aura plus de moyens, j’adorerais inviter des musiciens.

Vous vivez un peu pour la scène actuellement ?
Cyril : C’est notre vie.
Vincent : Il y a deux plaisirs différents. D’un côté le plaisir de construction d’un album en studio. De l’autre la scène où l’on privilégie l’instant, où l’on utilise des choses assez simples.

Et vous gardez des traces de ces improvisations ?
Cyril : Tout sur mini-disc.
Vincent : Oui on enregistre tout. Il y en a quelques une en téléchargement sur notre site.


Propos recueillis par Simon Lamellière.
Photos par Simon Lamellière

Simon Lamellière
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En savoir plus :
http://www.bumcello.com/
http://www.amiensjazzfestival.com/

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