| Portrait - |
CBGB (1973 – 2006) |
CBGB (1973 – 2006) "No Future !"
Le CBGB, illustre club de rock underground ouvert en 1973 à Manhattan, a fermé ses portes le 15 octobre. La faute à un loyer de plus en plus élevé exigé par d’indécrottables capitalistes qui n’entendent rien à la musique. En 33 ans, cette boîte était devenue un lieu culte, scène légendaire témoin de l’émergence du punk new-yorkais.
The Ramones, The Talking Heads, Blondie, Television et Patti Smith... Quatre groupes et une chanteuse poétesse dont les noms ont fait le tour du monde. Ils ont tous débuté au CBGB, à la fin des seventies, constituant alors le fer de lance de la scène punk-rock new-yorkaise. Aujourd’hui, cette dernière se retrouve sans-abri et doit se résoudre à pleurer la fermeture de son repaire. Modeste salle sise au 315 Bowery Street, dans les bas-fonds du Lower East Side, décrite à l’époque de son ouverture comme un « petit club incroyablement cradingue » par un magazine, le CBGB a su débusquer des groupes qui ont fait date. Et, en trois décennies, cette boîte, dont le nom officiel est CBGB and OMFUG (pour Country BlueGrass Blues and Other Musics For Uplifting Gormandizers), s’est imposée comme le lieu de rendez-vous « sale et suintant la bière » des fans, gourmands et autres aficionados du rock soucieux de découvrir les derniers groupes en date avant même qu’ils ne sortent un disque.
Bien sûr, le style des formations a évolué au gré des modes et des tendances. Après la vague punk des origines, le club a longtemps abrité des groupes hardcore assez violents, avant de revenir à des sons plus audibles. En témoignent les concerts de Sonic Youth, Pavement, Smashing Pumpkins et Jeff Buckley qui ont marqué l’histoire du club dans les années 90.
Ironie du sort, c’est en plein revival néo-punk que le CBGB, « home of undergound rock », jette l’éponge. Y a-t-il un symbole à y voir ? Avec l’avènement des Strokes, de Radio 4 et d’autres combos new-yorkais à jeans moulants et Converse cradingues, on aurait pu penser qu’un lieu pareil ait pu prétendre à un second souffle. Hélas, il semble que l’ensemble de ces groupes qui rendent hommage à longueur d’album aux Ramones et autres illustres aïeux punk n’ont plus de goût pour ces endroits sales et mal famés. C’est désormais dans les buildings des Majors que tout se décide…
On l’aura deviné, le CBGB était originellement dédié à des musiques dotées d’une large audience : blues, country et bluegrass, sorte de proto-blues de fermiers blancs du Middle West… Pas grand-chose à voir avec le punk, donc. Mais Hilly Kristal, fondateur du club, n’a jamais été du genre frileux. Son leitmotiv est assez éloquent : « Come as you are and do your own thing ». Et, finalement, la seule chose qui l’ait intéressé, ce fut de découvrir des musiques entendues nulle part ailleurs, jouées par des groupes pas forcément au point techniquement mais qui avaient des idées novatrices. Belle philosophie qui ne trouve plus beaucoup d’écho au XXIème siècle.
Mais peut-être que tout n’est pas joué pour le CBGB. Hilly Kristal envisage plus ou moins sérieusement d’expatrier son bouge à Las Vegas… En plein désert du Nevada, il y aurait une place pour le rock’n’roll. A moins qu’Hilly Kristal, septuagénaire, ne rêve d’une retraite dorée à se la donner dans les casinos. Au fond, le papy punk se fout de l’endroit où il sniffe de la colle. Qu’il soit à New York ou Las Vegas, il n’a qu’une chose à dire : « Do it your way and fuck everybody else ».
Photos: DR.

Laurent Deschamps
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