CD/Disque
Celebration "Celebration"
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   Avec Celebration, personne n’est obligé de s’amuser. Le premier album du trio de Baltimore, disque presque réussi et indispensable à toute soirée ratée, devrait donc en décomplexer plus d’un.
Voilà, je roulais sur l’Autoroute de Rouen en écoutant des trucs du genre Coltrane bla bla quand j’ai décidé de changer de disque. J’ai glissé « Celebration » dans la fente réservée à cet usage et mon ami Gérardeau qui glandait à l’avant n’a rien trouvé à redire jusqu’au moment où il a décrété que ça lui refilait mal au crâne ou quelque chose dans ce goût là, si bien qu’on a dû changer d’album et qu’on est tombé d’accord sur « The Strokes » ou je sais plus. Tout ça pour dire qu’il vaut mieux écouter « Celebration » dans de bonnes conditions. C’est-à-dire seul ou en compagnie de psychotiques lécheurs de sang caillé prêts à s’injecter toutes sortes de trucs bizarres jusque dans les oreilles.
« Celebration » est éprouvant. Un peu à la façon des groupes qu’on pouvait écouter dans les années 60. Je pense à Détroit, avec les Stooges et le MC5. Ou encore à New York avec The Exploding Plastic Inevitable d’Andy Warhol, sorte de barnum déglingué dont le Velvet Underground assurait la bande son tandis que l’artiste projetait des films et des diapos bidons qui plaisaient vachement à la hype. Le concept s’appelait Up-Tight et avait pour seul but d’empêcher le public de se la couler douce devant un spectacle dont il n’avait rien à foutre. Pour être plus clair, le mieux reste encore de citer John Sinclair, le leader du MC5, qui déclara que sa musique « vous contraidrait à la ressentir ou à quitter la pièce ».
Bon, le truc, c’est que Celebration va pas aussi loin, mais ça reste quand même douloureux et on en ressort différent. Le groupe, d’abord. Ils sont trois. Chant, batterie, claviers. C’est singulier. Le batteur (David Bergander) est franchement chouette et s’est dégotté un ingénieur du son impeccable. Katrina Ford, la chanteuse, prend des poses façon Siouxsie (and the Banshees) et c’est pas mal du tout. Surtout qu’elle est jolie comme un cœur et que je l’ai vue habillée en blanc transparent avec un corps qui transpire à l’intérieur. Ca n’a rien à voir, mais elle explique qu’elle souhaite « sonner comme un homme ». C’est âpre, rauque, violent. Et froid comme une haleine de suédoise rencontrée sur la banquise. En fait ça pourrait ressembler à du blues de fête foraine et de train fantôme, avec des orgues moog et des synthés tordus hésitant entre le triste et le joyeux. C’est grandiloquent et gentiment dégénéré. Le responsable s’appelle Sean Antanaïtis ; c’est lui qui s’affaire derrière les claviers et assure notamment les parties guitares et piano. Pour finir, je dirais que les couleurs du disque ressemblent à certains albums léchés de Nick Cave, mais j’aime autant que vous vous fassiez une idée par vous-même.
Etienne Lorettu
Celebration, "Celebration", 4AD/Beggars Banquet, sortie le 31 janvier 2006.
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