On a souvent entendu Eric Légnini au côté de Stefano Di Battista. Il signe ici un album de douze titres riches d’idées. Voyage au cœur d’un spectre musical assez large. Swing Nouvelle Orléans avec « Sugar Ray » ou « Daahoud » de Clifford Brown, clin d’œil au maître de la tradition avec « Prelude To A Kiss » de Duke Ellington mais aussi compositions personnelles aux mélodies marquées avec « Horace Vorace », « La Strada » composent cet opus.
Le jeu de Rosario Bonaccorso derrière la contrebasse témoigne d’une maîtrise aveugle et naturelle de l’instrument tandis que le maniement des baguettes par Franck Agulhon, dont on connaît la collaboration fidèle au jazz libéré de David El Malek, n’est pas sans rappeler l’énergie débordante de Max Roach. Le message est clair, ce n’est pas un jazz de « petits bras ». Légnini enrobe le tout par de longues phrases qui semblent ne jamais prendre fin. En ressort une impression de densité et de dextérité qui force au respect. Perle de l’album, la reprise de Joga, un morceau de Björk, dévoile une fragile tendresse. Un petit bémol tout de même : on pourra regretter que la longueur des thèmes n’excède que rarement les 3 à 4’… On aurait pu en attendre un peu plus.