CD/Disque
The Knife "Silent Shout"
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   L'énigmatique duo suédois revient avec un troisième album profond et sombre, plus électro que jamais. Un disque également moins accessible et plus fouillé que son flamboyant prédécesseur.
Il faut se méfier des apparences. D'ailleurs, Olof Dreijer et sa soeur, Karin Dreijer Anderson, sont passés maîtres dans le registre. Le duo de The Knife cultive cet art délicat de la dissimulation. Cette constante mise au second plan, cette récurrente discrétion qui font qu'ils ne jouent jamais en concert. Qu'ils ne montrent jamais leurs visages. Jusqu'à flirter avec la faux-semblance. De leurs trois albums, leurs seules apparitions visuelles les distinguent en couple de dompteurs, en jeunes à capuches au visage peinturluré, et maintenant avec des masques de corbeaux.
Pas la peine d'y chercher des réponses. S'ils pouvaient ne pas faire de photos, ils s'en passeraient. "Les photos n'ont rien à voir avec la musique. Et nous les utilisons justement pour ne pas dévoiler ce que nous jouons" disent d'ailleurs les intéressés sur leur site. L'important donc, c'est la musique. Et là encore, The Knife se délecte à multiplier les fausses pistes, à se contorsionner et à fasciner. Deep Cuts, leur précédent opus, se montrait brûlant et fiévreux dès l'ouverture avec le grandiose single Heartbeats. Et s'étalait sur 17 plages alternées de morceaux rentre-dedans aux tendances techno hardcore, de titres mid-tempo aux teintes parfois latinos, et de quelques ballades glacées et mystiques. Avec un son basique, direct, peuplé de synthés vintage ultra-cliché parfois même à la limite du grotesque. Sans jamais tomber dans le ridicule.
Avec Silent Shout, The Knife a largement étoffé son spectre sonore. Enregistré d'abord dans une usine désaffectée, puis dans une vieille église, ce troisième album s'est finalement achevé dans un studio de Stockholm. De quoi nettement aiguiser le son. A commencer par cette intro deep house, cotonneuse à souhait, qui tranche instantanément avec le précédent disque. Et qui met déjà en lumière la variété des ambiances et des sonorités à venir sur l'ensemble de Silent Shout. Mais contrairement à Deep Cuts, l'album nécessite plus que tout de s'y plonger. Il est bien trop vaste, parcourt bien trop de recoins pour se dévoiler en une unique écoute. Et revêt des habits nettement plus sombres. The Knife semble en fait avoir basculé d'un désenchantement en demi-teinte à une noirceur sautillante et enivrante. La multitude de voix trafiquées lassent en revanche à force de se mouvoir à l'infini. Sur ce plan, The Knife pousse le bouchon un peu loin et aurait mérité de faire plus simple. Pour le reste, Silent Shout place la barre encore un peu plus haut. Et épaissit le mystère.
Ecouter ici
Julien Cottineau
The Knife, "Silent Shout", Rabbid Records / Cooperative Music / V2, sortie le 28 mars 2006.
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- Site officiel
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