CD/Disque
CocoRosie "The adventures of Ghosthorse and Stillborn"
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    Comment se renouveler sans cesse dans la même chambre d’enfant ? CocoRosie le montre avec son troisième album, et rajuste sa couronne en carton.
C’est une pure histoire américaine, un road-movie avec des hippies et des vrais indiens, du heavy metal dans de vieilles bagnoles et pas de destination. Les sœurs Casady, Sierra et Bianca, ont vécu l’aventure chacune de leur côté, avant de se retrouver… à Paris. Elles en furent tellement heureuses qu’elles ont bu plein de champagne et enregistré des chansons dans leur chambre de bonne montmartroise. Sierra a lâché la carrière qui semblait lui être destinée, l’opéra, pour mêler ses vocalises à la voix enfantine de Bianca. Un mélange qui suffirait à rendre le duo passionnant, mais les deux sœurs avaient plus d’un jouet dans leur coffre : elles n’allaient quand même pas faire de la pop... Boîte à musique géante, La Maison de mon rêve, leur premier album, était essentiellement une maison de poupées, bonbonnière kitsch et ironique, grincements et rires enfantin, bruitages incessants, boîtes à meuh, voiture de police téléguidée en fin de piles, cocoricos en plastique se bousculaient au fil de chansons lo-fi mais audibles. Sur scène, c’est un ravissement constant : de part et d’autre de la scène, les deux sœurs ne se quittent pas du regard, Bianca saisit l’un après l’autre ses instruments en forme de lots de kermesse avec un sérieux à vous tirer des larmes tandis que Sierra caresse une harpe et qu’il sort de son petit corps une voix taillée pour les arias. Puis, sur Noah’s ark, leurs potes de la bande antifolk s’ajoutent à leur excentrique duo, Devendra Banhart (petit ami de Bianca, pourvu qu’ils fassent des gosses), Antony sans ses Johnsons ou encore Spleen, l’éclectique Parisien, aux chant, rap et beatbox. Plus déstructuré, ce deuxième album délaissait le format des petites chansons doucement bancales pour explorer des formes moins convenues, les chansons s’emmêlaient, s’étiolaient, revenaient, avec quelques sommets qui leur valent d’être le groupe féminin le moins recommandé aux âmes sensibles (dépressifs, passez votre chemin), tels que Brazilian sun ou Beautiful boyz.
The adventures of Ghosthorse and Stillborn poursuit cette progression dans l’expérimentation, à moins – et c’est plus vraisemblable – qu’il ne s’agisse tout simplement de liberté. La liberté d’ignorer les formats préconçus mais aussi les accusations de pose arty, de fumisterie et de bricolage sans profondeur qui ont pu leur être adressées parfois, même si on entend mal les grincheux derrière l’immense engouement que les deux petites filles cachées dans ces corps de très belles jeunes femmes et sous ces couronnes de plumes vertes ont pu susciter dès leur première apparition sur scène. Sur ce troisième album, ce ne sont pas seulement les formats que les deux sœurs pourfendent de leurs épées en plastique, mais aussi les genres. Ainsi, Rainbowarriors flirte avec le hip-hop, à moins que ce ne soit du hip-hop : la chanson regorge de détails au point que l’on ne sait plus vraiment, passée la première minute, ce qu’on est censé écouter. Un cheval, de l’eau, des ressorts, des sifflets de train électrique, des scratches, des jingles de flipper, une boîte à rythme, et puis, et puis, où sommes-nous ? Pourquoi aurions-nous besoin de le savoir? On sera là où les demoiselles le décideront au moment où ça leur chantera. Il y a aussi du dub sur cet album, de la musique classique bien sûr, une pincée de soul à l’occasion (Werewolf) et même de la fanfare de carnaval –Japan est une chanson surprenante, rigolote et sautillante, avec un trou dedans ; oui, un trou. La chanson s’arrête, Sierra vocalise, et puis allez, hop ça recommence. Contient également, en fin de cortège, un petit couplet sur l’Irak. Libres, vous dis-je. Jusqu’à se payer le culot de côtoyer parfois le bord du vide : juste un poème et une note de piano par ci par là. Véritable vide-grenier pillé par une bande de gamins à l’imagination délirante, The adventures of Ghosthorse and Stillborn empile les berceuses et les farces, les bribes et les épopées, la mélancolie et les éclats de rire narquois. Mais aussi des cris d’animaux, plein de nouveaux jouets à piles et une sonnette de vélo (Animals : à éviter en roulant, on ne sait plus où donner de la tête).
A l’image de la pochette, que l’on doit à Pierre et Gilles, les textes sont plus grandiloquents que par le passé, l’inspiration moins contemporaine, avec des figures que l’on devine issues d’une mythologie personnelle, et aussi un peu d’autobiographie. Mais de toute façon, difficiles d’accès parce qu’alambiqués et mâchés sans pitié, les textes ne sont pas l’intérêt majeur de ce disque. Il n’a pas besoin de ça pour fasciner de toute façon.
Lire la revue du concert des Cocorosie au Grand Rex
Fanny Chiarello
Touch&Go/Pias, sortie le 9 avril 2007
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