Claire Diterzi "Tableau de chasse au Théâtre Chaillot"
Dans la série des amazones cascadeuses de la chanson française, Claire Diterzi fait figure d’exception. Plus pointue qu’une Camille et moins barrée qu’une Brigitte Fontaine, la musicienne propose son second album en solitaire, Tableau de chasse (Naïve, 2008). Un projet conceptuel dans lequel les chansons s’inspirent d’œuvres d’art. Avec ses onze titres spécialement sculptés pour la scène, Claire Diterzi investit le Théâtre National de Chaillot à Paris avant de partir sur les routes françaises. Nous étions présents pour la première du spectacle.
Ce qu’il faut savoir, c’est que l’écoute de ce nouvel album de Claire Diterzi nous a d’abord quelque peu déconcerté. L’artiste ne choisit pas la facilité et ose toutes les audaces.
Par on ne sait quelle tour de passe-passe, la sorcière nous présente des chansons sans réelle homogénéité qui, au final, forment un tout d’une cohérence prodigieuse. La chanteuse n’hésite pas à faire cohabiter les genres : musique électronique, rock poisseux, pop acidulée, chanson populaire, chants bulgares… Rien n’est vraiment assorti, rien ne se répond vraiment… Et pourtant ça fonctionne ! Ainsi, sur la scène de Chaillot, on pouvait se demander ce qu’allait donner ce patchwork musical. Le verdict est mitigé. D’un côté le spectacle est un véritable tour de force, imposant chaque chanson avec la même ferveur irrésistible. De l’autre, c’est une petite déception à force d’ambitions mal assumées.
Grâce à une voix hors du commun et des arrangements relativement sobres, l’impératrice Claire Diterzi nous met assez vite dans sa poche. On oublie presque instantanément le côté abrupt et tordu de ses nouvelles chansons dès le début de la performance. Accompagnée par deux choristes épatantes, Claire Diterzi transpose avec virtuosité l’ambiance insolite de son album « plastique ». Elle enchaîne alors les fameux « tableaux de chasse » avant de se permettre le hors sujet en reprenant plusieurs chansons de son premier album Boucle (Naïve, 2006), une chanson de la bande originale du film Requiem for Billy The Kid (Naïve, 2007) et une reprise survoltée de Mesopotamia des B-52’s.
On déplorera que sur certaines chansons la sonorisation submerge les voix sous les nappes électroniques et électriques, nous empêchant de saisir toute la richesse des textes.
Mais ce n’est pas le plus dommageable. Visuellement, le spectacle laisse un peu perplexe. On ne peut s’empêcher de penser que la mise en scène est un gâchis, tant l’espace du théâtre de Chaillot est sous-exploité.
Le décor minimaliste (un canapé et une toile écran) tire inévitablement le spectacle vers un concert traditionnel tandis que Claire Diterzi semble bégayer entre les deux genres en s’adressant au public entre les chansons ou en sortant régulièrement du cadre de ses « tableaux de chasse » avec des chansons qui n’ont pas été écrites pour le projet.
Paradoxalement, le mélange des genres musicaux est vraiment séduisant alors que le spectacle souffre, lui, d’un réel problème de positionnement. De plus, et c’est plus embêtant, les vidéos projetées pendant le spectacle omettent la plupart du temps de présenter l’essentiel du projet, les œuvres d’art elles-mêmes. Est-ce un problème de droit ou une volonté de réinterpréter aussi visuellement les peintures et les sculptures déjà mises en musique ?
Ces vidéos participent en tout cas à diluer un peu plus le sujet. Si le spectacle ne se donne pas les moyens de ses ambitions, on retiendra tout de même de très belles idées de tableaux et quelques beaux moments de poésie comme cette drôle de vieille chanteuse, ces repas de famille pas appétissants du tout, ce tableau de chasse accompagné de ses trophées à têtes chantantes ou encore la troublante mise en abîme de Je garde le chien.
Entre natures mortes et spectacle vivant, Tableau de chasse n’est pas tout à fait le spectacle qu’on espérait à Chaillot. On préfèrera s’attarder plutôt sur Claire Diterzi qui, dans la dernière partie de la représentation, s’affranchit des codes étriqués du spectacle pour s’abandonner à ce qui lui va le mieux… des chansons sans fioritures.
Claire Diterzi est en tournée. Elle sera le 07 mars 2008 à Cavaillon, le 13 mars 2003 au festival « Bruissements d’Elles », le 15 mars 2008 à Champigny sur Marne, le 1er avril 2008 à Boulogne-Billancourt, Le 4 avril 2008 à Saint Médard en Jalles, le 15 avril 2008 à Bourgoin Jaillieu, le 25 avril 2008 à Aubusson, les 13, 14 et 15 mai 2008 au festival de la chanson française en Tunisie, le 23 mai 2008 à Tarbes et le 13 juin 2008 à Blois.

Alexandre Barbera
En savoir plus :
Le site de Claire Diterzi
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