CD/Disque
Common "Finding Forever"
|
|
   Entre deux chefs d'oeuvre, le MC spirituel s'en sort toujours par le haut
Depuis son incursion sur la scène rap en 1992, Common a toujours été bien entouré musicalement. Entre Jay Dee, Questlove, Premier et toute la bande Nu Soul-Rawkus-Soulquarians, il lui était difficile de parvenir à se vautrer. Ce qui ne fut jamais le cas, le bonhomme étant au contraire l'auteur de deux albums les plus superbes dans l'histoire de son genre musical. Like water for chocolate, en tous points parfait, sorti en 2000. Et plus récemment Be, véritable pépite soul à la fois old school et moderne, grâce notamment aux doigts de fée de Kanye West, génial producteur patenté de l'ensemble. Entre ces deux merveilles, on retrouvait l'ovni Electric Circus, branque et inégal mais valable parce que culotté. Et l'artiste de débuter en parallèle une carrière d'acteur, hélas dans (avis perso) l'atroce Smokin' Aces (Mise à prix ), en salles depuis mercredi, où Alicia Keys ne s'en sort d'ailleurs pas bien mieux, engoncée dans une caricature réchauffée de vamp sous-sous Foxy Brown.
Ce nouvel album souffre lui aussi d'arriver après un disque magistral. Mais les risques sont ici limités, grâce à une certaine prudence dans les choix. Des morceaux carrés, léchés, plutôt courts mais efficaces.
A l'intérieur cohabitent des choses superbes et d'autres plus insipides. Première bonne nouvelle, le renouvellement du CNE de Kanye, qui a su trouver le temps malgré la sortie imminente de son mégalo (?) Graduation. Avec pour résultat de très jolis morceaux, comme le marqué rock Southside, ou le magnifique People. Jetez aussi une oreille sur un beau titre comme Black maybe, sur le thème de l'inegalité des chances, ou encore le planant morceau-titre. D'autres sont moins bons mais fonctionnent, comme Break my heart ou So far to go, qui restaure une instru de Jay Dilla, en compagnie de D'Angelo. Passée cette galerie de qualité, on oubliera plus vite les pistes restantes : l'inutile Drivin' me wild avec Lily Allen (variété, quand tu nous tieeeeeens). Un paresseux I want you avec Will I.Am, The Game avec un DJ Premier en petite forme (c'est rare), ou un Don't come my way malgré la présence du génial Slick Rick. Autre écueil plus ou moins discret, la posture de Common, inchangée depuis le départ, du sage-zen-calme-cool-Lexomil, faisant de lui le défenseur d'un hip-hop "conscient", sans vulgarité ni grumeaux. Un geste des plus nobles, pour un artiste se prenant parfois pour une réincarnation de Gil Scott-Heron (qui n'est pas mort), avec timbre grave soyeux et pose du prophète, mais qui devient parfois lourdingue.
C'est le cas lorsque le rappeur enfile certaines banalités ou surfe sur une vague un peu facile (samplant le Dream du Révérend King). En dépit de ces (bien minces) défauts, l'album reste d'une bonne qualité. Une fois de plus.
Matteu Maestracci
Geffen (juillet 2007)
|