CD/Disque
Damien Jurado "And now i’m in your shadow"
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   Damien Jurado, un folker de Seattle vient d’ajouter un nouvel opus à sa discographie emplie de brume et de spleen. Ce que vous ne savez pas c’est que ce disque «And now i’m in your shadow», il l’a sorti dans l’unique but de me conquérir, moi Lucie Offredo. Vous ne me croyez pas?
La première fois qu’on s’est rencontrés c’était il y a un peu plus d’un an, au bord de Lake Washington, près de Seattle. Je balançais (gracieusement) des quignons de pain à des canards, quand j’ai vu un grand gaillard en jean et chemise de trapeur, ouvrir sa grosse main vers le ciel pour laisser s’envoler un petit oiseau pourvu d’une attelle. Touchée par le geste, j’ai souri (toujours gracieusement). Et on s’est retrouvés Damien et moi à discuter sur un banc plusieurs heures d’affilée. Au départ j’avais du mal à croire qu’il était « a very sensitive songwriter » - rapport à son physique de jeune catcheur à la retraite. Remarquez Elliott Smith non plus n’avait pas franchement la gueule de l’emploi. Puis j’ai appris qu’il chantait et jouait de la « folk music » en solitaire depuis plus de 10 ans. Il venait de sortir son sixième album, On my way to absence . « Tu joues quel style ? » j’ai demandé. «On me compare souvent de Nick Drake, Neil Young, Will Oldham…», il a répondu en haussant les épaules. Après ça, on a échangé nos adresses et j’ai tourné les talons.
Une semaine plus tard il me demandait de devenir « his wife » ! J’ai refusé biensûr – rapport à son physique de jeune catcheur à la retraire. Depuis, il n’a cessé de m’envoyer des lettres flamboyantes. Jusqu’à ce qu’en octobre dernier, je reçoive un CD intitulé And now i’m in your shadow avec le mot : « Lucie, it’s my last chance : i made it for you » (je vous jure). Ffiou ! Dès la première chanson, Hoquiam, j’ai pris sacrée claque. En fait de claque, c’était plutôt une incroyable caresse tant la voix de Damien se déroulait avec douceur et suavité. La suite a confirmé mon impression. Derrière ce corps de brutasse se cachait en réalité une sensibilité gorgée de fêlures. J’ai pensé aussi au récent Minor works de J.Tillman (lire notre chronique )
Si on en parlait sérieusement
Avec cet album, c’est tout un chapelet de balades éplorées que m’adresse Monsieur Jurado. Délicats arpèges à la guitare sèche, lentes envolées de violon, chœurs féminins et percussions poids plume s’y mêlent avec grâce et élégance. Entouré pour l’occasion d’Eric Fisher et Jenna Conrad (au violoncelle et au chant), Damien a donc lâché son rôle de poor lonesome cow-boy mais c’est avec toujours autant de sincérité qu’il chante son mal-être. Comme chez Raymond Carver, la tristesse ironique du quotidien ne laisse place qu’à de très rares instants de bonheur. A défaut de vous arracher quelques des larmes, les neurasthéniques Gasoline drinks et Survived by her husband vous plongeront dans une épaisse désolation. Que de tristesse ! (trop ?) Mon cher Damien, excuse-moi de t’avoir causé tant de peine. Au risque de te décevoir encore, sache qu’après avoir pensé que « Lucie Jurado », ça sonnait pas mal, je me dis maintenant que je ne te mérite pas. Et malgré la grâce qui me caractérise, j’en viens presque à me demander si c’est vraiment pour moi que tu as composé cet album sublime de mélancolie.
Lucie Offredo
Differ-ant, sortie en septembre 2006.
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