CD/Disque
Doctor L "Forgotten tracks from da hard drive"
|
|
    Le producteur touche-à-tout revient avec un quatrième disque-projet aux influences variées, inclassable mais puissant.
D'emblée, il y a le titre. "Les pistes oubliées sur le disque dur", en soi ça force le respect. Une sorte d'ode au bordel ambiant, à la génération débraillé mais à l'aise avec un ordi (ceux qui sont "OK" computer, mff mff mff), cette idée selon laquelle d'un capharnaüm sur un bureau peut naître la meilleure des créations. Manière aussi pour Doctor L de rester modeste, genre "ces pépites que vous entendez, ce ne sont que des trucs que j'ai retrouvé par hasard sur mon C:"
Puis il y a l'écoute, qui pour ce genre de disques est généralement meilleure la deuxième fois. Question d'ambiance, de présence, d'attention, d'envie. Le quatrième album solo du franco-irlandais prend lentement mais sûrement à la gorge, transportant l'auditeur démuni dans un havre crépusculaire dont il ne peut s'échapper. Malgré le caractère sombre de la plupart des pistes, mâtinées d'un minimalisme fouillé, un peu masochiste on a envie de continuer. La preuve d'un grand talent, plus vraiment à prouver pour l'artiste. Batteur au début des années 80 pour les Wampas ou FFF, Doctor L a ensuite produit pour Bumcello, les Negresses Vertes, Rodolphe Burger, Tony Allen, Psyco, Alain Bashung parmi d'autres. Avec une telle carte de visite, hein voilà bon, pas grand-chose à rajouter. Et c'est là que la formule magique des attachés de presse "multiples influences" trouve enfin un sens. Une formule piège, parce qu'il n'y a rien de plus con, mais rien de plus vrai non plus. Après tout, qui n'a pas de "multiples influences", artiste ou citoyen lambda ? Qui n'a jamais mangé qu'un seul et même plat dans sa vie, écouté un seul disque, regardé un seul film, porté un seul ensemble de fringues, etc.. ? Passons sur l'usage à l'emporte-pièce et flemmard d'une telle formule et concentrons nous sur son sens. Comme Molecule ouNickodemus plus tôt cette année, Doctor L a mis toutes ses envies dans un shaker et les a faites monter ensemble comme une mousse pour un gâteau. On croise une tendance blues (Acoustic lane), un vocal hip-hop sur Kind of dry, une corde soul sur Dreaming with no future, des instruments jazz et une ambition majoritairement trip-hop, au rythme rapide comme sur le très réussi The grain. Le pianiste cubain Omar Sosa et le fidèle de FFF Nicolas Baby sont de la partie. Au final, le disque est vraiment un bel objet au sens musical du terme. A eviter toutefois au réveil un lendemain de cuite.
Matteu Maestracci
Mind/Nocturne (Décembre 2006)
|