Dominique A
"La chanson est mon bac à sable"
Il vient d'achever la tournée de L'horizon, album poétique et planant qu'il interprète sur un jour follement plus rock sur scène. MusiQualité a rencontré le musicien à Paris, entre deux concerts.
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propos recueillis par Aena Léo | le 08/08/2007 |
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Dominique A
: « La chanson est un art un peu batard, entre la poésie et le son. C'est ce qui m'amuse. La chanson est mon bac à sable. »
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Aena Léo |
Ce qui surprend, dans ton travail, c'est d'abord ta passion pour les mots. Est-ce elle qui t'a amené vers la musique, où c'est l'inverse ?
Non, tout a commencé par la musique. Les sons. Aussi longtemps que je me rappelle, mes premiers souvenirs sont d'abord des mélodies, des chansons. Même des génériques télé : des trucs de gamins comme Colargol, des séries comme Les mystérieuses, Belle et Sébastien... Ensuite, j'ai commencé à lire, mais les mots ont toujours été liés à la musique. L'un n'a jamais dominé l'autre. C'est ce qui me plaît dans la chanson. C'est un art un peu batard, entre la poésie et le son. Un entre deux malléable, non « pur » : c'est ce qui m'amuse. La chanson est mon bac à sable. J'ai plus de mal, par exemple, avec la musique instrumentale pure. Quand il m'est arrivé de devoir en écrire, je ne me sentais pas à ma place, ce n'était pas naturel. Il manque les mots, c'est-à-dire le ludique !
Est-ce que c'est ce besoin de ludique qui te pousse à renouveler ton approche à chaque album ?
Oui, c'est ça. Quand je parle de ludique, les gens ont parfois du mal à le croire, parce que mes chansons abordent plutôt des thèmes dramatiques. Dans le fond, je parle toujours de choses tristes, de maladie, de mort. Ce qui m'oblige à me renouveler à chaque fois, pour ne pas m'ennuyer, mais aussi pour ne pas lasser les auditeurs. Quand je finalise un album, j'essaie de me mettre dans la peau d'une personne qui m'écoute depuis 15 ans, et je me dis: que faire pour qu'elle ait toujours envie de m'écouter ? Ce qui ne veut pas dire pour autant que j'écris en ne pensant qu'à ça.
Il arrive aussi que je me sente un peu enfermé dans cette obligation de renouvellement que je me suis fixé. L'élément de surprise est annulé. D'ailleurs, avec L'horizon, je suis peut-être entré dans un cycle où je commence à revenir sur des terrains que j'ai déjà explorés. Certains auditeurs, en tout cas, l'ont ressenti. Mais je ne devrais rien avoir à foutre de tout ça !
Non ! La musique, c'est un artiste face à ses auditeurs, on n'est pas dans l'autisme !
Oui, Mais il ne faut pas penser aux auditeurs lors de la composition : le risque est alors de n'écrire plus que du formaté en croyant leur plaire. Il faut penser à eux quand tout est écrit, lors de la finalisation de l'album. C'est l'étape où l'on cherche à donner une grille de lecture à l'album, un ordre aux morceaux, pour les emmener là où l'on veut, comme une visite guidée dans l'album. J'aime beaucoup cette idée de parcours, de progression.
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: « Lorsque je compose, je me laisse déborder par une image et ce qu'elle suggère. C'est quand je l'ai finie que je comprends de quoi parle une chanson. »
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Quand tu prépares un album, tu sais déjà quelle direction tu vas lui donner ?
Pas vraiment. Je ne me dis jamais : cet album va parler de ça. J'écris les morceaux indépendamment, mais sur un laps de temps assez court. Donc une cohérence se dégage vite. Mais je ne la contrôle pas. Des thèmes obsessionnels se dégagent de mon dernier album : la fuite, le maritime... Mais ça m'était passé au dessus de la tête, je l'ai compris seulement quand des auditeurs me l'ont fait remarqué ! J'aime cette idée d'être traversé par des choses que je retransmais sans m'en rendre compte. D'être un support.
Qu'est ce qui t'inspire quand tu composes un texte ?
Le déclic vient de quelques mots, attrapés au hasard et qui me laissent penseur. Par exemple, quelqu'un me dit : « nous n'irons pas plus loin ». Je me dis : tient, c'est marrant, et les idées suivent. Je me laisse guider par les mots et par ricochet, j'arrive à la chanson, à l'histoire. C'est à la fin que je comprend de quoi je parle. Je me laisse déborder par une image et ce qu'elle suggère. Aucun thème ne s'impose au départ.
Tu t'inspires beaucoup de lectures ?
Oui. Ça a surtout été le cas sur le précédent album : des bouquins, journaux, lettres... Je suis un gros lecteur. C'est souvent un élément annexe à l'histoire, un personnage un peu en dehors qui m'inspire, me donne envie d'en tirer quelque chose. Par exemple, je suis en train de lire un bouquin dont le titre me plait beaucoup parce qu'il est très cliché : « Le chant des regrets éternels ». C'est simple mais en même temps, ça appelle à beaucoup de chose... J'ai envie d'en faire une comptine. Je suis très attiré par les comptines en ce moment, des chansons moins fleuves, plus ramassées.
Ecrire un livre te tente ?
Non. Autant je me dis : il y a encore tant de chanson à écrire, autant, j'ai l'impression que tout ou presque a été exploré en livre. Ça ne m'attire pas.
Tu as déjà eu l'angoisse de la page blanche ?
Non. Plutôt l'angoisse des périodes blanches, ces moments où rien ne m'inspire, où je n'ai pas envie d'ouvrir un cahier. J'écris jusqu'au point où je sais avoir assez de matière pour un album. Après, mon inspiration se tarie, les vannes se ferment. C'est très cyclique. En 1997, j'ai connu un de ces moments d'angoisse. J'avais l'impression que le meilleur était derrière moi, que plus rien ne viendra. Je n'ai plus ressenti ça depuis longtemps. Il faut dire que depuis 15 ans, j'enchaîne les disques, tournées, écriture pour d'autres... Je crois qu'aujourd'hui j'ai envie d'une pause. L'Horizon synthétise tout ce que j'avais envie de faire... Il faut que je réfléchisse avant de commencer autre chose.
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« L'Horizon synthétise tout ce que j'avais envie de faire... Il faut que je prenne du temps avant de commencer autre chose. »
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Tu as beaucoup collaboré avec d'autres artistes. C'est important pour toi?
Oui. Chaque collaboration est différente. Celle avec Françoise Breut est née d'une vie en commun, sur la durée, elle est un peu à part. Les autres sont plus ponctuelles, mais toutes sont liées à des rencontres humaines que j'ai envie de prolonger, autant avec Yann Tiersen que Jane Birkin. J'ai tenté aussi une BO, mais je ne m'y suis pas retrouvé. La contrainte est double : celle des images, celle de ce qu'attend le réalisateur... C'est frustrant. Et il manque les mots !
A quoi penses-tu avant de monter sur scène ?
Je ne pense pas trop finalement, car je ne suis pas seul. Je parle beaucoup avec les musiciens pour évacuer un stress éventuel. J'aime également écouter l'ambiance de la salle. Sentir si les spectateurs trépignent, où si ils sont froids : ce sera plus dur...
Si tu devais emmener un seul livre sur une ile déserte ?
Ce serait pas une bonne idée, je m'en lasserais ! Mais je prendrais le grand meaulne.
Ton mot porte-bonheur ?
Musique.
Ton mot quand tu es en colère ?
Putain.
Ton mot quand tu es amoureux ?
Y'a pas de mot quand on est amoureux ! 
Propos recueillis par Aena Léo
Aller plus loin (liens) :
Le site de Dominique A
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