CD/Disque
Electrelane "No shouts, no calls (par Fanny Chiarello)"
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   Le quatrième album des petites Anglaises d’Electrelane penche du côté pop de leur force, jamais démentie.
Je dois à mon amie Hélène d’avoir entendu ce nouvel opus. Hélène et moi, c’est une drôle d’amitié qu’on tricote, peut-être parce que nous sommes deux planètes parties des rives opposées de l’univers en perpétuelle expansion, pour en venir parfois à s’échanger des satellites. Electrelane est l’un de ces satellites et j’ai donc une pensée particulière pour Hélène tandis que j’écris cette chronique. Sa chanson préférée de No shouts, no calls est Saturday. Moi aussi. On est bien contentes de trouver parfois de telles intersections entre nos univers. Saturday, c’est une pure perle pop, abdiquant toute prétention au profit d’une évidence et d’une immédiateté qui savent pourtant éviter la facilité et l’adhésif à FM. Elle commence tout doucement, avec des chœurs naïfs entonnant des paroles pas très gaies, ensuite de quoi se pose le piano mélancolique, répétitif jusqu’à la ritournelle, puis la batterie s’emballe et les chœurs prennent une dimension différente dans ce nouveau contexte, la comptine tourne sombre, les voix psalmodient. On écoutait ça dans la voiture d’Hélène, on ne disait plus un mot, elle avait monté le son et elle tapotait le volant, toute petite dans sa grande voiture, elle ne souriait pas, on sentait que l’affaire était solennelle. C’était très bien comme ça. On s’en allait suivre en groupe le débat télévisé Royal-Sarkozy, l’heure était grave et Five avait enchaîné dans les hauts-parleurs, renouant avec les albums les plus expérimentaux du groupe, instrumentaux tout en crescendos et ruptures évoquant parfois les symphonies électriques et grandes messes sombres de Godspeed You ! Black Emperor, avec leurs fulgurances de lumière noire.
De la lumière, il n’en manque pas sur No shouts, no calls. Etonnant avec quelle précision Electrelane a jusqu’à ce jour alterné entre ombre et lumière : au premier album instrumental, Rock it to the moon (sorti en 2001), avait succédé The power out, remarquable virage pop aux allures de best-of avec ces chansons toutes dissemblables en anglais, français, espagnol et allemand, puis Axes avait renoué avec l’expérimental côté sombre. Aujourd’hui Electrelane sort son disque le plus accessible, riche en mélodies, souvent trépidant même si le piano s’amuse bien souvent à vous serrer le cœur entre ses gros doigts. Cet album, il paraît qu’on a bien failli ne jamais l’entendre. Verity, Emma, Ros et Mia, qui vivent désormais aux quatre coin du monde – un coin chacune –, semblaient avoir été plombées par un Axes trop peu formaté pour le succès. Finalement, les filles ont poussé Steve Albini par la portière arrière et ont roulé jusqu’au Michigan en secouant les bras par les vitres, pour enregistrer un disque de pop rock homogène, mais où les éclaircies balaient très vite une surface mouvementée. On sent bien tout au long de ces onze chansons que les jeunes femmes ont eu plaisir à se retrouver, et à jouer ensemble – notamment en première partie d’Arcade Fire , excusez du peu.
Il y a des oiseaux électroniques et des chœurs noyés dans l’orgue de Tram 21, une langueur mélancolique pleine de cordes et de coups de tocsin In Berlin, des marelles At sea, des punks soûls et des premières communiantes dans le jardin de Between the wolf and the dog. Il y a sur cet album un spectre d’émotions aussi large que la vie.
Lire la chronique de No shouts, no calls par Lucie Geffroy ici.
Fanny Chiarello
Too Pure/Beggars Banquet, sortie le 24 avril 2007.
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