Beau sans être kitsch, accessible sans être mièvre : Ballads est un très bel album de jazz. Enrico Pieranunzi au piano, Marc Johnson à la basse et Joey Baron à la batterie réalisent un tour de force en s’attaquant à ce style connu sans véritablement l’être. Faire un album composé que de tempos lents présentait plusieurs risques. Lesquels ? D’abord, celui de perdre l’auditeur lassé à l’écoute du troisième titre. Ensuite, celui de verser dans le déjà-vu. Un projet d’autant plus périlleux quand on connaît les bijoux qui ont été gravés par le ténor de Coleman Hawkins sur Body And Soul en 1939 ou encore par le trompettiste Miles Davis avec My Funny Valentine en 1956. Même le tellurique Coltrane s’est collé à l’exercice avec ses « Ballads » enregistrées entre 1961 et 1962. Alors ennuyeuses ces ballades ?
Beaucoup de jazzmen affirment qu’il faut penser au sens des paroles pour interpréter parfaitement une ballade. Ces trois là auraient probablement été aussi de grands chanteurs. L’album concentre un son clair qui fait résonner les notes, un swing soyeux presque attendrissant et un sens de l’improvisation à point. Hymne à l’intimité plus qu’hymne à l’amour, les thèmes réussissent à rendre palpable l’entre-soi qui lie chaque musicien. Dans cet univers, la moindre fantaisie musicale, la moindre accélération prend immédiatement l’allure d’un raz-de-marée. A vous faire perdre la notion de l’espace et du temps. Que rêver de mieux.