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Eric Legnini Trio, Au Sunset, le mardi 31 janvier |
Eric Legnini Trio, Au Sunset, le mardi 31 janvier "Contraste brillant"
Harmonies à la fois vives et planantes, compositions osées, accents mélodiques marqués : le trio du pianiste originaire de Belgique manie le contraste avec brillance et éclat.
La salle du Sunset est tout en longueur. Un mur de briquettes rouges tapissent la toile de fond de la scène sur laquelle se dessinent la silhouette des musiciens. Le long manche de la contrebasse de Rosario Bonaccorso se trouve planté là, au centre. De part et d’autres de cette aiguille tournée vers le ciel rempli d’étoiles électriques, le piano noir brillant d’Eric Légnini et les cymbales de Laurent Robin ressemblent aux plateaux d’une balance. « Swing » ne signifie-t-il pas « balancer » en anglais ?
La forme annonce le fond car la musique du partenaire fidèle de Steffano di Battista aligne les mouvements avec un contraste plein de forces et d’émotions. A la fois verticales et horizontales, les mélodies des chorus flirtent, par leur tension, avec la profondeur du vide et l’excitation du risque. Un véritable numéro d’équilibriste porté par un Rosario Bonaccorso dont le phrasé étonne par son inventivité. L’introduction solo du morceau éponyme de l’album « Miss Soul » a séduit un public aux yeux écarquillés.
De l’ambiance hard bop à la Horace Silver avec « Horace Vorace » à l’atmosphère groove à l’époque du « Full House » de Wes Montgomery avec la composition « Rome Sweet Soul », il n’y a qu’une croche. C’est une complicité intime qui lie chaque musicien à son instrument. Des couples aux humeurs vagabondes qui se connaissent l’un et l’autre sur le bout des doigts. Et c’est peu dire quand on voit la virtuosité de chacun ! Le batteur, véritable condensé d’énergie, sautille sur le tabouret et multiplie des incursions rythmiques très rock dans l’esprit, alternant le trois temps qui valse et le deux temps qui fracasse.
Les compositions de Légnini marient les sonorités blues et une main gauche vive et rapide dans l’enchaînement des accords. Sur les thèmes au tempo lent, il a l’air appliqué, épris d’amour et de curiosité pour cet instrument qu’il fait sonner avec la délicatesse de l’amoureux et la conviction du passionné. Fragile et profonde, la reprise d’une chanson de Björk nous plonge au bord d’un gouffre. Sensation de vertige presque angoissant. Le trio d’Eric Légnini possède un centre de gravité mouvant. La musique qui en ressort, quant à elle, reste toujours en équilibre…avec la finesse de l’élégance.

Vincent Fertey
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