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Festival Arrivée d'Airs Chauds, New Morning |
Festival Arrivée d'Airs Chauds, New Morning "Chaud devant!"
La très pointue programmation du festival Arrivées d’Airs Chauds au New Morning, salle parisienne de référence en matière de jazz et de musiques du monde nous est apparue incontournable : audacieuse, originale, et généreuse tout simplement…Ainsi, les reporters de musiQualite.net n’auraient manqué cela pour rien au monde !
Ils tiennent ici la chronique de leurs plus chaudes soirées du festival, entre tango franco-argentin au féminin, blues du désert, et salsa afro-cubaine …Tout un programme !
Jour 1 : Touchées par la grâce, les femmes ont pris le pouvoir.
Pour la première soirée du festival Arrivée d’Airs Chauds, le vent a tourné au féminin et a fait souffler un air de tango sur le New Morning. L’orchestre des Fleurs Noires ont offert un set à la fois délicat et puissant.
Un orchestre de tango entièrement formé par des femmes, ce n’est pas courant. Ces onze musiciennes (quatre Françaises et sept Argentines), entretiennent le lien tendu entre l’Argentine et la France. Le tango n’est donc pas seulement une affaire d’hommes. Née dans les faubourgs mal-famés du port de Buenos Aires, cette musique est empreinte de la mythologie des mauvais garçons et autres brigands. Les femmes sont souvent la cause d’amours perdues, de chagrin et de perdition. Fleurs Noires rétablit la parité et leur font jouer le rôle principal.
La première partie du spectacle propose des morceaux aux arrangements classiques, mais très vite on passe à des compositions originales, nourries de plus de dissonances et tournées vers le tango moderne. La voix profonde de la chanteuse fait tomber la salle sous le charme dès les premiers morceaux. Le spectacle est à la fois délicat et avec ce qu’il faut de tension. Les Fleurs Noires prouvent une réelle maîtrise malgré leurs deux jeunes années d’existence : toute la profondeur du tango, sa spiritualité, sa poésie et bien entendu sa mélancolie sont rendues avec grâce et sensualité.
Bien plantées sur leurs talons, ces femmes-là n’ont rien à envier aux hommes et démontrent que le tango se conjugue aussi au féminin.
Jour 2 : Blues du désert
Avant même le début du concert, beaucoup d’émotion et d’excitation dans la salle du New Morning. Une affiche réunissant Afel Bocoum et Habib Koite,, c’est assurément très rare…
Afel Bocoum, neveu du regretté Lion du Désert, Ali Farka Touré, accompagné de ses fidèles Messagers du fleuve, le groupe Alkibar, est venu présenter son second album Niger. Fatigué après un éreintant voyage de Bamako à Paris, Afel Bocoum a donné un aperçu de la richesse culturelle du nord de son pays à travers des rythmes Peuls, Songhai ou Touarègs, et des instruments traditionnels propres à toute cette zone sahélienne : la calebasse, le njurkel ou la njarka…Pour Alkibar, véritable caravane de sensibilisation sur les routes du Mali et du reste du monde, la musique est avant tout message, éducation, enseignement.
Ce soir, Afel en profite également pour faire en passer un qui lui tient à coeur. Celui que l’étiquette d’héritier d’Ali Farka Touré qu’on lui fait endosser, le dérange et lui fait peur : « C’est lourd comme héritage, insiste-t-il. Ali avait un don qui le dépassait lui même, je peux simplement être à côté de lui et m’inspirer de sa philosophie de la musique. C’est tout. ». A la guitare, au chant, et dans des compositions en lien direct avec la terre craquelée du Sahel et la sérenité du fleuve Niger, Afel donne corps à une tradition musicale intacte et en plein renouveau, car en prise directe avec les réalités contemporaines. Le public, contemplatif, écoute, souvent les yeux fermés, les chants au clair de lune d’Afel, ses improvisations dans le désert et les moments précieux qu’Alkibar et Afel Bocoum donnent à voir et à imaginer.
Ensuite, Habib Koite, la star malienne, plus grand public, arrive sur scène et fait danser tout de go la grande majorité de la salle. Les sonorités de son dernier album résonnent, tandis que les solos de tama (tambour d’aisselle) invitent belles femmes et petites filles à danser sur scène. Grosse ambiance malienne au New Morning, et grosse chaleur : « Il fait plus chaud ici qu’à Bamako ! » insiste Habib. Une preuve palpable que le festival Arrivée d’Airs Chauds remplit, dès sa deuxième soirée sa mission : transférer d’un continent à l’autre et d’une pierre trois coups, artistes, rythmes et température !
Jour 4 : Famille nombreuse, famille heureuse !
L’orchestre de Ernesto Tito Puentes a déversé, le 18 mai, une salsa afro-cubaine aux couleurs chaudes et ensoleillées.
D’airs chauds, il en a été question ce soir là. La fosse avait été libérée des guéridons et chaises qui tapissent normalement le sol du New Morning. Afin de ne pas gêner le passage des alizés rythmiques qui vont bien sortir des cuivres aux pavillons dorés. Au comptoir, une jeune femme venue découvrir le trompettiste phare de la scène cubaine parisienne lance : «C’est génial, tout le monde a le sourire, les gens ont l’air heureux !» Impossible de rester impassible face à un panorama de musiciens qui compte 21 chemises colorées. Avec une section cuivre qui regroupe quatre trombonistes, quatre trompettistes, cinq saxophonistes, l’équipe de Tito est une famille … nombreuse ! Les organisateurs ont même été contraints de sortir le pianiste du plateau. Une scène XXL à l’image d’une musique brillante.
Une « play-list » tissée comme le scénario d’un reportage touristique de La Havana à Santiago de Cuba, la musique de Tito Puentes est authentique. Grosses lunettes noires, chemise rouge col en V, veste blanche, le maître salsero lève le rideau au refrain de «Llego la banda !» (« Le groupe est arrivé ! ») chanté par l’ensemble de l’orchestre. Une manière amusante d’annoncer le début de la fête. Loin du Cuba intime honoré par les chansons du Buena Vista Social Club, les arrangements d’Ernesto présentent un autre versant de la culture afro-cubaine : celui qui consacre un Cuba tactile, corporel et sensuel.
Malgré un public difficile à chauffer, l’effet explosif et agité du big band réussit à décupler cette sensation. Une mise en place en cascades avec des pétarades de riffs inattendus, les thèmes joués révèlent un véritable travail sur l’accentuation. Celle qui n’est pas toujours perceptible à l’oreille mais qui parle magiquement aux corps. Les voix des percussions et des cuivres se superposent pour mieux s’assembler sans jamais se ressembler. Un art de l’ornementation, une calligraphie que Tito Puentes maîtrise avec des doigts de fée. C’est probablement sur ce point que l’orchestre joue une salsa originale. Sur les fronts, dans le creux des poitrines et des reins, des perles de sueur habillent la peau comme des paillettes scintillantes. Sensuelles et devenues érotiques, les danses de ces corps brillent de mille feux…

C. d'Avout, E. Chabasseur, V. Fertey
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