| Reportage - |
Festival d'Essaouira |
Festival d'Essaouira "Le Woodstock marocain"
De retour d'Essaouira, notre reporter vous fait vivre l'ambiance de la médina transformée en gigantesque scène de concert pour la 10e édition du festival gnaoua d'Essaouira.
En cette fin d’après midi, les grains de sable et de soleil s’emmêlent dans le vent salé d’Essaouira. Des milliers de personnes, ( 450 000 personnes en quatre jours) des Marocains pour la plupart, se retrouvent dans la médina d’Essaouira, sur la plage et autour des différentes scènes dressées dans différents points de la ville. Les premiers concerts ont commencé. Le « Woodstock marocain » est devenu le festival musical le plus important du Royaume. En dix ans, son public s’est démultiplié, il a affiné sa programmation, mettant en avant la richesse et l’ouverture de la musique gnaoua, née du métissage entre les esclaves Noirs d’Afrique sub-saharienne, débarqués dans le port d’Essaouira.
En dix ans aussi, le festival a contribué à faire connaître un pan de la culture marocaine jusque là resté secret. La musique gnaoua est avant tout sacrée : elle permet, lors des lila, les cérémonies de possession de permettre à des malades d’accéder à la guérison par la transe. Une voyante, est là pour invoquer différents djinns, le mââlem les appelle avec son guembri, l’instrument principal de la musique gnaoua : une basse traditionnelle à trois cordes. Les joueurs de crotales, les qarqabus font monter le rythme.
Cependant, la musique jouée sur scène reste une musique profane.
En dix ans, le festival a proposé à son public de nombreuses fusions entre des mââlems gnaouas, des jazzmens, des rockers, ou des musiciens d’Afrique sub-saharienne. Cette édition se veut un condensé des émotions fortes de ces années de choix artistiques audacieux. En témoigne l’envie des trois directeurs artistiques du festival, également musiciens (fait assez rare pour être relevé), le mââlem gnaoua Abdelslam Alikane, l’Algérien Karim Ziad, et le clavier français Loy Ehrlich ; de mettre en place trois créations assorties de résidences avec les musiciens à Essaouira. Celle de Loy Ehrlich, qui rend hommage au passé baba cool d’Essaouira, refait vivre les standards de la musique rock des 70’s, largement influencés par les vibrations africaines dans ce qu’il a appelé le Band of Gnaouas, une référence explicite au Band of Gypsies fondé par Jimi Hendrix aux confins de l’année 69. Entouré de Louis Bertignac, Cyril Atef, Akram Sedkaoui, le Mââlem Saïd Boulhimas et de jeunes gnaouas, il redonne à Essaouira ses couleurs de capitale hippie.

Eglantine Chabasseur
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