| Inrocks 2007 - |
Festival Inrocks, 9/11 2007, l’Aéronef, Lille |
Festival Inrocks, 9/11 2007, l’Aéronef, Lille "Brushing Killers"
Guère de temps mort dans cette première soirée lilloise des Inrocks cuvée 2007, avec en particulier une ouverture et une fermeture explosives, hautement jouissives. De quoi réveiller les morts, d’ailleurs je suis revenue pour témoigner.
Fatiguée, fatiguée. Pourquoi faut-il que les Inrocks fassent leur festival pour clôturer ma semaine d’insomnies ? Je pars perdante à l’Aéronef ce soir – vous allez voir, ils vont me programmer mon Go ! Team en dernière partie, quand mes talons ne seront plus qu’un souvenir. Bingo : mes yeux tombent devant l’affichette détaillant les réjouissances de la soirée. Je suis d’humeur victime. Mais ça ne va pas durer.
New Young Pony Club ouvre la soirée. C’est une honte, d’ailleurs : tout le monde n’est pas arrivé et le groupe mériterait bien plus que ces quelques centaines de tête dodelinant timidement, il mériterait un triomphe. Une chanteuse rose bonbon, une batteuse survitaminée, une claviériste vintage, un guitariste et un bassiste investis, jetant du bruit dans les mélodies accrocheuses, les triturant jusqu’à la mélancolie alors qu’insensiblement, ces talons en voie de disparition commencent à se soulever – et me voilà, à mon propre insu, conquise jusque dans ce squelette qui tout à l’heure encore me semblait si lourd à porter. Je suis venue voir The Go ! Team et maintenant je regrette de ne pas pouvoir acheter le CD de New Young Pony Club, absent du stand merchandising. Les deux groupes on en commun une énergie débordante, des références (oh pas toutes, mais quand même : ça sent New York, ESG, les rrriot et les b-girls), un son volontiers régressif ; mais il y a une gravité supplémentaire chez New Young Pony Club, qui fait que danser plus que le public ne l’a fait ce soir serait pertinent, et en même temps, non.
Puis vient le tour de Yelle. Musicalement, c’est à l’évidence (et bien connu) un mélange de Lio et d’un Daft Punk qui aurait bloqué sur Partenaire Particulier ; visuellement, c’est plutôt Bioman meets Teletubbies – allez, Lille, tu as des avant-bras, mets-les à angle droit. L’ennui, c’est que le public des Inrocks ne danse pas comme les post-adolescents en fluo et baskets à damiers que l’on voit danser sur la tektonik ; il a plutôt trente ou quarante ans, les yeux écarquillés, entre perplexité et consternation, se demande manifestement ce qui lui vaut une telle infantilisation. Cela dit, quand Yelle ne chante pas ses paroles mi niaises mi scabreuses, eh bien on se rend compte que la confrontation, sous les doigts du batteur et du DJ, de Partenaire Particulier et Daft Punk, est assez efficace pour s’envisager en club. Si on aime ça, les clubs. Citation : « Alors, Lille, t’es pas en forme ? Allez, snappe tes doigts ». Hm. Le fluo est roi cette année mais rassurons-nous : il passera au lavage. Bientôt 2008. Bientôt peut-être, l’attention générale se portera vers des phénomènes plus substantiels, il ne suffira plus de mêler légèreté et efficacité pour se faire entendre. Peut-être.
Le public, guère plus en forme que moi apparemment, se défoule beaucoup plus sur la musique de Jack Peñate que sur les tubes de Yelle. Peñate est d’ailleurs en grande forme, parle au public entre les chansons avant de (systématiquement) cracher un truc sous lequel je n’aimerais pas me trouver. Il change de guitare plusieurs fois, suscitant une jalouse audible au sein d’un public comptant beaucoup de musiciens. Des guitares électriques : Peñate n’est pas le songwriter que l’on pourrait attendre. Plein de vie, de conviction(s), de rage parfois mais toujours sautillant, il offre bien plus que ne laissait attendre le fascicule des Inrocks – qui n’évoquait quasiment que l’apparence physique du chanteur (confirmation concernant la chemise de bûcheron). Le son, l’énergie, la voix et jusqu’aux guitares évoquent bien plus Keziah Jones que je ne sais quel troubadour torturé tel qu’il en éclot tous les mois. Le titre qui l’a (très justement) rendu célèbre, Second, Minute Or Hour, encore plus irrésistible sur scène que sur disque, n’infirme pas cette comparaison mais la complique de reggae et de gros bruit et fureur. Tellement forcené, le gars, qu’il en explose littéralement la formule lapidaire de son show (guitare-basse-batterie), sautant partout avec sa guitare comme si elle brûlait. Impressionnant.
Et puis les voilà : The Go ! Team . C’était tout compte fait une bonne idée de les programmer en fin de soirée, ce qui leur permet de déborder généreusement les trois quarts d’heure de set. Pas de pom-pom girls ni de section de cuivres pour The Go ! Team ce soir, mais rien moins que deux batteries (surélevées), deux guitares électriques, basse, clavier, sampleur, mélodica, flûte, harmonica, et quelques autres bidules difficiles à identifier depuis mon troisième rang agité. Les instruments tournent entre les mains des six musiciens, la chanteuse/ rappeuse elle-même s’empare des baguettes quand les deux asiatiques (l’une, très fashion et l’autre, plus dans le style petite fille timide) attaquent les chansons japonisantes du groupe – son versant kung-fu. Le son est monstrueux (les deux batteries n’y sont pas pour rien), aussi propre que sur CD mais avec une énergie décuplée ; sur scène, les jeunes gens semblent élastiques, on finit par ne plus s’étonner de voir les guitaristes brandir leur instrument au-dessus de la tête tandis que leurs pieds ne touchent plus le sol. Quant à la b-girl en chef, elle parvient à ce que les autres groupes n’ont pas su faire ce soir : elle fait danser la salle, elle la fait sauter, chanter, taper dans les mains. De la première à la dernière seconde du concert, je me sens comme possédée au milieu des bras levés et des têtes sautillantes. Bien sûr je ne sais pas à quoi je ressemble de l’extérieur, mais je sens chacun de mes mouvements si évident que j’oublie dans la même foulée fatigue et timidité. J’ai l’impression de danser aussi bien qu’eux, sur scène, si proches et si fascinants. Ils disent GO ! et le public dit ok. Ils disent « Jump ! Jump ! Jump ! Jump ! » et nous nous exécutons avec plaisir, tous à trente centimètres du sol, les cheveux lourds et furieux dans la lumière.

Fanny Chiarello
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