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Festival Les Inrocks |
Festival Les Inrocks "Cigale et Olympia au tempo des Inrocks"
Le festival des Inrocks s‘est bouclé la semaine dernière. Retour sur cette brillante 18è édition à travers les cinq principales dates parisiennes, auxquelles musiQualité a eu la chance d'assister, entre le 3 et le 7 novembre.
Par Nicolas Maquestiaux, Stéphane Le Page et Julien Cottineau
Dionysos, Alexis HK et Joseph d'Anvers, le jeudi 3 à la Cigale
Il n'est jamais facile d'ouvrir un festival. Parrainée par le FAIR, cette première soirée jetait le premier dans l'arène Joseph d'Anvers. Le jeune artiste, dont le premier album est prévu début 2006 opte pour une entrée en matière rock et fracassante. Déroutant mais réussi. D'autant que derrière, et bien plus orientée chanson, sa musique trouve parfaitement sa voie. Sur de jolis textes peuplés de tristes histoires d'amour, Joseph d'Anvers et son groupe affichent une excellente maîtrise de la scène et font presque chavirer l'assistance à coup de refrains entêtants et chantants. Tout neuf peut-être, mais sacrément rodé sur scène.
Après cette ouverture quasi parfaite, Alexis HK se montre plus nonchalant et décontracté. A l'aise, tranquille, il déroule, mais ça manque d'un petit quelque chose. Un léger vide que comble sans encombre les fameux Dionysos. On les savait bêtes de scène, ils n'ont pas changé. Infatigables, véritables piles électriques (mais à quoi tournent-ils?), le quintet reprend tous ses hymnes, auxquels se joignent sans accroc les derniers morceaux. Et plus ça va, plus ça monte. Et plus la Cigale transpire, plus Dionysos en rajoute. Jusqu'à ce rappel démentiel sur un interminable et déjanté « Song for a Jedi » achevé avec un Mathias (chant) porté par la foule et escaladant le balcon de la Cigale . Comme si ça ne se suffisait pas, Mathias revient même chanter seul, a capela et sans micro « Tokyo Montana », repris par une salle conquise et en feu. Le festival est sur de bonnes rails.
Cat Power, The Rakes, Test Icicles et The Organ le vendredi à la Cigale
On assiste presque à une seconde ouverture. Exit la scène française, ce soir la foule se tourne vers des artistes anglo-saxons. En apéro de luxe, The Organ lance les hostilités. Les cinq Canadiennes introverties jouent juste et fort, et les titres de « Grab That Gun » s'enchaînent parfaitement. Peut-être même trop. On regrette que la musique, sous influence directe des Smiths, ne fasse seule le travail. Car The Organ laisse uniquement leurs chansons créer l'émotion. On aimerait tant qu'elles se transcendent un peu plus. A l'inverse des Test Icicles. Les trois Britanniques jouent dans tous les sens, comme dans leur garage. Intéressant sur disque peut-être, mais inutilement bruyant et stérile en live.
On leur préfère très nettement leurs compatriotes de The Rakes. Lesquels ont su partager brillamment leur pop-rock musclée avec le public. Privés de son à deux reprises en pleine action, les quatre Anglais ne se démoralisent pas mais écourtent probablement leur setlist à notre grand désarroi. Ils prouvent néanmoins qu'ils n'ont plus besoin de jouer les « support bands » tant ils maîtrisent la scène et leur sujet. Pas vraiment comme Catpower (photo ci-dessus). Seule sur scène, la charismatique Chan Marshall a l'air complètement déboussolée entre son piano et sa guitare. La grande dame à la voix majestueuse ne cesse de s'excuser et se reprend de temps à autre. On ne sait même plus si elle est heureuse d'être ici. Reste sa musique, sublime, son timbre, si particulier, son songwriting, tellement fabuleux. Le cul entre deux chaises, on ne sait parfois plus comment prendre les choses entre son malaise sur scène et l'atmosphère renversante de sa prestation. Magnifique, troublée, drôle de fin de soirée.
Stupeflip, The Go! Team, Sufjan Stevens, Martha Wainwright et Spleen le samedi à la Cigale
Pour la troisième journée, le festival a soigneusement orchestré un bouquet de cinq groupes aux styles distincts. Le combo parisien Spleen et sa musique hybride entre rap, trip hop et soul, lance la soirée. Dans un costume de ballerine, le chanteur nous propose un concert original de par son style musical mais également par sa présence sur scène et celle de ses musiciens, sorte de troupe théâtrale. En deuxième partie, Martha Wainwright sœur de Rufus Wainwright, originaire de Montreal, par son folk gai, convivial, alimenté d’une voix claire et extrêmement porteuse, emmène très largement le public dans son univers joyeux et sincère. Puis arrive la révélation de la soirée. Sufjan Stevens (photo ci-dessus), leader américain d’une formation acoustique de la plus haute volée. Son dernier album « Come On Feel The Illinoise » vous séduit dès la première écoute ; son concert…vous laisse bouche bée dès la première note. Entre violons, violoncelles, piano et autres trompettes s’illuminent la voix et la guitare de cet extraordinaire songwritter et véritable chef d’orchestre. La douceur, l’émotion voir les larmes sont là…Hypnotique !
Venu d’Angleterre, The Go! Team vient rompre la précédente vague de calme avec un son énergique, débordant de jeunesse et de vie ! Une petite chanteuse au style pom-pom girl et au chant plutôt rap, ainsi que deux batteries sur certains titres font partie des atouts du groupe. Un véritable cocktail de pop, de rock, de disco et de musique expérimentale.
Enfin, Stupeflip ( made in France ) avec son show furieux et chaotique, balance son coup de hache déjanté sur cet édifice plein de couleurs, de magie et de fraîcheur. Des personnages psychotiques, vêtus de costumes dignes d’un film d’horreur, une vidéo tout aussi déstabilisante et un jeux de chant fracassant entre les deux chanteurs principaux finiront d’achever le public. On regrette tout de même de ne pas avoir pu assister à un « vrai » live, c’est-à-dire avec plus d’instruments qu'une guitare, une basse et des samples.
Nicolas Maquestiaux
Kaiser Chiefs, Maxïmo Park, The Futureheads, Hard-Fi, et The Subways le dimanche à la Cigale
Boum ! Boum ! Boum ! Imaginez ces saccades de batterie, des guitares crépitantes et des basses rugueuses. Avec ceci, collez des paroles un peu gnan-gnan, des « na na na », des « ouah ! oh-oh ! » et des chants collectifs. Et vous avez l’ambiance de cette soirée à la Cigale. Durant cinq heures, les cinq groupes à l’affiche ont joué ainsi, plus ou moins nerveusement. Au bout du compte, vous ne ressortez pas plus intelligent et surtout un peu plus sourd. Mais vous avez la pêche et la satisfaction d’avoir assisté à un grand spectacle. Un de ceux qui vous réconcilie avec les concerts, devenus tellement convenus ces derniers temps. Le public regardait la scène comme il regardait la télé. Et le groupe tentait rarement l’improvisation de peur d’abîmer le mythe fraîchement établi grâce à un CD bien léché et une promo irréprochable.
Ce 6 novembre, The Subways (photo ci-dessus), Hard-Fi, The Futureheads, Maxïmo Park et Kaiser Chiefs ont communié avec leur public. Les chanteurs du premier et du dernier groupe ont multiplié les stage diving, les bains de foule et l’escalade des balcons de la Cigale. Le diablotin Billy Lunn (The Subways) n’a pas eu assez de sa seule prestation. Il s’est glissé dans la fosse de Kaiser Chiefs, pogotant, exécutant plongeons et partageant un court instant le micro avec le joufflu Ricky Wilson.
Ces deux groupes ont tenu le haut de l’affiche. Le trio de The Subways a d’entrée de jeu placé la barre très haute, pas simplement en décibels. En trente minutes d’un concert virulent, ils ont conquis le public. Leur « Rock and Roll Queen », tube naissant, résonna comme un hymne d’une jeunesse rebelle. En fin de programmation, le quintet de Kaiser Chiefs enflamma le public grâce au showman Ricky Wilson. Le « na na na na naa » abêtissant a déclenché une vague de folie dans la foule. Entre, les autres groupes n’ont pas démérité. Hard-Fi a joué sur un registre plus classique, avec des relents de ska et de Clash. Le séduisant Richard Archer, son leader, sait amener les fans à lui. Il a déjà le charisme d’un Chris Martin (Coldplay) ou d’un Dan Black (The Servant). The Futureheads a pris le relais sur un rythme plus rapide, puissant, limite punk. Au fil des morceaux, le quatuor a joué plus dans la mélodie. Ils ont surpris par des passages a capella, tendance Pow Wow ( ! ?). Derrière, Maxïmo Park est apparu bien sage avec ses influences Blur et The Smiths. Avec son look (veston, t-shirt rayé marine et mèche impeccable) et un livre à la main, son leader Paul Smith apparaît à la fois poète et prédicateur. La bonne parole a été efficacement diffusée.
Stéphane Le Page
Antony & The Johnsons, Devendra Banhart & Fairy Hairy, Editors et Arctic Monkeys le lundi à l'Olympia
Une petite claque! Passés les Arctic Monkeys (que nous n'avons malheureusement pas pu voir, ndlr), les Editors impressionnent. Ils ont eu beau tout piquer (ou presque) à Joy Division, ils le font bien et même très bien. Son énorme et extrêmement clair, le quartet de Birmingham est l'un des rares jeunes groupes actuels de rock britannique a ne pas s'exciter dans tous les sens sur scènes. Au contraire, ils restent chacun dans leur rôle et leur espace, interprètent et vivent leurs morceaux sans fioriture mais parfaitement. Brillant, limite exceptionnel.
Le staff technique baisse les amplis juste derrière pour laisser place à Devendra Banhart (photo ci-dessus) et ses Hairy Fairy. La joyeuse troupe se plait sur scène et déverse son folk en toute quiétude, la foule se laissant emporter en douceur pour chavirer tranquillement. Véritable showman sympathique, Devendra Banhart laisse même la scène à une jeune chanteuse et guitariste du public, le temps d'une chanson, avant de reprendre les rênes et d'achever une prestation nickel, belle et enlevée. C'est donc le sourire aux lèvres et de très bonne humeur qu'on accueille alors l'énigmatique Antony & The Johnsons. Et dès le « My Lady Story » en intro, on plonge à travers cette voix si étrange et toujours à la limite de la rupture. L'atmosphère s'emplit d'une majestueuse chaleur et l'Olympia semble déjà emporté. Pourtant, si le fabuleux « I 'm a Bird Now », dernier disque en date, coule sans faiblir, le show se montre un peu plus erratique. Installé au piano, le maître de cérémonie est bavard et rigolard. Ce qui, loin d'être déplaisant, hache quelque peu la magie du concert. Et entre deux improvisations avec la foule sur un nouveau morceau en pleine genèse, « Trust Your Mother », l'impressionnant Antony laisse quand même ses Johnsons un peu sur le carreau. Pour finalement repartir de plus belle avec eux, notamment lors de la grandiose interprétation du somptueux « Hope There's Someone ». Avant quelques ultimes titres et la fin inéluctable. Antony & The Johnsons ont suffisamment fait vibrer l'assistance. Et le rideau tombe sur cette 18è édition des Inrocks. Laquelle nous laisse rincés mais heureux.
Photos Loïc Duquénois - droits exclusifs.

La Rédaction
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Galerie photo sur le site des Inrocks
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