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Florent Marchet "On ne peut pas faire tout, n'importe où..."

Florent Marchet fait partie de la nouvelle vague de la chanson française. Avec Cali, Bénabar, et bien d’autres ; il illustre parfaitement l’archétype du chanteur à la mode du vingt et unième siècle. Son album : « Gargilesse » est un hommage à sa région natale, mais également un concentré d’histoires dont seul Florent connaît le secret. Nous l’avons rencontré dans un bar d’Amiens. Un moment qui n’était pas seulement inoubliable…

propos recueillis par Simon Lamellière

Florent Marchet :

« C'est plutôt un fardeau le fait d’avoir reçu et écouté beaucoup de musique. On a toujours l’impression de faire des pâles copies de ce qu’on a entendu... »


Photo © Claude Gassian

Racontes-nous d’abord ton parcours musical en 2 minutes chrono.
C’est très simple j’ai commencé la musique à l’âge de 5 ans, par le piano. J’ai poursuivi des études de classique (Piano surtout) jusqu’à 17 ans où j’ai vraiment rêvé devenir concertiste. Et puis finalement ça ne s’est pas fait, j’avais des professeurs un peu trop Vieille-France à mon goût. Par la suite j’ai été attiré par le Jazz et puis j’ai fait beaucoup de piano-bar vers 18 ans. Je ne me suis penché que tardivement vers la musique pop / rock et folk, et puis également les musiques du monde. En réalité, j’ai toujours eu le désir de vivre simplement de la musique, et pas seulement en tant que chanteur. Je trouvait ça merveilleux de faire un métier qui soit une passion, à la fois où l’on puisse jouer en studio ou devant des gens, écrire des chansons, et d’en vivre. Et c’est tellement merveilleux qu’après, peu importe le poste finalement. Donc c’est un peu pour ça que j’étais comme tous ces musiciens tziganes qui étaient itinérants et qui s’adaptaient en fonction du travail qu’on leur demandait dans chaque pays, et, qui évoluaient en fonction de la musique ou des gens qui rencontraient. Moi j’ai fait de la musique irlandaise, yiddish, tzigane, je suis passé par pleins de style pour pouvoir vivre de la musique. Ce qui fait que j’ai joué de la guitare, de la basse, de l’accordéon, de la mandoline, tout en conservant le piano qui était mon instrument de recueillement. Ensuite, j’ai commencé à écrire des chansons dans mon coin, et puis tout à coup j’ai eu un projet qui était peut-être un peu plus mature parce que j’ai eu beaucoup de mal à me détacher des influences que j’avais eu ; c’est pas forcément un cadeau, c’est plutôt un fardeau le fait d’avoir reçu et écouté beaucoup de musique. On a toujours l’impression de faire des pâles copies de ce qu’on a entendu, et finalement on a du mal à s’y retrouver et à trouver une vraie cohérence et une vraie singularité à travers ses créations. Mais il y a quelques années (env. 2/3 ans) j’ai commencé à sentir que j’avais un projet qui était assez mur pour intéresser des personnes, j’ai donc fait les démarches nécessaires.

Quels sont tes goûts musicaux, tes influences et tes références ?
Alors ça c’est un petit peu comme la cuisine, on chante en fonction des saisons, du temps, des gens qu’on rencontre, des pays ou des lieux que l’on peut visiter. Je retourne à mes anciens amours de temps en temps, des choses comme le classique, la musique du 19ème siècle, des gens comme Ravel, et puis en Jazz aussi. Ou toute la musique folle des années 70, tous des gens qui m’ont donné envie de jouer de la guitare en définitive. C’est à la fois large et pas trop au final, parce que je me dis : tiens j’aimerais bien m’ouvrir davantage à la musique du monde, mais ça viendra petit à petit. On est tellement dans une société où on nous force à consommer, on est dans une surconsommation de musique et de culture ; je m’aperçoit que j’ai une manière d’écouter de la musique qui est complètement différente par rapport à avant. Aujourd’hui, d’une part on me passe beaucoup plus de disques via les maisons de disques, on me les offres : c’est nouveau ! (sourire) Et puis j’ai un peu plus d’argent qu’avant donc je m’achète beaucoup de disques, tout l’argent que je gagne je le met dans les disques. Et je me suis aperçu que ce n’est pas pour ça que j’ai plus de coups de cœurs qu’avant. Auparavant j’achetais deux disques que je ciblais bien, j’attendais vraiment de savoir s’ils allaient me plaire ; et puis c’était un disque de chevet pendant deux mois. Désormais c’est très rare, ce qui est plutôt dommage.


Florent Marchet :

« Je ne voyais à travers le clavier d'un piano que des combinaisons mathématiques. La musique était de moins en moins intuitive... »


Photo © Charles Fréger

Avec quel instrument as-tu le plus d’affinités ?
J’ai adoré le piano, mais au bout d’un moment comme j’ai appris à jouer d’autres instruments, notamment au conservatoire, je ne voyais à travers le clavier que des combinaisons mathématiques, et la musique était de moins en moins intuitive ; donc j’étais un peu bloqué par ça. Désormais, j’ai plus d’affinités avec la guitare que je maîtrise moins, parce que je bricole, je ne sais pas forcément ce que je joue, quels sont les accords, etc.

Et quels sont les genres littéraires ou livres que tu lis actuellement ?
Actuellement je suis en train de me plonger dans les romans d’Olivier Adam et d’Arnaud Catherine (Ecrivains français), parce que j’ai des projets avec eux et c’est des écrivains que j’aime beaucoup. Sinon je suis pas mal attiré par la littérature américaine.

A quelle personne fais-tu référence dans la chansons Levallois-Perret ?
J’en sais rien, ça m’appartient. C’est un mélange de plein de choses, de l’actualité : lectures dans les journaux, de gens que j’ai connu, de copains que je peux recroiser… Et ça va me faire penser à un personnage, une action, une idée, et à travers cela je vais pouvoir former un décor qui me permet d’écrire la chanson.


Florent Marchet :

« L'écriture n’est pas quelque chose de tous les jours pour moi. J’ai même envie de dire que ce n’est pas une discipline. Je ne peux pas écrire sur commande. J’ai besoin d’être poussé par des personnages, une histoire... »


Photo © Charles Fréger

Oui alors justement, qu’est-ce qui te pousse écrire un texte ?
En fait, l’écriture ce n’est pas quelque chose de tous les jours pour moi. J’ai même envie de dire que ce n’est pas une discipline. Je ne peux pas écrire sur commande, me mettre sur mon bureau et imaginer un texte... J’ai besoin d’être poussé par des personnages, une histoire, et me sentir complètement habité par ça. Et quand le thème n’est pas assez suffisant pour moi, je n’écris pas la chanson. J’ai toujours pleins de thèmes, mais je n’ai pas forcément le décors en tête. Quand j’ai un thème qui me tient vraiment à cœur, c’est là où c’est intéressant et pendant une ou deux semaine je ne pense qu’à ça.

Autrement, le thème de ton album c’est un peu la campagne non ?
Ecoutes, je retourne régulièrement au village ; j’ai vraiment besoin du contact avec la nature, avec les arbres, l’eau, en fait : les éléments en général. Et puis je suis très attaché au silence. A Paris par exemple, il y a une chose qui m’angoisse et m’oppresse : le manque d’espace. J’ai réellement besoin d’espace, de place, et ce tout le temps. C’est un peu la différence entre un caniche et puis je sais pas, un berger allemand par exemple. Quoique, ça va trop me faire penser au patron du bar… (rires) alors un labrador peut-être ?

J’ai vu que les photos étaient principalement faites dans un décors très naturel (Campagne, champs, grandes maisons, etc.) - Est-ce une revendication ?
Non pas vraiment, en réalité, tous les matins on se prenait en photo (car on avait un appareil). A force on a obtenu quelques photos « exploitables » et on les a mis sur le livret. Autrement, c’est vrai que je ne peux pas me faire photographier n’importe où. Il faut que la situation « spatiale » me procure du plaisir, que j’y sois heureux. C’est comme je ne peux pas enregistrer n’importe où. Il y a beaucoup de choses qu’on ne peut pas faire n’importe où, même boire un verre (rires).


Florent Marchet :

« C’est comme quand tu croises un clochard dans la rue, les gens pourraient bien lui dire : « t’avais qu’à bien travailler à l’école ». C’est pas du cynisme, c’est simplement qu’il y a certainement beaucoup de passants qui le pensent. »


Photo © Charles Fréger

Tu n’as pensé qu’à toi ? Un peu égoïste non…
J’ai le sentiment de ne pas avoir été assez clair sur cette chanson. Parfois on est tellement avec son idée, sans vouloir forcément la partager. Quand j’écris ou je compose, je suis plutôt égoïste. Je pense à moi, et non aux autres (Public, etc.). Après bien évidemment, j’aime bien les partager. Quand tu lis un livre dans ton coin, tu aimes en parler après avec tes amis... En fait c’est simplement que je me rend compte des situations de précarité que l’on peut rencontrer aujourd’hui : un Rmiste, etc.. Personnage noir d’une société libérale qui en plus de foutre les gens dans la merde [La société libérale], en fait également des bêtes à consommer. C’est assez pervers parce que l’on culpabilise les gens au chômage. J’ai essayé de dépeindre un personnage qui avait une vie assez « pourrie ». Un peu triste. C’est comme quand tu croises un clochard dans la rue, les gens pourraient bien lui dire : « t’avais qu’à bien travailler à l’école ». C’est pas du cynisme, c’est simplement qu’il y a certainement beaucoup de passants qui le pensent. Malheureusement il y a des gens qui culpabilisent à cause de ces situations, alors que ce n’est pas forcément de leur faute…

« Mes nouveaux amis n’ont pas d’amis ». Paradoxal, non ?
En fait c’était sur tous les corps de métiers. Je me suis fortement inspiré du milieu du showbiz. Dans mes nombreux métiers, j’ai également fait musicien de play-back. Très beau métier où on passe dans une émission de télévision et on fait semblant de jouer. Ca me permettait de gagner de l’argent. C’est incroyable car tu es musicien et tu gagnes de l’argent en faisait semblant de jouer… D’un autre côté ça n’a pas été mal car j’ai appris beaucoup de choses. Donc pour en revenir à la question, la chanson est un peu portée sur le monde des entreprises : les fausses amitiés, les fausses relations humaines qui se créent. Quand je suis arrivé au milieu de tout ça, j’étais quelqu’un d’extrêmement naïf. J’ai toujours eu l’impression qu’il y avait un échange possible avec tout le monde, et qu’il n’y avait pas d’arrières pensées. Du coup, je me suis pris pas mal de claques dans la gueule. Tu sais bien… les amis d’un soir… Quand ils ont l’impression qu’on peut leur apporter quelque chose, tu es leur ami. Il y a pleins de milieux où si on n’a rien à donner, on n’existe pas.

Florent Marchet, un CD : "Gargilesse" sorti chez Barclay / Universal.

SUITE DE L'INTERVIEW AU PROCHAIN NUMéRO !


Propos recueillis par Simon Lamellière
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