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Francofolies 2007 |
Francofolies 2007 "Chanson française, rock et bootleg"
Le plus important festival de l’ouest vient de souffler ses vingt-trois bougies. L’édition 2007 a battu des records de fréquentation. Il faut dire que l’affiche avait de quoi faire saliver les fans : Renaud, Olivia Ruiz, Ridan, Miossec, Yannick Noah, Tryo, Katerine, Sanseverino, Jamait…
Cette année, l’équipe du festival a mis les bouchées doubles avec une affiche relevée qui mêlait rock, rap, slam, chanson et électro. En piochant avec discernement parmi les meilleurs groupes francophones, en prenant soin de convier quelques têtes d’affiche (Yannick Noah, Renaud, Zazie) et un come-back prestigieux (Yves Simon n’était pas monté sur scène depuis 25 ans) Gérard Pont et son équipe de passionnés ont réussi un joli coup.
Les Francos en chiffres, ce sont cent trente six artistes ou groupes sur six jours et six nuits dont trente-deux issus du chantier des Francos et un nombre croissant de professionnels du spectacle vivant et du disque. Sans parler du public : près de 80 000 spectateurs sur les lieux ouverts et plus de 70 000 spectateurs payants. MusiQualité était sur place, en particulier sur l'Esplanade Saint-Jean d'Acre, où les concerts se sont enchaînés.
Mercredi 11 juillet
La soirée Abd Al Malik , Miossec et Renaud fut l'une des plus chaudes émotionnellement malgré un public moins dense, avec 5 000 spectateurs, contre 10 000 les soirs suivants. Le contact entre Abd Al Malik, l’étoile montante du slam, et le public rochelais s’est établi immédiatement : ses paroles sont simples, profondes et chargées d'images. Ce soir, l’ex-NAP nous donne l’exemple d’un beau métissage où la rondeur des mots côtoie la finesse du piano.
Puis c’est au tour de Miossec de grimper sur scène. Avec l’âge et les nuits d’ivresse, il a pris de la bouteille et un peu de plomb dans la cervelle. On distingue même ses tempes grisonnantes. Le Brestois exilé à Bruxelles s’est un peu assagi mais il a toujours du mal à trouver ses mots entre les titres. Voix soufflée, son plus mûr, compositions plus abouties, l’ensemble sonne très rock. Ses nouvelles chansons sont jouées brut de décoffrage, à coup de guitares acoustiques, banjo, piano bastringue et tambourin. On le disait physiquement très « en forme » ( à jeun !) sur scène ces temps-ci. On confirme.
23h. Renaud grimpe sur le plateau et prouve une nouvelle fois qu’il est un homme de scène. Il revisite son répertoire qui va du rock à la country en passant par la chanson. Il blague longuement pour présenter ses titres préférés (Manu, Lola, M’asseoir sur un banc, Chanson pour Pierrot) mais devient plus sombre lorsqu’il évoque la captivité d’Ingrid Betancourt. Avec des sanglots dans la voix, il rendra également un hommage poignant à un copain musicien décédé l’après-midi même. Puis le poète reprend du poil de la bête en se moquant de Thatcher, du FBI ou la CIA. Show must go on. Du coup, sa version sèche et âpre (arrangements raclés à l'os !) d'Hexagone prend des allures hautement symboliques.
12 juillet
Depuis notre arrivée ici, des bruits courent sur Skye : la jeune femme pourrait être “le” prochain phénomène. On va donc aller juger sur pièces au Cosy (c’est le club du Casino Barrière). Sur disque, il suffit de peu pour qu’un artiste vous envoûte. Mais sur scène, c’est une autre histoire. Il est 21h précise et là, on en prend plein les yeux et les oreilles. Comment cette fille arrive-t-elle à ne faire plus qu’un avec son instrument ? Diablement émouvant. Skye (compositions folk blues entre Autour de Lucie et Keren Ann ) se contente de sa seule guitare et de sa voix d’ange pour vous emmener en voyage. Et cette formule minimale lui va comme un gant. Alors Skye « the next big thing » ? En tout cas, on est bluffés.
Retour à Saint-Jean d’Acre. Ce soir, une excellente affiche rock placée sous le double signe de la qualité et de la diversité avec le pop rock mélodique des Kaolin, les tubes entêtants des Superbus . Puis c’est au tour d’Arno . Un physique, une gueule et une classe. Arno c’est aussi cette voix rocailleuse qui vous file la chair de poule. Ce soir l’ex-TC Matic nous charme avec son blues urbain crade et ses balades précieuses. Ovation du public. Olivia Ruiz investit la scène. Après un bonne année passée sur la route pour promouvoir La Femme Chocolat, Olivia Ruiz est toujours autant pétillante et craquante dans sa mini jupe satinée gris métal. Avant d’attaquer I need a child, elle lance au public que bientôt son « petit ventre rond pourrait pousser autrement ». Si ça, c’est pas un scoop…
13 juillet
Quand Tété ouvre le bal à 20h tapante, le public est chaud, très chaud même. Durant tout le set, il tirera un sourire amusé de petites réflexions personnelles sur la vie, terminant toujours par une boutade ou une petite attention envers le public. Doué vocalement, son mélange de folk, jazz, soul et blues (on pense à Woodie Guthri, Ben Harper ou Keziah Jones) sonne aussi sensuel que tonique. Quand Katerine arrive, l’hystérie s’empare de la fosse, des gradins et des remparts. Tout le monde craque pour sa pop électro élégante et truffée de textes savoureux, scandés plus que chantés. Avec ces histoires de cocktail mondain, ce chant un brin maniéré, le dandy vendéen a toujours ce sens de l’humour très provoc.
« C’est qui maintenant sur la grande scène ? Zazie ! » me répondent en choeur deux préados visiblement très impatientes de voir leur idole. Mais nous filons voir Joey Starr à La Motte Rouge. D’ailleurs une question se pose : pourquoi l’avoir programmé géographiquement si loin du centre ville et de qui plus est sur une petite scène ? A notre arrivée, stupéfaction : seulement 400 personnes ont pu entrer (ils sont autant dehors !). Pas grave. Ce soir, l’ex-NTM monte au créneau et « mouille la chemise ». Avec des textes conçus comme de vrais petits scénarios, voilà son élixir de hip-hop, ragga et dancehall enivre par la souplesse de ses acrobaties verbales. Prestation haut de gamme et un maximum d’énergie.
01h. On retourne dare-dare sur l’Esplanade pour assister au show d’un bootlegger hors pair pour un show infernal à couper le souffle. DJ Zebra fait un truc incroyable. Il prend la ligne mélodique d’un tube pour la mixer avec les bandes-son d’un autre tube. Voilà un mix hybride et improbable où le ça c’est vraiment toi de Téléphone, télescope joyeusement le Satisfaction des Rolling Stones… Il faut le voir transformer cet espace (habituellement un parking !) en un immense dance floor. Sur fond de grosse basse house, big beat rock et dance music, on lui reconnaît une évidente facilité à faire tourner la tête des milliers de présents. Superbe !
14 juillet
On rate Florent Marchet et Bratsch (Grand Théâtre) car nous assistons au concert de Prohom et Nosfell qui chantent au même moment à la Motte Rouge. Nous serons de retour à temps sur l’Esplanade pour assister au triomphe de Renan Luce. Découvert ici l’an dernier à la Salle Bleue, il affronte ce soir un parterre qui se remplit peu à peu. Jeune pousse de la chanson, il possède une plume rare et originale. On savoure avec jubilation ses textes acerbes, ses tranches de vie qu’il nous envoie en pleine face avec sa voix douce et détachée. Ses chansons néo-folk (on pense à Souchon, Brassens) touchent le public. Enorme ovation.
Arrive ensuite arrive Jamait. Et pour le Dijonnais, ce soir, c’est la consécration. Depuis deux ans, on l’a vu grimper une à une les marches des petites salles parisiennes. Il se produit ce soir devant un auditoire énorme (10 000 personnes). Comme tant d’autres, Jamait s’est engouffré dans la chanson néo-réaliste tendance swing et java. Mais ce qui fait la différence, ce sont ses textes qui croquent avec précision et férocité notre quotidien, avec une pointe de gouaille qui fait craquer tout le monde.
Sanseverino lui succède sur scène. Stéphane Sanseverino est un "gadjé" (un « étranger » dans le langage des gens du voyage) mais sa musique sonne comme celle d'un vrai gitan. Il a le swing manouche dans la peau, avec son humour des faubourgs et sa gouaille. Un triomphe. Il est 23h30. Plus tôt dans l'après-midi, Laurent Voulzy expliquait combien il prenait plaisir à jouer avec sa nouvelle formation acoustique (guitare, basse, batterie). Et ça fonctionne plutôt bien. Des reprises comme La madrague à Smooth Operator en passant par Everybody's got to learn sometime jusqu’à à ses propres tubes (Rock collection, Coeur Grenadine, My Song Of You, Belle-île en Mer), toutes ces mélodies ensoleillées sont du nectar véritable. Une voix chaude et fondante et des chansons qui nous font du bien au coeur et corps. L’alchimie idéale face à la mer et aux deux tours de La Rochelle. Le public en redemande.
15 juillet
Le point d'orgue de la semaine, c’est le « package deal » Riké , Ridan et Yannick Noah. Dommage que le temps ne soit pas de la partie. Les artistes jouent sous des trombes d’eau. Riké…ça ne vous dit rien ? Rappelez-vous, cette reprise de Brassens, La mauvaise réputation en version reggae ska, c’était lui avec son groupe Sinsémilia. Ce soir, il se produit en solo avec un répertoire lumineux et très personnel qui navigue entre chanson rock, pop, folk. Le public continue d’affluer pendant le set.
Et voilà Ridan. Sur une scène inondée, il chante l’injustice, les enfants qui grandissent en banlieue, les flics, les rêves brisés, la liberté avec juste une guitare, un piano et quelques traits de violoncelle. Des histoires sensibles et féroces qui font parfois grincer des dents. Des atmosphères reggae, pop, blues ou folk tzigane où les mots font mouche. Les Rochelais sont émus et le prouvent par un tonner d’applaudissements. Lui et ses musiciens finiront le concert à genoux trempés jusqu’aux os.
23h. Yannick Noah arrive avec son cocktail ensoleillé de rythmiques brésiliennes, de pulses reggae et de chœurs africains. Il tombe à pic pour conjurer cette météo capricieuse et nous réchauffer un peu. La soirée s’achève dans une ambiance humide mais festive.
16 juillet
Pour la dernière soirée, deux groupes hauts en couleur tiennent la scène. Java d’abord, qui mélange l'esprit musette franchouillard à l'énergie verbale du rap. Les bougres sont sympathiques : costumes des années 30, calembours au bout de chaque rimes et un air de ne pas se prendre au sérieux. Le phrasé d’Rwan, leur chanteur, rebondit sur des arrangements jazzy, reggae et coule sur des beat fluides. Rwan démarre lentement le temps de poser ses mots, puis le débit s’emballe à toute vitesse entre allitérations et rimes riches. Excellente prestation. Pour conclure la soirée (et le festival !), les petits chouchous : Tryo .
Ce soir, ils fêtent leurs retrouvailles après l’escapade solo de Christophe Mali et Guizmo (Pause). Leur reggae acoustique a conquis des milliers d’aficionados. Un son identifiable (voix, guitare et percussions), des harmonies vocales ciselées, des textes qui se retiennent facilement, voilà tout le secret des Tryo. Avec en toile de fond un message de paix unificateur et de bonnes tranches de rigolades entre copains. La soirée de clôture s’achève dans une belle fiesta.
Côté prix, le coup de cœur du Club Entreprises fut attribué à Florian Mana pour ses petites comptines bien ficelées.
Les Francofolies 2007 avaient la couleur d'une grande fête chaleureuse et métissée qui nous a vite fait oublier le vent et la pluie du dimanche soir. Emu sur la grande scène, Gérard Pont, le découvreur de jeunes talents, nous l'a bien confirmé : rendez-vous est pris pour l'année prochaine, toujours du 11 au 16 juillet.
Crédits photos : Franck Moreau, Jacques
Ricoux et Edouard Bourdin pour hiersoir.com

Daniel Bellaïche
En savoir plus :
Le site des Francos
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