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Gérard Blanchard "Je suis un dissident de l'accordéon"

Les Têtes Raides ou Java lui doivent quelque chose. Gérard Blanchard est le premier à avoir trempé sa chanson dans la sauce reggae ska, et à avoir fait de l’accordéon un instrument rock. Connu dès les années 1980 pour ses titres Rock-Amour ou Branle poumon, il revient avec un lot de morceaux inspirés, sombres et drôles. Ils les interprètera seul, avec son accordéon, le 27 novembre prochain à l’Européen lors d’un spectacle digne d’un one man show.

propos recueillis par Aena Léo | le 07/11/2006

Gérard Blanchard :

« A mes débuts, l`accordéon était un instrument de voyou. »


Photo © DR

Tu es le premier à avoir mêlé d’autres genres à la chanson, et à avoir utilisé l'accordéon sous un jour plus rock. Après toi, énormément de groupes français de la scène festive ont repris cet instrument. Estimes-tu qu’il y a une filiation entre toi et eux ?
Gérard Blanchard :
C’est ce qu’on dit, mais je ne suis pas le seul à l’avoir fait. D’autres ont vite suivi. A la fin des années 1970, quand je m’y suis mis, il n'y avait pas de mouvance autour de l'accordéon. Elle est née plus tard, quand la scène alternative l’a utilisé à son tour. Du coup, j’étais un peu seul. Les musiciens rock disaient que je faisais de la variet, ceux de la variet disaient que je faisais du rock. Finalement, j’emmerdais tous le monde. Maintenant, on dit que je suis le premier à avoir joué de la chanson tendance rock, ska, ou reggaeisante. A l'époque, ce n’était pas si évident ! Ensuite, il y a eu les Negresses Vertes avec leur musique à la sauce flamenco. Jacques Higelin, également, a utilisé l'accordéon de cette façon sur certains de ces albums. Aujourd'hui, il y a les Têtes Raides bien sûr, mais j'apprécie surtout ce que fait Java.

Est ce que certains de ces groupes viennent te voir pour discuter technique ?
Au début, dans les années 1980, très peu. Sûrement parce qu’on ne pouvait pas me cataloguer dans le rock. Je suis auteur, compositeur, interprète, plutôt tendance chanson, et surtout, je ne suis pas rive gauche. J'en ai ni le profil, ni l'itinéraire. De plus, à l'époque, le rock, le punk la chanson étaient vraiment des mondes à part. Séparés. Moi, j'étais quelque part entre tout ça. Résultat : on me prenait plutôt pour un comique. Plus tard, il y a eu une prise de conscience, pas mal de musiciens on compris ce que je faisais, ce mélange inédit, et des auteurs compositeurs ont commencé à venir me voir.

Penses-tu qu'en France, les arts sont trop compartimentés ?
C'est vrai. La littérature, la peinture sont très compartimentées. Il y a peu de ponts. Mais dans la musique, c'est encore pire ! Entre le jazz et le rock, on ne se fréquente pas. C’est dommage. Après tout, on fait tous de la musique. Il y a un certain mépris entre les styles, alors que il n'y a pas de style plus valable que les autres. Tous ça n'est qu'une question de goût. Mais la différence entre la chanson et les autres arts, la différence est qu'on peut écrire un morceau qui sonne sans être un grand intellectuel. C'est un art plus populaire. Même si Brel ou Ferré, à leur manière, en étaient.
Je ne sais pas si ce mépris entre genres est spécifiquement français, ou si c'est la même chose est à l'étranger. Ce qui est sûr, ce que la France n'est pas un peuple de musiciens, contrairement à l'Angleterre ou aux Etats-Unis.


Gérard Blanchard :

« Les meilleurs artistes sont toujours des personnes sombres. »


Photo © DR

Que veux-tu dire ?
Nous, on est très bon pour faire du fromage, du vin, des p'tites chansons à la bonne franquette. Mais soyons sérieux : quand on se met à faire de la pop ou du rock, on est plutôt ridicule à côté des anglo-saxons. Téléphone, c'est du sous Stone. Indochine n'arrivera jamais à la cheville de Depeche Mode , c'est autrement plus classe. Pour moi, le seul groupe qui a vraiment réussi est les Rita Mitsouko : ils ont créé leur style, sans tenter d'imiter un groupe américain. C'était détonnant et créatif.
Les anglais ont la pop dans le sang. Prenons Franz Ferdinand. J'adore : quand ils arrivent sur scène, il se passe quelque chose de magique. Chez eux, c'est naturel. C'est encore plus vrais chez les Irlandais : ce sont les black anglais. Chez les Français, ça sonne faux. Dans le rock, on essaie d'imiter, c’est un peu pitoyable. Le problème, au fond, c'est qu'on a pas vraiment d'éducation musicale.
Bien sûr, nous avons aussi d’excellents musiciens. Ce sont ceux qui arrivent à trouver un son bien à eux, leur univers, sans copier, comme Bertrand Belin , Thomas Fersen , les Têtes Raides ou Keren Ann. Cette fille-là a vraiment réussi à intégrer des éléments anglo-saxons dans sa musique d’une façon naturelle. Elle a trouvé quelque chose, un son.

Tu vas monter seul sur scène avec ton accordéon. Un instrument avec lequel tu as eu une relation plutôt houleuse.
C’est vrai. Je suis un peu un dissident de l'accordéon. A la base, je suis guitariste. Je me suis mis à l’accordéon sans vraiment savoir jouer de musette, je piochais dans le blues. Avec mon groupe Rock Musette, je me pointais avec un accordéon bleu blanc rouge et des rétroviseurs greffés dessus. On déconnait complétement, c’était de la grosse provoc. Mais il faut se rappeler qu'à l'époque, l'accordéon était un instrument de voyou : après la guerre, on en jouait dans les bals ou les couples fricotaient. Alors...
Mais à force, je suis tombé amoureux de cet instrument. J'ai commencé à jouer des morceaux plus sérieux. J'ai découvert que l'accordéon, c'est aussi les musiques de l'Est, le yiddish, qu'il y avait une véritable émotion derrière cet instrument. C'est ce que j'essaie de retrouver aujourd'hui. J'écris des balades en mineur, pointée de blues et de manouche. Du coup avec ma tête, certain s'imagine que je suis un tzigane ! S'ils le croient vraiment, tant mieux.

Tu dis souvent que tu admires beaucoup Henri Salvador. T'imagines-tu, comme lui, encore sur scène à 86 ans, avec ton instrument ?
Je pense pas que j'aurai la patate à son âge ! En même temps, quand on voit Trenet, fatigué par l'alcool, vieux, dès qu'il montait sur scène, il retrouvait ses 20 ans. Et quand on pense au Stones ou Iggy Pop, à 60 ans, toujours en train de bondir comme un poisson fringant sur scène... Impressionnant ! En revanche, certains comme Reggiani, aurait dû éviter de monter sur scène si vieux. A un certain âge, ça devient pathétique. Etre un bon musicien, c'est d'abord, et peut-être avant tout, une question de physique. Chanter c'est une question de santé. Il faut bien ça, quand on se ruine à l'alcool à côté.


Gérard Blanchard :

« Monter seul sur scène est un gros challenge. Je n`ai pas le droit à l`erreur ! »


Photo © DR

Derrière l’absurde et l’humour, tes morceaux sont traversés d’ombre. Penses-tu qu'il n'y a pas de création possible sans souffrance ?
Oui. Autant pour les écrivains, les musiciens que pour les peintres. Prenons par exemple, l'auteur des Bienveillantes, Jonathan Littell. Pour écrire un livre aussi sombre, il faut avoir quelque chose de cassé. Les meilleurs artistes sont toujours des personnes sombres, dans le fond. Gainsbourg souffrait beaucoup. Tout comme Léo, Brel, ou même Brassens, qui avait aussi un visage misantrope. J'ai également une facette sombre, mélancolique. Ce qui ne m'empêche pas de déconner aussi dans la vie. Finalement, c'est un métier de maniaco-dépressifs... Il y a deux sortes d'explications. Il y a drogue, il faut bien le dire. Mais c'est aussi le fait de connaître l'extase sur scène pendant deux heures, puis de replonger dans le calme ensuite. Ça peut rendre fou. On passe du délire de la foule à la solitude. Ça déséquilibre. D'où la drogue... ou l'humour, autre option, plus light pour supporter ça.

Ce concert à l’Européen, c’est un nouveau départ ?
Oui, quelque part. J'ai écris des nouvelles chansons, j'ai également écrit un album de reprises de Brassens à l'accordéon. En tant que chanteur has been des années 80, j'ai envoyé ces maquettes à des maisons de disque. Je me voyais déjà enregistrer dans un grand studio parisien, je pensais qu'on allait me féliciter d'avoir écrit le chef-d'oeuvre de l'année. Mais bizarrement... je n'ai eu aucune réponse. On m'a fait comprendre que les victoires de la musique, c'était pas pour cette fois. Alors je suis allé jouer dans les cafés-théâtre. J'y ai croisé Robert Bialek. On a déjà travaillé ensemble et par chance, il a aimé ce que je faisais. Et voilà : je me retrouve à l'Européen le 27 novembre. Ce sera un peu spécial, disons, un one man show à l'accordéon. L’idée est de donner dans le subverdif, le marrant. L'idée est aussi de montrer au métier que je ne suis pas mort. Eh oui les gars, je sais encore chanter et jouer !

Y aura-t-il un accompagnement, d’autres musiciens?
Non. Sur le disque qui suivra, il y aura des musiciens. Mais j’ai choisi de monter tout seul sur scène avec l'accordéon. C'est un gros challenge. On ne peut pas faire semblant de jouer. J'ai vraiment bosser, mais je n'ai pas le droit à l'erreur ! Je veux que les gens s'amusent. C'est un divertissement, même si les morceaux ont une part d'ombre. J'essaie d'être lucide sans être désabusé, ni démago. La démagogie, c’est le pire des vices.

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Propos recueillis par Aena Léo
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Réactions

lucco le 15/01/2007 à 14:59:22
oui je suis allez voir mossieur a l europeen et c est vrai que tout est fait pour que l on se marre.Je comprend aussi les exces de drogue necessaire;car apres les multiples enjambées de l accordéoniste sur scene lors des applause finaux, il faut surement trouver une suite une fois la(..) lire la suite

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