    Le quartet lillois revient enfin : Gomm sort cette semaine son deuxième album, intitulé euh, 4. Moins pressé que ses fans, le groupe ne nous a pas fait patienter pour rien ; une fois encore il nous offre ce que l’on appelle du rock même hors de France : zéro tentation variète. Sublime.
J’ai bien failli saturer de Destroyed to perfection, le premier album de Gomm, sorti en 2004 ; il s’en est fallu de peu que je me le réserve pour les fins de soirée, passé le verre au-delà duquel les émotions retrouvent leur intensité originelle. Ça commençait à poindre, je l’ai bien senti un soir récent, quand au retour d’une soirée j’ai ouvert un nouveau sujet sur le forum de mon blog et l’ai intitulé GOMM EST GRAND. Ce même soir, j’ai fait un tour sur le site du groupe et découvert avec une stupéfaction tapageuse que son nouvel album, 4, sortait le 8 janvier.
Mes mains tremblaient quand j’ai glissé le cd dans mon discman. J’ai enfourché mon vélo, appuyé sur PLAY en sachant que cette fois ce ne serait pas Karl-Heinz Mucke, fulgurant premier titre du premier album, avec son allemand aussi touchant que drôle, qui allait me pousser à rouler en danseuse. Comment cet album, ai-je songé un instant, va-t-il s’y prendre pour ne pas me décevoir, quel carburant va-t-il bien pouvoir donner à Melchior (ma bicyclette) pour me faire pédaler dans les airs ? La réponse est vite venue : 4.
Quatre, soit autant d’amis qu’il en faut pour constituer Gomm et créer ce son unique (unique aux sens français et anglo-saxon du terme). 4 qui débute par deux chansons où le groupe laisse exploser son côté punk –Sad punk, dirait Pixies. Le premier titre est Words et vous ne pourrez l’ignorer puisque le cri de guerre résonne en boucle tout au long du morceau. Le principe des boucles hypnotiques, qui faisait en partie la magie du premier album, revient ici (boucles de guitare, de clavier, de basse, batterie obsessionnelle), de même que d’autres éléments propres au groupe lillois : le mélange d’anglais et de français, phrases et périphrases se télescopant avec tant de naturel que l’accent français (terriblement mignon) vous ferait comprendre pourquoi on trouve des boulangeries, en français dans le texte, dans les rues de New York, et mélange tout aussi évident des deux voix, féminine et masculine.
Ici, Marie Suel nous démontre qu’elle peut aussi crier, elle dont le parlé-chanté suave pouvait (allez, je l’admets, l’objectivité ne fera qu’appuyer la légitimité de mon enthousiasme) parfois agacer les moins fans que moi (enfin, moi et tant d’autres).
Ici encore, rien à jeter, aucune fadeur, aucune facilité, comme dans Destroyed to perfection. Efficacité optimale à chaque seconde avec, comme j’osais à peine l’espérer, la perle noire du disque, LA chanson qui vous empale en plus de vous soulever. Là, c’était Flashes of hope, avec ses ruptures de rythme et son lyrisme qui craquait l’électricité comme parfois une fleur fragile craque le bitume le plus rugueux. Ici, c’est Fiction, où Gomm fait durer ce genre de boucle qui, chez d’autres, viendrait, attendue longuement puis trop vite évanouie, infléchir une chanson vers la mélancolie. Gomm l’étire, cette boucle mélodieuse, alors elle se fait lancinante et vous absorbe dans sa texture. Les paroles ? Du Gomm. Où le français retrouve son expression la plus brute, simple et directe, loin des acrobaties et jeux de mots alambiqués que prise la chanson dite à texte, et qui peuvent insupporter certains (dont je suis, vous l’aurez deviné) autant que faire toute la saveur de la chanson française à d’autres oreilles.
Gomm ne fait ni de la chanson française ni du rock français au sens de cette nouvelle étiquette à la mode pour désigner des groupes dont la musique serait perçue, outre-Manche, outre-Atlantique, voire même au-delà de la frontière belge, comme de la pop, sinon de la variété : un produit du terroir. Gomm est universel, Gomm est grand, je peux à nouveau le clamer haut et fort, là, en finissant mon jus d’agrumes.
Ecouter ici.
Fanny Chiarello
Pias, sortie le 8 janvier 2007.
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