Gomm au Grand Mix de Tourcoing "Mauvais pour les mollets"
Voir Gomm au Grand Mix, c’est particulier : comme assister à des retrouvailles amoureuses, sauf qu’on n’a pas envie de se détourner pudiquement mais, bien au contraire, d’absorber chaque instant de l’occasion. Avec gourmandise.
Aujourd’hui, le Grand Mix a préparé quelques surprises pour ce groupe qu’il a contribué à pousser vers la reconnaissance. Tout le staff arbore des cravates, à la billetterie, au bar, dans les coulisses ; les moins prévoyants s’en sont même confectionné à base de papier. Dans le public, féminin comme masculin, on observe le même trait vestimentaire, moins unanime parce que voilà, on ne s’est pas concertés, nous (mais comment ai-je pu ne pas y penser ?) Pourquoi la cravate ? Parce que Gomm, sur scène, c’est avec cravate. Et parce que ce soir, au Grand Mix, on ressent tous un frisson particulier en retrouvant ce groupe qui selon ses propres termes « ne se présente pas comme un groupe du Nord-Pas-de-Calais » (et pour cause, leur musique ne fleure en rien le terroir) mais qu’on se permet quand même ici, avec un grand bonheur, de revendiquer : ils sont à nous. Ce soir en tout cas. Et on les fête autant qu’on savoure un grand moment de rock implacable. On attend, on trépigne un peu en sentant monter l’effervescence. Et puis ça y est, ils sont là.
Marie est un petit corps électrique dans une robe jaune rayée, avec cravate noire, ses cheveux volent partout. Et le GOM restant, Guillaume, Olivier et Mathieu, arbore chemise noire, cravate noire (pour en finir avec l’aspect cravate de la chose) et une désinvolture très classe. Le batteur-chanteur entrechoque ses baguettes, les plus fervents d’entre nous devinent dès lors ce qui va suivre et en frémissent d’avance, tout est très palpable, la guitare et la basse emboîtent leurs boucles entêtantes et instantanément l’hypnose opère, le clavier enveloppant l’ensemble avec une gravité qui va droit au ventre. La complémentarité des instruments, qui sur disque produit un magma sonore enivrant, prend corps devant le public ; on connaissait l’alchimie mais sur scène on peut observer comment elle opère. Il est très étrange, pour qui a développé une intimité très personnelle avec ces chansons, de les voir soudain incarnées. Aux deux extrémités de la scène, Marie et Olivier mènent une joute verbale jubilatoire, les voix se bousculent, s’entremêlent et se répondent.
Le groupe joue des chansons des deux albums, mais aussi des reprises surprise (Blondie à la Black Sabbath, il fallait y penser). C’était chouette de pouvoir verser une petite larme en toute discrétion sur Fictions, « la chanson douce » comme en sourit Olivier – et que personnellement j’appellerais plutôt crépusculaire ou un truc dans le genre –, puisque la scène était pour l’occasion plongée dans le brouillard artificiel, à la lueur d’ampoules orangées. Puis c’est reparti dans le rock débridé quasi punk, et pour parachever votre Parkinson naissant, un jeu de lumières syncopé s’emballe de sorte que vous voyez des corps s’agiter et des cheveux voler dans une épilepsie de noir et blanc tandis que l’électricité bat dans vos tempes et votre cage thoracique. Vous en oubliez les muscles de vos mollets ; à la fin du concert, ils se rappellent à vous tandis que vous gagnez le petit stand merchandising, tenu par les Gomm en personne.
Crédits photos: Julien Cottineau (1), Robert Gil (2)
au niveau reprise, a noter l'excellente reprise de My bloody valentine que les Gomm auront eu l'idée de jouer ce soir la au grand mix...merci a eux!
Henri L.le 06/03/2007 à 23:05:03
Je sors tout essoufflé de la lecture de cet article. C'est du style, ça donne furieusement envie de découvrir ce qui a donné naissance à cette petite perle.