Gomm
"A force de lire qu'on est un groupe à part, on se pose la question"
A quelques heures de leur concert très attendu, j'ai la chance de rencontrer deux des Gomm (le G et un M) dans une loge du Grand Mix, excellente salle tourquennoise. Guillaume Marien et Marie Suel nous accueillent chaleureusement, ma meilleure amie improvisée photographe et moi, qui sommes quand même vachement gourdes : la bande se coince dans le magnéto, la batterie de l'appareil photo se fait la malle – mais peu importe ce dernier détail puisqu’on apprend ensuite que le groupe préfère nous fournir les images. Heureusement, nous avons affaire à tout sauf des rock stars impatientes et condescendantes, au point qu'il est parfois difficile de me rappeler que je ne suis pas juste en train d'avoir une conversation agréable avec des gens charmants et passionnants que je viendrais de rencontrer. Il faut pourtant toute leur simplicité et leur bienveillance pour m'aider à surmonter le fait que je suis face à l'un de mes quelques groupes préférés, exercice éminemment intimidant. Extraits.
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Gomm
: « On a choisi la carte de la première partie : jouer devant un public qui ne vient pas pour nous, essayer de les convaincre en trente minutes. »
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Pépète L'or |
Comment vous êtes-vous rencontrés, tous les quatre?
Guillaume - La première fois qu'on a joué ensemble, c'était en 98. On avait chacun notre groupe et sans doute que certains des membres étaient absents, en tout cas on s'est retrouvés à jouer ensemble.
Marie - On a improvisé et c'était évident...
En 2004, c'est la révélation au Printemps de Bourges, mais entre temps, que se passe-t-il pour vous?
Marie - On a fait la première partie d'un certain nombre de groupes. On ne voulait plus écumer les bars, on l'avait fait avec nos précédents groupes, et avec Gomm on voulait travailler dans des conditions techniques satisfaisantes : on a choisi la carte de la première partie : jouer devant un public qui ne vient pas pour nous, essayer de les convaincre en trente minutes. C'est une bonne école ! Ca a certainement forgé le style du groupe : aller à l'essentiel, envoyer sans se poser de questions...
Guillaume - Mais au début, on faisait peut-être dix concerts par an : allez, un par mois.
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Gomm
: « On voulait absolument enregistrer en analogique. Et puis le studio Black Box, à Angers c'est aussi un endroit mythique, où ont enregistré Sloy, Les Thugs. »
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Robert Gil |
Vous avez enregistré 4 à Angers : pourquoi ce choix?
Marie - On voulait absolument enregistrer en analogique, et il n'y a pas cinquante studios en France qui travaillent avec des bandes. Et puis le Black Box, c'est aussi un endroit mythique, où ont enregistré Sloy, Les Thugs.
Guillaume - Et puis ce n'est pas tout à fait à Angers, c'est en pleine campagne. Là on avait le calme dont on avait besoin. Mais l'essentiel pour nous, c'était de pouvoir jouer à quatre. Pour l'enregistrement du premier album, on n'avait pas la place dans le studio.
Marie - Je les voyais s'éclater tous les trois et ensuite seulement venait mon tour. Un peu frustrant...
Guillaume - Non seulement on voulait jouer ensemble, mais on voulait se voir,?aussi. Pour le premier, même quand on jouait ensemble, on ne se voyait pas : on était chacun dans sa cabine.
Marie - Au début, Peter Deimel ne s'occupait que des aspects techniques, puis à mesure qu'il se familiarisait avec notre univers, il s'impliquait plus. Il est arrivé qu'il nous demande « Vous ne feriez pas tel truc? » et parfois c'était intéressant mais parfois aussi on disait « Ah non ». C'est un type formidable, il a une exigence incroyable, il nous a vraiment poussés à aller le plus loin possible...
Depuis que vous êtes signés par Pias, y a-t-il des choix qui vous échappent?
Guillaume - Les choix artistiques ? Pas du tout. C'est un gros label indépendant, mais pas une major. Ils nous ont fait totalement confiance.
Marie - Quand on leur a fait écouter les maquettes, tous ont été très enthousiastes. Idem pour l'album, une fois fini!
Pensez-vous être amenés à sortir des disques à une cadence plus soutenue?
Marie - Oui : le contrat, c'est trois albums sur sept années. Pour l'instant j'avoue que je ne me sens pas du tout dans l'optique d'un autre album, je ne crois pas avoir l'énergie de me dire « Il faut se remettre à composer ». Et je veux profiter au maximum de la tournée : défendre 4 sur scène.
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Gomm
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« C'est aussi des histoires d'amitié. Il est vrai que dans le rock français, on ne fait pas partie d'une « famille ». »
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DR |
Vous semblez très complémentaires, tous les quatre. Dans la composition des morceaux, qui amène quoi, exactement?
Marie - On n'amène pas.
Guillaume - Au tout début, chacun amenait ses chansons. Et puis plus on a avancé, plus on a composé ensemble et fait les arrangements ensemble. Sur le dernier, pendant trois ou quatre mois on s'est retrouvés tous les quatre à faire des improvisations et à réécouter, retravailler des passages.
Marie - On a essayé de temps en temps d'amener une ligne, mais ça n'a pas fonctionné. Il y a une sorte de blocage.
Guillaume - Il faut qu'on sente qu'on est à quatre dans une boucle, dans le même développement, que tous les quatre on forme quelque chose et qu'il y ait un rythme, puisqu'on part souvent de rythmes ou de lignes, qu'on se sente vraiment liés et que chacun vienne compléter l'ensemble. Ça doit tourner ensemble et vraiment former un tout. La voix arrive souvent après.
Marie - On sent quand on tient un truc qui nous convient et dans lequel chacun a trouvé sa place, et à partir de ce moment-là on fonctionne de manière plus classique : il faut une intro, etc. On a jeté pas mal de morceaux parce qu'il fallait que ça plaise aux quatre ; à partir du moment où quelqu’un bloque, on jette. Pour certains morceaux, c'est vrai qu'on était un peu déçus mais c'est un principe important qui permet qu'au final, sur l'album, il n'y a aucun morceau qu'on aime moins que les autres. On est fiers de l'album!
Je vous perçois comme un groupe complètement à part dans le panorama du rock français. Avez-vous aussi ce sentiment ou vous sentez-vous proches de certains autres groupes?
Marie - C'est plus à force de lire qu'on est un groupe à part qu'on se pose la question. On ne le ressentait pas du tout comme ça avant d'entendre ce discours.
Guillaume - Moi j'ai plutôt l'impression qu'on est un groupe underground qui bénéficie d'une promotion pro. Il y a plein de groupes qui ont autant d'intérêt que nous et qui ne sont pas mis en avant.
Etes-vous amenés à rencontrer beaucoup d'autres musiciens?
Marie - Oui, on a rencontré des groupes avec lesquels on s'est sentis en phase. Par exemple on s'est vraiment beaucoup amusés avec The Film . On a fait pas mal de dates ensemble et même si on ne fait pas du tout le même genre de musique, ça fonctionnait bien. Après, en ce qui concerne la scène française. (elle réfléchit)
Guillaume - On aime bien Laetitia Shériff.
Marie - Mais c'est aussi des histoires d'amitié. Il est vrai que dans le rock français, on ne fait pas partie d'une « famille ».
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Gomm
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« On découvre plein de groupes pendant la tournée et c'est super, mais en dehors des tournées, on n'est pas du tout soirées VIP. »
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Robert Gil |
Vous côtoyez beaucoup le monde de la musique?
Marie - Ah non !
Donc vous êtes aussi solitaires qu'on peut l'imaginer?
Marie - Quand on tourne, on est sociables ! Récemment on a rencontré Poni Hoax , on a acheté leur album qu'on aime beaucoup, on a joué avec Nelson, belle surprise aussi ! On découvre plein de groupes pendant la tournée et c'est super, mais en dehors des tournées, on n'est pas du tout soirées VIP.
Vous envisagez des collaborations ou vous préférez rester entre vous?
Marie - Comme on est à quatre, on peut donner l'impression d'être tellement soudés qu'il ne peut y avoir de place pour aucune personne extérieure, mais pas du tout. On a collaboré à un film complètement underground de Det'l'F, "Cheap...cheap..." pour lequel on a joué avec Sarapascal, musicien et poète lillois : il disait son texte et nous, on jouait derrière. On a aussi travaillé sur des documentaires et des musiques de film. C'est le genre de trucs qu'on aime beaucoup faire quand on en a le temps. C'est une question de rencontre, quand on apprécie la personne et aussi le projet.
Quels sont vos disques de chevet?
Guillaume - Alors, ça fait au moins dix ans que je les écoute : Marquee Moon de Television, Chairs missing de Wire, le double blanc des Beatles. En ce moment, j'écoute énormément Gossip.
Marie - Disques de chevet, donc disques qu'on ne se lasse pas d'écouter ? Alors, moi, X-Ray Spex, Germ free adolescents, L'homme à la tête de chou de Gainsbourg , O Superman de Laurie Anderson, Top ten de Flying Lizard, Misery is a Butterfly de Blonde Redhead.
Guillaume - Stranglers, Black and white. Bon, on est fans de musiques donc on pourrait continuer longtemps...
Crédits photos: Pépète L'or (1), et Robert Gil (2 et 4)
Gomm, 4 , sortie en janvier 2007 chez Pias. 
Propos recueillis par Fanny Chiarello
Aller plus loin (liens) :
Lire la revue de concert de Gomm au Grand Mix
Lire la chronique de 4
Site officiel
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