Holden
"Hoden Philo"
Holden, c’est un groupe, mais surtout un duo, celui de Mocke et Armelle. Leur dernier album, Chevrotine, oscille entre mélodies aériennes et textes à vifs, pop, rock et chanson. Le son, fignolé et poussé jusqu’au concept, promet une performance sur scène plus rock et dépouillée. Avant leur concert parisien, nous avons rencontré Mocke, guitariste et compositeur du groupe, autour d’un verre, à la brasserie de la Maroquinerie. Près pour un quart d’heure café philo ?
|
Holden
: « Mocke : A Force de métier, on finit par réussir à écrire une musique qui nous ressemble vraiment. »
Photo ©
DR |
Chevrotine, le nom de votre nouvel album, est assez paradoxal : il a une sonorité très douce, mais un sens dur, presque violent. C’est pour cette raison que vous l’avez choisi ?
Mocke : Exactement. Nous avons aimé cette opposition, entre sa prononciation plutôt jolie, et son sens, qui évoque plutôt les crimes, les faits divers. Quelque part, on s’est senti en connexion secrète avec ce mot. Il nous correspondait.
Ce décalage entre des textes durs et un accompagnement léger, c’est finalement la ligne directrice de l’album. Est-ce une façon de rendre vos chansons plus abordables ?
Oui. Nous n’aimons pas trop l’idée de paroles mélancoliques portées par une musique lente et triste… C’est trop ! On préfère que l’accompagnement soit aérien. Mais tout ça nous vient spontanément, on ne se pose pas tant de questions.
Est-ce que vous avez besoin de vous couper du monde pour composer ?
Oui, j’ai plutôt besoin d’être seul.
Qu’est ce qui t’inspire pour créér un morceau ?
Enormément de choses. Cela va des bouquins aux filles… Au niveau des mélodies, je suis plus inspiré par des choses que j’entends.
Comment naissent vos morceaux ?
On écrit et compose tout à deux : c’est parfois Armelle qui apporte un texte, moi la musique, ou le contraire. Parfois, je commence un texte qu’elle finit. C’est vraiment du quatre mains ! Pour nous, la musique répond à un besoin d’expression, l’envie de donner naissance à quelque chose qui nous correspond de façon intime.
Votre album précédent album a été très vite été qualifié de « sixties ». Une ambiance qu’on retrouve beaucoup moins sur Chevrotine. Est-ce l’album qui vous correspond le plus ?
En partie. Il correspond à une nouvelle époque. Mais il est vrai que je ne me reconnais plus du tout dans certains morceaux des albums précédents. C’était un peu des exercices de style, on les a fait pour s’amuser. A force de métier, on finit par réussir à écrire une musique qui nous ressemble vraiment.
|
Holden
: « Nous travaillons beaucoup pour créer un son bien à nous... Le son Holden. »
Photo ©
DR |
Vous avez enregistré cet album au Chili. Qu’est ce que cela a changé ?
C’était un peu des vacances ! On est allé là-bas surtout pour suivre notre producteur, qui y vit. On travaille ensemble pour la deuxième fois. Il nous apporte beaucoup. Il nous complète, il comprend ce qu’on veut faire. C’est quasiment un membre du groupe. Il travaille surtout sur le remix, il nous aide à créer la patte sonore particulière qu’on essaie d’avoir.
On dit souvent que le public chilien est le plus européen d’Amérique du Sud.
C’est vrai, les Chiliens ont vraiment quelque chose d’européen, même si leur culture reste très différente. Holden a un statut un peu particulier là-bas. On y a beaucoup joué. Les Chiliens sont très attentifs et aimables avec nous, c’est agréable. On n’a pas encore tourné dans d’autres pays d’Amérique du Sud, mais on compte le faire.
L’une de vos chansons s’appelle Septembre. Vous avez quelque chose contre août et décembre ?
On a écrit ce morceau pendant la canicule de 2003. Il faisait vraiment trop chaud, c’était dur, voire impossible de composer dans ces conditions-là. On avait envie de dire : « on n’en peut plus, vivement la fin de l’été… Vivement septembre ! »
Le son Holden est incroyablement travaillé. C’est presque un son-concept. Comment le restituez-vous sur scène ?
Il est moins sophistiqué. On l’adapte comme on peut tout en essayant de ne pas trop coller aux versions de l’album car il y a des choses qu’on peut pas reproduire. Sur scène, les morceaux sont un peu plus rocks. Cela n’empêche pas qu’on travaille beaucoup pour avoir un son bien à nous.
|
Holden
:
« Nous avons déjà quelques idées en tête pour le prochain album. Ce sera très différent. »
Photo ©
DR |
Comment définiriez-vous ce son aux lecteurs de MusiQualité ?
Pas facile… Ça ne passe pas par la raison, c’est quelque chose de physique plus qu’intellectuel. Je ne pourrais pas le définir avec des mots ! Mais on veut vraiment créer une sonorité unique, à nous. Quelque chose d’organique.
Votre musique est souvent comparée à une bande-originale de long métrage. Si vous deviez refaire la BO d’un film, ce serait lequel ?
L’horreur de Murnau. J’adore ce film !
Quelles sont vos prochaines étapes ?
Nous allons tourner un peu partout en France, avant de commencer à travailler sur le prochain album. Nous aimerions que les choses aillent plus vite cette fois. On a déjà quelques idées en tête : ce sera très différent !
Vous avez tous les deux des projets parallèles, avec d’autres groupes. C’est important ?
Très ! Cela nous permet de respirer. De voir et s’inspirer d’autre chose. J’ai beaucoup de responsabilité dans Holden. Etre seulement guitariste dans une autre formation, occuper une autre place me fait du bien.
Tu portes un T-Shirt à l’effigie du groupe. Pourquoi l’as-tu choisi en violet ?
Parce que c’est la couleur préférée de ma petite fille. Je ne peux pas la voir autant que je voudrais, elle me manque.
Avant de te laisser manger puis monter sur scène, MusiQualité va te soumettre un petit questionnaire piqué à l’Actor Studio qui l’a lui-même piqué à Bernard Pivot, histoire de mieux de connaître.
Première question : si tu n’avais pas été musicien, quel métier aurais-tu pu faire ?
J’aurai aimé faire beaucoup de choses, comme écrire des bouquins, de bons bouquins ! Mais je ne suis pas sûr d’en avoir les capacités…
Quel métier tu ne pourrais pas exercer ?
Flic ! J’ai un problème avec l’autorité en général. J’ai du mal avec ce concept. Même avec ma fille, je n’arrive pas à être autoritaire.
|
Holden
:
« On ne m'a jamais fait le coup d'improviser sur mes paroles. Ce serait très drôle ! »
Photo ©
DR |
C’est la part de domination, dans l’autorité, qui t’effraie ?
Oui. Ça et l’image de l’Etat autoritaire.
Quel est ton mot préféré ?
Concept. J’adore ce mot, je l’utilise à tord et à travers, pour tout !
Le mot que tu détestes entendre ou utiliser ?
Chao Chao. Cette expression m’insupporte !
J’essaierai de ne pas te la dire en partant. Quelle personne ou personnage célèbre aurais-tu aimé être ?
Un célèbre jazzman.
Celui que tu n’aimerais pas être ?
Nicolas Sarkozy. Je pourrais dire aussi Hitler ou Bush, mais là on est dans l’actu !
Et enfin, si tu arrives au Paradis et que Dieu t’attend à ses portes, qu’est ce que tu lui dirais ?
Impressionné, je lui sortirais : je ne m’attendais pas à te voir.
Voilà, je t’ai tout dit, mais si tu vois des choses que j’ai oubliées, n’hésite pas à les rajouter !
Heuuu, je ne me permettrais pas !
Pourquoi pas. On ne m’a jamais fait le coup d’improviser sur mes paroles après une interview. Ce serait très drôle !
Alors allons-y ! Mocke : Le son Holden oscille entre lourdeur et légèreté. Toi qui aimes les concepts, finalement, entre les deux, qu’est ce qui est mieux ?
Bonne question. La première idée qui vient est que la légèreté est positive. L’homme est léger, car il ne vit sa vie qu’une fois. Si nous avions la possibilité de revivre deux fois les mêmes choses, alors nous aurions l’expérience de notre propre vie. Dans une situation précise, nous saurions sur quoi fonder nos choix, car nous l’aurions déjà vécu.
Mais nous vivons notre vie qu’une seule fois. Chaque situation nouvelle et inédite. Nous n’avons pas de points de comparaison valables, donc nos choix ne sont fondés que sur le hasard. La légèreté. La légèreté est-elle pour autant positive ? Quand on voit les atrocités que l’homme a commises au cours de l’histoire, on peut en douter. Finalement, c’est la lourdeur, l’apesanteur qui est positive. Et l’homme gagnerait à prendre un peu de poids. Malheureusement, il est, par nature, et inévitablement léger. C’est ce qui a conduit aux plus grandes méprises, massacres, dictatures de l’histoire. C’est l’insoutenable légèreté de l’être. 
Propos recueillis par Marie Charrel
Aller plus loin (liens) :
Le Site de Holden
La Chronique de Chevrotine sur MusiQualité.net
|