AaRON
"Ne pas se focaliser sur une seule discipline artistique"
Quiconque a vu Je vais bien, ne t'en fais pas dans les salles obscures à l'automne se souvient encore du thème principal de ce film. Loin d'un coup marketing fomenté et bien ficelé, les auteurs de U-Turn (Lili) ne peuvent que se féliciter de ce très joli tremplin à l'impact encore chaud. Baptisé AaRON, ou simplement Artificial Animals Riding On Neverland, le duo parisien vit actuellement sur un nuage avec des ventes qui s'envolent, des salles qui s'emplissent et un avenir qui s'annonce prometteur. Car derrière le tube, synonyme parfois de coup d'éclat sans lendemain, il y a fort à parier que la carrière d'AaRon ne s'arrêtera pas là. Tout juste sorti la semaine dernière, l'album éponyme est une petite perle intimiste, vibrante et attachante. En attendant de les voir sur scène très bientôt, Musiqualité a rencontré les deux protagonistes, Simon Buret (chant, piano, violon, harmonica) et Olivier Coursier (guitare, piano, programmation, batterie).
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AaRON
: « Il ne faut pas trop vite brûler ses rêves. Nous sommes tous des animaux artificiels qui devons chevaucher le pays imaginaire.
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D'où vient ce nom étrange: Artificial Animals Riding On Neverland?
Simon Buret: On cherche à s'adresser à l'imaginaire des gens. Le Neverland est une terre d'asile, le pays de nulle part qui s'adresse à l'imaginaire de chacun, à notre capacité de croire au rêve, à notre capacité à grandir. Je ne dis pas à vieillir d'ailleurs, c'est par opposition au vieillissement. Nous sommes trop souvent dirigés et étouffés par quantité de buildings, d'impôts, de guerres, de choses graves qui nous éloignent de nos rêves. Il ne faut pas trop vite les brûler. Dans ce sens, nous sommes tous des animaux artificiels qui devons chevaucher le pays imaginaire.
Il n'y a pas d'autre référence à votre nom?
Simon: On trouve ce nom, Aaron, sur quelques toiles de Jean-Michel Basquiat (artiste new-yorkais des années 80, et proche d'Andy Warhol, ndlr). Il avait cette capacité à nourrir l'imaginaire, et cette façon de mettre ses tripes sur la table. C'est le seul artiste dont certaines toiles m'ont fait pleurer. C'est ce qu'on essaie de faire: mettre nos tripes sur la table, avec notre musique.
A l'écoute du disque, en regardant le visuel de l'album ou celui de votre site, on sent un univers déjà bien construit, duquel se dégage une certaine part de mystère. C'est toujours cet appel à l'imaginaire?
Simon: Oui, c'est ce que l'on veut faire passer à travers notre musique. Les gens sont comme nous, on n'a rien inventé. On a tous ses jardins secrets, ses rêves. Or il n'y a pas beaucoup de gens qui s'écoutent.
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AaRON
: « Aucun peintre n'a fait que de la peinture dans sa vie mais a souvent touché à d'autres formes d'art. C'est important de ne pas se focaliser. »
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Comment en êtes-vous arrivés au projet AaRON alors que Simon est acteur à la base (Dans tes rêves, Je vais bien, ne t'en fais pas) et Olivier officiait au sein du groupe metal Mass Hysteria?
Olivier Coursier: Je n'ai pas fait que Mass Hysteria dans ma vie, il y a toujours eu beaucoup d'autre choses, aussi bien musicalement qu'artistiquement. Je viens du piano classique à la base, et j'étais graphiste avant par exemple. Ma jeunesse c'était le rock et la culture skate. C'est d'ailleurs ce qui m'a ouvert à la peinture car le skate c'est une façon de vivre avant d'être un sport. Quand on fait de l'art, je crois qu'on se nourrit de différents types d'art. Même en musique, on écoute des trucs très différents. Simon et moi on va de Janis Joplin à Missy Elliot ou Dizzee Rascal. Et ma plus grosse claque artistique, c'est Portishead, je suis loin d'un groupe de hardcore ou de metal!
Simon: Quand tu as une sensibilité créatrice, dès que tu ouvres une porte tu es attiré et tu tiens à en ouvrir d'autres. Aucun peintre n'a fait que de la peinture dans sa vie mais a souvent touché à d'autres formes d'art. C'est important de ne pas se focaliser sur une seule discipline artistique, il y a un manque sinon.
Olivier: Ce projet est en plus super fort! On s'est mis à travailler plein d'aspects divers et variés, avec plein de gens différents, en faisant appel à un vrai panel de disciplines. Derrière la musique il y a la pochette, le visuel, le clip, ça m'a poussé à m'intéresser à la vidéo par exemple.
Mais comment est né AaRON? Apparemment, vous vous êtes rencontrés en 2004 et ça a fonctionné tout de suite entre vous?
Olivier: Du temps de Mass Hysteria, j'écrivais de mon côté des musiques qui n'avaient rien à voir. C'était une période où il se passait beaucoup de choses dans nos vies. Ca a été subitement une amitié et une entente musicale entre nous.
Simon: Je n'avais jamais chanté avant, mais on s'est trouvé une passion commune. On a mis un point d'honneur à ce que la musique et les textes soient indissociables. On sent parfois dans des chansons que la musique était là et que les paroles ont été écrites pour combler. Nous n'avons jamais travaillé comme ça.
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« Avec U-Turn (Lili) c'est assez énorme ce qui s'est passé. C'est devenu un personnage naturel du film. »
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Tu n'avais jamais chanté avant? Mais tu écrivais déjà des chansons ou tes textes sont devenus des chansons?
Simon: J'écrivais déjà beaucoup et, oui, certains textes étaient destinés à être des chansons. Je voulais en faire quelque chose. Mais j'aimerais faire beaucoup de choses avec l'écriture. Je rêve d'écrire un scénario par exemple. Je me sens plus comme un conteur qu'un chanteur finalement.
Olivier:De toute façon, nous ne sommes pas vraiment dans la technique tous les deux. Nous sommes surtout des autodidactes.
AaRON prend désormais beaucoup de place dans vos emplois du temps. Qu'en est-il de vos carrières parallèles?
Olivier: Oh pour moi, Mass Hysteria, c'est fini.
Simon: Pour ma part, je ne peux pas arrêter le cinéma. C'est compliqué en ce moment avec ce qui se passe avec AaRON mais je veux trouver un vrai équilibre entre les deux.
Comment s'est passé l'arrivée du morceau U-Turn (Lili) dans le film Je vais bien, ne t'en fais pas?
Simon: J'avais rencontré Philippe Lioret (le réalisateur, ndlr) pour un rôle. Puis après, Mélanie (Mélanie Laurent, l'actrice principale, ndlr), qui est une amie, a empoché le premier rôle. C'est après, quand elle a entendu U-Turn (Lili), qu'elle en a parlé à Philippe. Il a tellement adoré qu'il nous a demandé de l'inclure dans la bande-son, et au fur à mesure il en a fait un personnage du film et a changé le nom du rôle principal. Après il a même inclus un second morceau, Mister K, dans la BO. C'était génial! Et c'est marrant parce que d'habitude, une BO est un soutien à l'image, et là, avec U-Turn c'est assez énorme ce qui s'est passé. C'est devenu un personnage naturel du film.
Comment composez-vous ensemble?
Simon: Il n'y a pas de règles.
Olivier: Par téléphones portables! (rires)
Simon: On n'est jamais séparé dans la création. Le texte arrive souvent avant. Ou j'arrive avec un refrain et Olivier avec les couplets. Mister K par contre s'est construit sur une improvisation qui est naturellement devenue un morceau, c'était génial ça! La création se fait main dans la main.
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« Quand tu écris, c'est ta réalité à toi, il y a forcément aussi une part de fantasme. »
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Comment jouerez-vous sur scène? Actuellement, on vous voit jouer à deux en showcase ou sur les plateaux télés, avec juste piano et voix alors que sur le disque il y a quand même beaucoup de production...
Olivier:En concert nous serons en trio avec une violoncelliste. On a pas mal réarrangé tous les morceaux pour la scène, on a dû retirer de la production ou en ajouter pour que ça marche en live.
Simon: On ne veut pas que les gens viennent juste écouter l'album en concert. Du coup on a cette formation assez intime. Et puis le violoncelle, c'est super magique, ça a un coffre extraordinaire.
Vous n'aurez pas même de batteur?
Olivier: Non, juste un piano classique, un violoncelle, et un peu de prod.
Simon, tes textes, qui parlent beaucoup d'abandon, seraient autobiographiques. C'est une façon de se mettre à nu?
Simon: Non, pas vraiment. Ecrire, c'est surtout pour faire sortir ce genre de choses de soi, pour que ça sorte de la tête. Donc je ne sais pas trop, c'est ma perception de la vie. Quand tu écris, c'est ta réalité à toi, il y a forcément aussi une part de fantasme.
Tout l'album est en anglais sauf un morceau en français, pourquoi?
Simon: On en a beaucoup d'autres en français en fait, mais on a fait le choix de n'en mettre qu'un et de ne pas faire un mix français-anglais. On pensait que ça le mettrait en valeur.
C'est par pudeur?
Simon: Non, juste une décision. On voulait qu'il ait une belle place.
Quels sont les projets pour AaRON?:
Simon: Là, avant tout, c'est la scène. Après c'est de poursuivre l'aventure, qu'importe le style, on verra, comme on le sent.
Olivier: On va faire un deuxième clip mais on ne sait pas encore de quel titre il s'agira. Peut-être Endless Song.
Simon: Ou Mister K.
Olivier: En fait, les gens autour de nous changent d'avis sur les morceaux donc on écoute ce qui se dit, on verra! 
Propos recueillis par Julien Cottineau
Aller plus loin (liens) :
Lire la chronique de l'album ici.
Site officiel
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